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Presque/On fera avec
Larcenet
les rêveurs

Du mal à patienter d’ici la sortie du tome 2 de "Blast" ? Ca tombe bien ! Figurez-vous que Les rêveurs réédite "Presque" et "On fera avec" de Manu Larcenet. Et notre homme a beau les trouver médiocres et avouer (dans des épilogues truculents dans lesquels il livre sa vision actuelle de ces récits de "jeunesse") qu’il aurait peut-être préféré ne pas les voir ressortir, ces deux opus sont comme des pièces s’imbriquant dans le puzzle plus vaste de "l’Oeuvre", en cours, de Larcenet. Autobiographiques, basés sur une sincérité totale, ils nous en disent un peu plus sur l’auteur et apportent du coup un éclairage différent sur ses livres "majeurs" que sont "Le combat ordinaire" ou "Blast".
Avec "Presque", l’auteur poursuit ce qu’il avait commencé avec "Dallas Cowboy", en revenant sur son service militaire. Il y raconte une nouvelle fois, violemment, avec âpreté, le traumatisme qu’a été cette période passée sous les drapeaux. Humiliations, isolement, peur, intimidations : Larcenet n’élude rien de cette expérience dans un récit très sombre, véritable exutoire mis en images par un graphisme en noir et blanc à l’avenant : mélange surprenant d’expressionnisme au trait épais (superbe) prenant à la gorge et de petits bonshommes naïfs. Un récit fort.
Moins réussi, "On fera avec" n’est pas plus léger. Larcenet y livre ses réflexions philosophico-pessimistes sur la vie, la mort, la perte des êtres chers ou le rapport (difficile) aux autres. Un brin naïf parfois (Larcenet le taxe lui-même de livre adolescent), le récit est un condensé "brut de décoffrage" des thèmes qu’il développera plus tard, avec plus de finesse, bien sûr. Il permet aussi à l’auteur de se frotter à une narration à contraintes, en l’occurrence 5 cases verticales par page dans un grand format à l’italienne (comme il est de coutume dans cette collection "On verra bien") et un scénario qui se construit au fur et à mesure que le récit avance.
Chez Les rêveurs, Larcenet expérimente, essaie, tente, tâtonne parfois, que ce soit au niveau graphique ou narratif. L’occasion, belle, de voir un autre Larcenet, plus "hardcore" (comme il le dit lui-même), avec une totale liberté artistique.
[sullivan]