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Le capitaine écarlate
David B./Guibert
aire libre

Marcel Schwob, poète de l’imaginaire et écrivain fantastique, a marqué la littérature de son temps au croisement des XIXe et XX siècles. Son univers, fait d’aventures, de fantaisie et d’inventions a influencé beaucoup d’auteurs contemporains, dont David B., qui regrettait que l’écrivain tombe peu à peu dans l’oubli. Un hommage s’imposait donc ! Et il en confierait le scénario à un autre fan de Schwob, mort jeune, à 35 ans, sans avoir eu le temps d’écrire beaucoup -seulement quelques nouvelles, j’ai nommé Emmanuel Guibert.
Ce serait un hommage qui se déroulerait dans l’univers qui faisait rêver Schwob, celui des aventuriers et des flibustiers. On y mêlerait bien sûr sa poésie, son goût pour le fantastique et son intérêt pour la langue argotique, celle des malandrins et de Villon, qu’il étudia dans sa jeunesse. Et Schwob jouerait même son propre rôle aux côtés de Monelle, une prostituée qui a vraiment existé et dont l’auteur s’était amouraché après qu’elle ait porté secours à l’un de ses amis de plume, Thomas de Quincey, alors que celui-ci venait de s’évanouir. Il ne resterait plus qu’à ajouter quelques clins d’œil à son œuvre pour que naisse "Le capitaine écarlate", l’histoire du gérant de la bibliothèque générale de l’aventure qui proposa un jour aux lecteurs, tous des gens ordinaires -épiciers, boutiquiers, artisans- de partir dans le monde des rêves et de devenir les premiers pirates parisiens. Le bibliothécaire, un tempestaire, arracha à la mer une vague gigantesque qu’un vent puissant porta sur Paris, la structure du grenier fut transformée en coque de bateau, les lecteurs remplacèrent leur tête par des têtes d’assassin : l’aventure pouvait commencer avec le capitaine écarlate, qui revêtit un masque d’or pour l’occasion, à leur tête. Un capitaine écarlate que Marcel n’hésita pas à défier quand celui-ci enleva, un soir, sa Monelle bien aimée…
Voici un bien bel hommage (on trouve notamment le texte intégral de l’une de ses nouvelles, "Le roi au masque d’or" en annexe) à cet auteur méconnu en forme d’ode au pouvoir de l’imaginaire et au talent des conteurs, très joliment mis en images par Guibert (d’un trait simple mais poétique pour lequel il s’est inspiré des images du XIXe, souligné par un travail impeccable sur les couleurs) que Dupuis réédite ici dans sa collection petit format Roman/Aire libre. L’occasion aussi pour les fans de David B. de découvrir l’une des sources à laquelle son art s’est abreuvé !
[sullivan]