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Le poilu
de Rességuier
delcourt

Le village de Lémine-le-Bas est en feu. Ses habitants sont morts. Ils gisent dans des mares de sang, bras sectionnés, têtes coupées. Le seul survivant de ce carnage n’a qu’une idée en tête : rejoindre le village voisin à cheval pour prévenir qu’IL arrive ! Qui ? Mais le poilu ! Le diable en personne, un géant dont nul être vivant ne connaît le visage, un colosse fort comme une armée qui n’éprouve jamais de pitié et qui détruit tout sur son passage. Tout le monde est effrayé rien qu’en entendant son nom. Tout le monde sauf Louis et Jean, deux compères roublards et voleurs qui décident de profiter de la présence du poilu dans les parages pour se faire passer pour lui, histoire d’extorquer des pièces d’or plus facilement…
Pour sa première œuvre pour un public adulte, Olivier de Rességuier propose là un drôle de récit. Iconoclaste et inventif comme on les aime. Une fable aussi sombre que son noir et blanc expressionniste est charbonneux. Mais qui en même temps conte les aventures improbables et parfois burlesques de Louis et Jean, très occupés à défendre et dépenser leur trésor acquis de haute lutte. Dans cet univers, sorte de Moyen-âge surréaliste, tout est possible : on se bat beaucoup, à l’épée, au poignard, à mains nues. On rencontre des hordes de porcs guerriers qui sèment la terreur dans les campagnes, des chats borgnes qui parlent, des têtes sans corps qui philosophent, des seigneurs puceaux analphabètes et même des shamans guérisseurs.
Loufoque et délirant à souhait, très rythmé (le dessin vif, "jeté", accentue encore le caractère enlevé du scénario qui va de rencontres inattendues en rebondissements abracadabrantesques) et carrément imprévisible, ce "Poilu", croisement entre l’ "Isaac le pirate" de Blain et l’univers de De Crécy, est la bd de l’été.
[sullivan]