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Rue des chiens marins
Constant
le lombard

La guerre dure depuis quelque temps déjà et l’équipage de ce sous-marin allemand commence à sérieusement tourner en rond. Bien sûr les lectures de "L’île au trésor" le soir par le commandant ou l’écoute de "La truite" de Schubert sur son gramophone mettent un peu de baume au cœur des hommes mais ces moments sont cependant trop rares pour faire oublier la tension, l’enfermement et la peur. Alors, Josef éprouve le besoin de se confier. Il parle de son enfance en Allemagne, des bêtises avec ses frères Viktor et Kurt, d’Emma, juive, la plus belle fille de la rue des chiens marins et aussi du professeur de musique Spucke, inscrit au parti nazi. Il raconte tout cela à… un phoque !
Pour sa première œuvre en solo, Constant a mis beaucoup de son histoire familiale. A commencer par les trois frères de la rue des chiens marins, en fait son grand-père et ses grands-oncles qui ont, pour deux d’entre eux, combattu en 14-18. Le troisième s’est suicidé, comme dans l’histoire. Sans oublier les deux personnages principaux, Josef et Emma, qui portent les noms de ses deux enfants. Pourquoi la guerre est-elle perçue d’un point de vue allemand alors? Peut-être parce que Constant voulait montrer que la stupidité, l’inconscience et l’ignorance étaient bien des deux côtés. Et que, souvent, les soldats, que ce soit sur le front russe pendant la guerre 39-45, au Vietnam ou en Irak, se demandent ce qu’ils font dans ce char ou sur ce navire et pourquoi ils se battent.
A part peut-être dans "La vie est belle" de Roberto Begnini, rarement on aura traité de la shoah et des horreurs de la guerre en mêlant de la sorte le grave et le délirant, le drame et la poésie avec, en prime, un dessin ligne claire très cartoonesque et quelques envolées surréalistes (l’auteur est quand même belge…) ici ou là. Un phoque qui parle, un commandant nazi poète sur les bords, un chevreuil qui fait ami-ami avec des hommes : Constant a indéniablement su rendre son récit personnel et surprenant même si l’on sent l’influence de son compère Jean-Luc Cornette (notamment de "Central Park"), avec qui notre homme a d’ailleurs travaillé pour "Sur la route du Nowhere". Une originalité rafraîchissante !
[sullivan]