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Les années douces, tome 1
Taniguchi/Kawakami
casterman

Comme beaucoup, j’ai eu ma période Taniguchi. Il faut dire que des chefs-d’œuvre comme "Quartier lointain" ou "Le journal de mon père" avaient de quoi enchanter. Quelques récits plus tard, j’ai commencé à me lasser, retrouvant trop souvent cette même façon de raconter, les mêmes thèmes, les mêmes ambiances : Taniguchi faisait du Taniguchi et tournait en rond. Du coup, cela faisait un bout de temps que je n’avais plus lu le célèbre mangaka. Et je ne sais pas pourquoi mais "Les années douces" m’en a donné l’envie. Un peu par nostalgie et beaucoup par curiosité. Je me demandais quelle voie l’auteur japonais avait bien pu désormais prendre. En fait, quelque part, j’espérais être surpris. Pour le coup, c’est raté…
Taniguchi adapte ici le roman éponyme d’Hiromi Kawakami. Il y raconte les retrouvailles, par hasard, dans un bar, de Tsukiko, jeune femme d’une trentaine d’années et de son ancien professeur de japonais au lycée, Monsieur Matsumoto, de 30 ans son aîné. Ils évoquent, de façon très formelle, les souvenirs de ces années scolaires et commencent à se revoir régulièrement. "Le maître" lui propose une sortie au marché un dimanche après-midi, l’invite à la fête des cerisiers, ils vont à la montagne cueillir des champignons ensemble : petit à petit, une complicité, voire une certaine connivence, très respectueuse (chacun paie sa part lorsqu’ils mangent ensemble au restaurant ou boivent du saké dans un bar), commence à naître entre eux…
Comme à son habitude, c’est avec grande délicatesse et sensibilité que Taniguchi raconte le rapprochement graduel inattendu de ces 2 solitudes (elle, est célibataire ; lui, est divorcé) et il met en scène ces rencontres amoureuses d’un trait toujours aussi fin. Pourtant, on a du mal à s’enthousiasmer. Tout simplement parce qu’on a l’impression de voir un Taniguchi en pilotage automatique. "Les années douces" n’est pas un mauvais roman graphique. C’est juste qu’il est terriblement prévisible : on y retrouve la même narration intimiste et littéraire, la même technique de découpage (encore moins dynamique que d’habitude) et les mêmes expressions sur les visages. Même le parfum de mélancolie si cher à Taniguchi est là…C’est dire ! Du coup, on s’ennuie un tantinet.
Mais bon, sait-on jamais, peut-être l’auteur nous aura-t-il réservé quelques surprises dans le second et dernier tome…
[sullivan]