archives BD

Jeronimus (troisième partie)
Dabitch/Pendanx
futuropolis

Alors que certaines séries se font désirer en faisant attendre leurs lecteurs 2 ou 3 ans (et même plus parfois) entre deux tomes, Dabitch et Pendanx livrent ici la troisième partie de leur "Jeronimus" 2 ans seulement après l’épisode d’ouverture. Et lorsque l’on observe de plus près le magnifique travail graphique de Pendanx, on se dit qu’une telle régularité ne doit pas être si facile à respecter.
C’est une peinture dominée par le rouge que les auteurs ont choisi de mettre en couverture. Car après avoir présenté les raisons qui ont poussé Jeronimus Cornelisz à tout quitter pour s’embarquer sur le Batavia, navire de la compagnie des Indes hollandaises puis suivi la vie en mer des passagers du bateau ainsi que leur évolution psychologique (notamment le désir de vengeance grandissant du capitaine envers Pelsaert, le commandeur, et la découverte de ses dons d’orateur par Jeronimus qui vont le pousser à jouer un rôle nouveau pour lui, celui de manipulateur), cette dernière partie s’attaque cette fois au drame lui-même, sanglant et terrifiant.
Car après avoir fait naufrage sur les îles Albrolhos de Houtman, au large de l’Australie, les gradés survivants encore présents (le commandeur, Pelsaert, est parti avec des soldats à bord d’une chaloupe chercher les secours) doivent se rendre à l’évidence : il ne reste plus assez d’eau et de nourriture pour tout le monde. Embauché comme comptable par la compagnie, Jeronimus va utiliser les mêmes méthodes purement arithmétiques pour survivre avec les stocks restants. A force de manipulation et de persuasion, il prend le pouvoir sur l’île et prépare progressivement la mise à l’écart puis l’élimination pure et simple des bouches inutiles. La nouvelle organisation, basée sur la terreur, comprend aussi la mise à disposition des femmes pour ses soldats. S’en suivra un véritable massacre qui comptera plus d’une centaine de victimes, y compris des bébés.
Basé sur des faits réels, le récit de Dabitch ne se contente pas de dérouler les faits bruts. Il questionne régulièrement les agissements de Jeronimus pour tenter de comprendre comment celui qui était au départ un apothicaire bon père de famille à Harlem a pu en arriver là et à quel moment il a basculé dans l’ignominie et l’horreur.
Un triptyque marquant qui doit bien entendu beaucoup aux peintures extraordinaires de Pendanx.
[sullivan]