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Omni-visibilis
Bonhomme/Trondheim
dupuis

Pourtant on le sait que Lewis Trondheim n’a pas son pareil pour concocter des scénarios qui, tout en étant délirants et improbables à souhait, parviennent à totalement nous scotcher. Eh bien il parvient tout de même une nouvelle fois à nous surprendre avec cet "Omni-visibilis" des plus inspiré.
L’auteur y conte les (més)aventures d’Hervé, employé de bureau, qui mène la vie lambda d’un célibataire trentenaire parisien. Lambda jusqu’au jour où notre homme se rend compte qu’il est devenu comme un livre ouvert : quand les gens ferment les yeux ou se bouchent les oreilles, ils peuvent voir ou entendre ce que lui voit ou entend à ce moment-là ! Un phénomène qui va bien sûr très rapidement lui rendre la vie impossible.
Cette idée scénaristique de génie (ça paraît toujours simple a-posteriori mais il fallait quand même y penser !) permet à Trondheim de développer des situations burlesques et cocasses (que le dessin en bichromie de Bonhomme, parfait, rend à merveille) comme il les affectionne : s’il veut garder une certaine intimité, Hervé ne peut plus se regarder pisser aux toilettes, ce qui occasionne, on l’imagine, quelques dégâts pour ses chaussures ; devenu une sorte de Facebook humain, les gens le poursuivent pour pouvoir passer un message à un proche, faire la publicité d’un produit ou même montrer leurs qualités d’acteur pour décrocher un rôle…
De l’excellent Trondheim donc, qui enchaîne trouvailles brillantes et scènes réjouissantes tout au long de cette course-poursuite hyper rythmée pour mieux critiquer notre société actuelle qui, à force de Facebook et consorts, de téléréalité et de téléphones portables dans la rue, le train et ailleurs, a oublié ce qu’intimité et vie privée voulaient dire.
Et dire que notre homme avait annoncé, il y a quelques années, vouloir arrêter la bande dessinée…
[sullivan]