Green Manor 16 charmantes historiettes criminelles
Bodart/Vehlmann
dupuis
En apparence, le Green Manor est un club des plus respectable. D’ailleurs, tous les gentlemen distingués de la bonne société victorienne -docteurs, inspecteurs, riches héritiers, généraux- veulent en être membre. Pourtant, le Green Manor cache des secrets aussi terribles qu’inavouables : ses riches tentures et ses beaux parquets de chêne cirés en ont entendus des destins brisés et en ont vus des meurtres atroces… Car en cette fin de XIXème siècle, en bon anglais raffiné, on se pique de faire la lumière sur des assassinats inexpliqués et on se targue de pouvoir mettre la finesse de son raisonnement au service d’affaires irrésolues. Et quand il n’y a rien d’intéressant à se mettre sous la dent, on peut même -au diable l’oisiveté- échafauder soi-même des farces macabres ou des plans machiavéliques !
Héritiers rendus fous par un testament manipulateur et sadique, défi vaniteux qui finit dans le sang, meurtre inconscient, vengeance subtile ou complexe de supériorité de serial killer : les 16 historiettes compilées dans cette intégrale aux allures de grimoire en cuir d’antan (l’objet est superbe) font la part belle à l’élégance dans le meurtre, à la subtilité dans le crime, à la noblesse dans l’art d’éliminer.
En 7 pages, sur lesquelles souffle un phlegme effectivement très britannique, Vehlmann trousse comme à son habitude des intrigues aussi surprenantes que cocasses qui se nourrissent de la cupidité, de la vanité, de la jalousie ou de l’avidité de ses protagonistes. Son sens du rythme, les retournements de situation à l’ultime seconde et l’inventivité scénaristique dont il fait une nouvelle fois preuve ne surprendront pas : on connaît désormais très bien les qualités de conteur hors pair de Vehlmann, très bien secondé ici par Bodart et son dessin ligne claire au second degré tout à fait en phase avec l’esprit humour noir de la série.
[sullivan]