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Bludzee
Trondheim
delcourt

En membre fervent de l’OuBaPo (Ouvroir de bande dessinée potentielle), Trondheim a toujours aimé les jeux, les défis, les contraintes. Alors quand Ave Comics lui a proposé de créer le premier feuilleton numérique, vous imaginez bien que notre homme n’a pas longtemps hésité avant de se lancer dans l’aventure et donc, de livrer pendant un an, à partir de septembre 2009, 1 gag par jour mis en ligne sur les smartphones, et ce en 19 langues. Delcourt a compilé l’ensemble dans cette très belle édition papier au format à l’italienne pour les has been technologiques, ceux qui, comme moi, savent à peine ce que l’on peut faire avec un smartphone…
Pour l’accompagner quotidiennement pendant 365 jours, Trondheim a de nouveau choisi un héros à poils : un chat. Ou plutôt un chaton livré à lui-même dans un appartement d’une grande tour depuis que son maître, un tueur à gages, a été arrêté et mis en prison. Son stock de croquettes diminuant à vue d’œil, le petit félin va bientôt être obligé de quitter son univers douillet et sûr pour partir à la découverte du monde qui l’entoure et de ses étranges habitants –des sortes d’extraterrestres qui parlent une langue incompréhensible. Malicieux et plein de ressources, Bludzee va rapidement apprendre à se débrouiller, avec l’aide d’amis rencontrés en chemin, pour survivre dans ce monde hostile envers les chatons…
Chaque planche a beau n’être constitué "que" de 6 cases, le challenge, assez proche d’un marathon graphique, n’était pas si évident que cela à relever. Trondheim, vous vous en doutez, s’y est attelé avec une belle réussite. Ses armes ? Son trait habituel : simple et lisible, des couleurs contrastées et surtout une imagination à toute épreuve ! Très largement improvisé, le récit reste pourtant fluide, très rythmé et parvient à tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout. Car dés que Trondheim sent la narration ronronner un peu, il introduit un nouvel élément : un personnage (un policier oiseau qui enquête, un poulpe vendeur de pizzas, un voisin étrange qui vomit pour se défendre) ou un accessoire (l’internet, un marteau qui fait "pouèt", une machine pour modifier génétiquement…) qui relance l’intérêt du feuilleton pour quelques dizaines de pages. Et ainsi de suite.
C’est drôle, délirant, souvent absurde et inspiré. Et dire que tout cela est parti d’un chaton qui dormait sur un fauteuil…Bref, voilà une petite leçon d’inventivité signée Lewis Trondheim qui nous fera plus rapidement oublier sa collaboration à la dernière campagne publicitaire de la poste…
[sullivan]