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High Society
Sim
vertige graphic

Une incroyable saga, une série fleuve : voilà dans quoi Dave Sim s’est lancé il y a maintenant plus de 30 ans ! Après des centaines d ‘épisodes autoédités, son roman graphique, lancé en 1977, s’est achevé en 2004, fort de quelques 6000 pages et sort aujourd’hui pour la première fois en édition française chez Vertige Graphic, coutumier de ce genre de parutions hors du commun (on se souvient notamment de "Une histoire populaire de l’empire américain", excellente adaptation de l’œuvre de Howard Zinn parue l’an dernier). Et il fallait bien ça pour conter les aventures rocambolesques, que dis-je, la vie de Cerebus. Car c’est bien de ça dont il s’agit ici : s’attacher à suivre l’évolution du personnage au fil du temps qui passe et des expériences traversées.
Cerebus est un oryctérope du genre bagarreur et aventurier. Après quelques pérégrinations, en 1412, il rencontre Lord Julius, maître de la plus riche cité d’Estarcion, Palnu. Entré à son service, il devient rapidement son bras droit après qu’il ait aidé à déjouer un complot fomenté contre lui par le mystérieux Œil de la pyramide. Nommé à un haut poste de diplomate en récompense des services rendus, Cerebus quitte cependant la vie calme de Palnu, son naturel barbare et ses envies d’aventure revenant rapidement au galop. Un peu plus tard, il arrive à Iest et prévoit de se fixer à l’Hôtel Régence, endroit clé où décisions économiques et politiques engageant Estarcion sont prises.
Héros ou plutôt antihéros peu conventionnel (Cerebus n’aime rien plus que de se battre dans des bouges malfamés pour faire passer son humeur souvent maussade), dessin noir et blanc très américain à la technique parfaite (il suffit de jeter un œil à la reproduction de la façade de style victorien de l’Hôtel Régence de la couverture pour s’en rendre compte), humour grinçant et sarcastique, ton libre, souvent critique voire acerbe avec le monde politique (clientélisme, corruption, incompétence, attitudes d’enfants gâtés des députés sont régulièrement pointés du doigt) : en théorie, "High Society" a tout ce qu’il faut pour piquer la curiosité du lecteur. Pourtant, on n’accroche pas plus que ça. Est-ce le côté bavard de la série ? Ou la répétition de certaines scènes assez proches ? Ou le manque de charisme de son protagoniste ? Certainement un peu de tout cela à la fois. Toujours est-il que si ce premier tome, honnête, se lit sans trop de soucis, il ne parvient pas à assez nous enthousiasmer pour que l’on envisage de suivre les aventures de Cerebus sur encore plus de 5000 pages…
[sullivan]