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Quai d’Orsay. Chroniques diplomatiques, tome 1
Blain/Lanzac
dargaud

Après "Isaac le pirate" (5 tomes) ou "Gus" (3 tomes), voici donc le nouveau "joujou" de Blain, dont le titre pourrait laisser croire à un changement de cap. Certes, l’action délaisse les grands espaces océaniques ou américains pour les bureaux plus feutrés du ministère des affaires étrangères mais ce "Quai d’Orsay" aurait très bien pu s’appeler "Alexandre Taillard de Worms" tant la série repose une nouvelle fois sur un personnage central omniprésent.
Et pas sur n’importe lequel, vous l’avez compris. Sur un ministre. Qui a demandé à un jeune conseiller, Arthur Vlaminck, de "travailler avec lui sur les langages", comprenez de lui écrire ses discours. Tâche ô combien difficile, car Alexandre Taillard de Worms est du genre hyperactif : c’est un ouragan qui claque les portes, court partout, fait de grands gestes pour expliquer puis retourne dans son bureau. C’est un homme davantage poète que politique, qui a une vision du monde mais n’est pas vraiment rompu à l’exercice de la diplomatie. Il a de l’allure, du panache, veut s’opposer aux américains, cite Héraclite ou Mao et veut une diplomatie en mouvement. Et désire, bien sûr, que tout cela soit présent dans ses discours !
Ce personnage gargantuesque, un peu "bigger than life", au verbe altier et au charisme certain, c’était du cousu main pour Blain qui croque avec gourmandise et spontanéité ce ministre qui charme ses interlocuteurs et convainc son monde avec force citations, gesticulations et démonstrations grandiloquentes même s’il ne maîtrise pas les dossiers ! Et l’on s ‘amuse beaucoup à voir ce ministre (toute ressemblance avec un récent locataire du Quai d’Orsay n’est d’ailleurs pas fortuite), entre construction européenne ou crise en Oubanga à gérer, déambuler, s’emporter, philosopher à la petite semaine ou se lancer dans de grandes envolées lyriques fiévreuses tandis qu’Arthur Vlaminck doit, lui, en plus, composer avec différents conseillers qui veulent bien sûr avoir leur mot à dire sur chaque intervention du boss ou avec les amis du ministre, poètes ou écrivains, parfois appelés à la rescousse.
Un premier tome fort réjouissant donc, extrêmement bien écrit (il fallait cela pour rendre toute la pompe et la force verbeuse du personnage) qui nous fait découvrir les arcanes de la diplomatie mondiale avec originalité tout en étant d’une grande crédibilité. Lanzac sait en effet de quoi il parle : il a été membre de plusieurs cabinets ministériels ! On en redemande !
[sullivan]