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Les princesses égyptiennes
(première partie)

Baranko
les humanoïdes associés

Igor Baranko change de terrain de jeu. Après les vastes steppes asiatiques de "L’empereur Océan" et les plaines sauvages d’Amérique de "La danse du temps", il a décidé de déplacer l’action de sa nouvelle série, un diptyque, en Egypte. Pas vraiment une coïncidence. On y retrouvera d’ailleurs bon nombre de marottes de l’auteur ukrainien.
Les princesses égyptiennes du titre, ce sont Titi-Nefer et Kiki-Nefer, deux des filles de Ramsés III. Sur les conseils de la courtisane Ka-Bouboui, elles ont traversé le fleuve Hapy pour aller consulter le grand astrologue du temple de Thot pour en savoir plus sur leur horoscope et donc leur destin. Elles découvrent alors qu’il s’agit d’un guet-apens organisé par un groupe de traitres qui vise à les tuer, pour avoir le champ libre une fois que Ramsès III aura été assassiné. Les deux jeunes filles parviennent cependant miraculeusement à s’échapper mais doivent, pour cela, se cacher dans la ville maudite, que l’on dit hantée par celui qui l’a construite, le grand criminel, surnom d’Akhenaton, et protégée par 100 000 démons…
Si l’auteur a ici choisi le noir et blanc, on retrouve par contre son superbe dessin, qui s’en donne ici à cœur joie avec ces innombrables temples, palais ou statues restitués avec grande fidélité et force détails. Un travail vraiment magnifique dont l’habituel caractère "halluciné" est cependant absent. Car si les thèmes de prédilection de Baranko sont une nouvelle fois omniprésents -superstition, croyances, sorcellerie, ainsi que soif de pouvoir et manipulation- l’auteur a cette fois décidé de jouer avec le lecteur en faisant planer des ombres inquiétantes ici ou là pour suggérer la présence du surnaturel tout en se gardant -pour l’instant ?- de le faire apparaître.
Et il n’y en a de toutes façons pas besoin tant cette conspiration, basée sur des faits historiques réels, possède, après quelques ajouts fictionnels, suffisamment de force romanesque pour capter l’attention du lecteur. Certains dialogues sont, c’est vrai, un peu maladroits ou artificiels (cela a toujours été le talon d’Achille de Baranko même s’il a énormément progressé sur ce plan) mais le choix d’un récit à tiroirs (en Egypte, on aime, semble-t-il, raconter et entendre des histoires), finit de totalement convaincre. Une très bonne première partie.
[sullivan]