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L’esprit perdu
Bonhomme/de Bonneval
dupuis

Au Moyen-âge. Le comte de Saunhac n’est mort que depuis peu quand Messire Brifaut, Bailli de la région, demande Philomène, sa veuve, en mariage. Devant songer à assurer un avenir serein à ses 2 enfants, cette dernière accepte. Une décision qui n’est pas du tout du goût de Messire Guillaume, et surtout de sa sœur Hélis qui reprochent non seulement à leur mère d’oublier un peu trop vite le souvenir de son mari mais aussi et surtout d’accepter de devenir la femme de celui qu’ils soupçonnent d’avoir tué leur père. De l’avoir tué ou fait disparaître car Hélis a l’intuition que son père est encore en vie quelque part. Elle décide donc de s’enfuir pour partir à sa recherche…
"L’esprit perdu" est en fait la nouvelle édition de "Messire Guillaume". Redécoupage des planches pour proposer ici une lecture plus horizontale, quelques dessins inédits ajoutés, noir et blanc mettant en exergue le joli travail graphique de Bonhomme mêlant masses grises hachurées et trait fin et élégant : cette intégrale propose de redécouvrir les 3 tomes préalablement parus de la série sous un jour différent, très judicieux, dans ce nouveau format à l’italienne.
Ce n’est pas un hasard si cet album a reçu le prix Intergénérations au festival d’Angoulême 2010. Avec ces aventures médiévales teintées de fantastique, Bonhomme et de Bonneval s’adressent en effet ici à un public plus jeune. Car "L’esprit perdu" est avant tout un récit initiatique qui va permettre aux 2 enfants, au travers de leurs rencontres et péripéties parfois rocambolesques, de faire le deuil de leur père, d’accepter l’idée que leur mère puisse refaire sa vie et tout simplement de quitter l’enfance pour entrer dans l’âge adulte. Fantasmes, doutes, révolte, rejet de l’adulte : c’est indéniablement avec beaucoup de souffle, de fantaisie et d’inventivité (on croirait certaines créatures tout droit sorties de nos rêves les plus étranges) que les 2 auteurs content cette crise existentielle qui prend la forme d’un voyage singulier dans l’imaginaire et l’inconscient enfantin.
[sullivan]