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Le sourire éternel
Luen Yang/Kirk Kim
dargaud

Il y a tout d’abord Duncan qui file le parfait amour avec la princesse jusqu’à ce que le roi soit tué et qu’il doive, du coup, se transformer en preux chevalier pour ramener la tête du roi crapaud, l’ennemi juré du royaume, s’il veut pouvoir épouser sa bien-aimée. Puis c’est au tour de Papy grippe-sou de faire son apparition. Un vieil insatisfait et méchant dont le seul but dans la vie est de remplir sa piscine de pièces d’or. Un jour, cependant, il fait une découverte -un sourire dans le ciel en plein désert- qui va changer sa vie. Enfin, il y a Janet, qui vit une existence triste et monotone d’employée de bureau jusqu’à ce qu’elle reçoive un mél d’un prince nigérian l’avertissant qu’elle a été choisie pour l’aider à mettre sa fortune en lieu sûr…
Sincèrement, j’étais vraiment impatient de voir ce que pouvait donner cette collaboration entre 2 des jeunes auteurs américains les plus prometteurs du moment : Gene Luen Yang dont on se souvient de l’excellent "American Born Chinese" (déjà chez dargaud) et Derek Kirk Kim, récompensé, à juste titre, par les prestigieux Eisner et Harvey awards aux Etats-Unis pour "Same Difference" (chez 6 pieds sous terre en France). Les deux asiato-américains délaissent pour l’occasion l’étude des relations entre communautés et les problèmes d’intégration dans la société américaine pour concocter ces 3 récits étonnants et malicieux.
Des histoires apriori indépendantes, d’ailleurs traitées complètement différemment par Kirk Kim (qui s’est amusé à faire des clins d’œil à des séries ou genres cultes américains comme par exemple au Picsou de Disney avec "Papy grippe-sou") au niveau graphique, dont on découvre pourtant à la fin qu’elles ont un point commun : celui de voir leurs protagonistes évoluer dans des eaux incertaines et floues, entre rêve et réalité. Des personnages un peu perdus dont le lecteur se sent solidaire. Et pour cause ! Il est logé à la même enseigne. Ne sachant jamais si ce qu’il voit est la réalité (enfin, une représentation de la réalité…) ou une illusion, il est tout autant manipulé par les 2 auteurs. Histoire de le placer au centre même des thèmes abordés ici : la manipulation, le statut fluctuant de la réalité.
Et ainsi de l’amener (tout au long de ce scénario malin et imprévisible), au travers des personnages et de sa propre expérience de lecture, à réfléchir au caractère subjectif de la réalité : est-elle vraiment la même pour tout le monde ? Ne peut-on pas s’arranger avec la réalité ? Comment être sûr que ce que l’on appelle réalité n’est pas une illusion ?
Une grande réussite !
[sullivan]