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Notre mère la guerre
(deuxième complainte)

Kris/Maël
futuropolis

Janvier 1915, en Champagne. Des femmes sont retrouvées assassinées sur la ligne de front, une lettre d’adieu rédigée par leur meurtrier à leurs côtés. Le lieutenant de gendarmerie Vialatte a été chargé de cette enquête singulière. Alors qu’il se trouve en première ligne, ses premières observations l’amènent à s’intéresser d’un peu plus près à la section de Gaston Peyrac, constituée de gosses : des repris de justice de 15 ou 16 ans libérés à condition qu’ils se battent pour leur pays... Mais malgré les apparences qui semblent les désigner comme coupables, leur chef entend défendre ses "gamins" jusqu’au bout…
Une deuxième complainte qui porte bien son nom. Roland Vialatte qui avait une vision héroïque, belle, presque romantique de la guerre (les soldats ne défendent-ils pas l’honneur de la France ?) se trouve cette fois confronté à ce qu’elle a de plus horrible et barbare à offrir : les bombardements à rendre sourds, l’agonie de Jolicoeur, les crises d’angoisse qui tétanisent le capitaine Janvier, sans parler, bien sûr, de la boue et des odeurs, de pisse et de merde. Et pendant ce temps-là, les meurtres, incompréhensibles, se poursuivent…
Centrée autour de quelques couleurs ternes (le marron, le bleu, le gris) et du dessin brut très réussi de Maël, cette seconde complainte confirme tout le bien que l’on pensait de "Notre mère la guerre". Kris, complexifiant ici un peu la narration en y incorporant des flash backs, continue son enquête singulière. Celle de Vialatte, bien entendu, pour découvrir qui peut bien être responsable de ces assassinats irrationnels. Mais aussi la sienne. Car avec cette trilogie, le scénariste interroge lui aussi cette guerre. Il cherche notamment à comprendre ce qui a pu faire tenir les soldats. Bien sûr, il y avait les poteaux d’exécution et certains soldats ont vu leurs nerfs lâcher mais une grande majorité a résisté jusqu’au bout. C’est ce mystère que Maël tente en fait de percer avec "Notre mère la guerre". C’est à coup sûr sur cette double enquête qui donne tout son sel à ce récit qui a, en plus, la bonne idée d’évoquer des aspects souvent oubliés de la "der des ders" : la présence de criminels mineurs sur le front, les régiments d’artilleurs venus des colonies africaines se battre pour la France ou les "pilleurs" de tranchées. Une trilogie à ne pas manquer !
[sullivan]