archives BD

Fritz Haber 3.
Un vautour, c’est déjà presque un aigle…

Vandermeulen
delcourt

Auteur éclectique (il a notamment participé au magazine Ferraille des Requins Marteaux et a publié "Initiation à l’ontologie de Jean-Claude Van Damme" traitant du concept Aware cher à l’acteur…), David Vandermeulen poursuit avec "Un vautour, c’est déjà un aigle…" son travail le plus grave et le plus ambitieux à ce jour : la biographie de Fritz Haber, chimiste et capitaine dans l’armée allemande pendant la première guerre mondiale.
Ce troisième tome (la série en comptera 5) se concentre sur l’année 1915, décisive, à plus d’un titre, dans la vie d’Haber. C’est en effet en avril de cette année qu’il parvient à démontrer la puissance de la nouvelle arme qu’il a mise au point, un gaz au chlore, à ses supérieurs, dubitatifs jusque là, lors de la première attaque, foudroyante, de ce genre, à Ypres, sur le front flamand, le 22, à 17 heures précises. Mais c’est aussi cette année-là que sa femme se suicida ou que l’on commença à accuser certains membres de l’élite politique, économique ou militaire, comme Haber lui-même ou Rathenau, directeur de l’Office des matières premières, d’insinuer l’esprit juif à des postes clés de l’état allemand…
Tant de livres sont sortis sur la première guerre mondiale (et des très bons comme le "Putain de guerre !" de Tardi et Verney ou "Notre mère la guerre" de Kris et Maël, pour n’en citer que 2 récents) et pourtant Vandermeulen parvient à brillamment se démarquer avec son "Fritz Haber". Grâce à 2 atouts de taille : un travail pictural magnifique, fait de traits au pinceau et de lavis (traités, ici ou là, avec de la javel, mais oui !), dont le rendu est aussi sombre et lugubre que ce qu’il met en images. Et la reconstitution, minutieuse et très documentée, fidèle aux faits historiques, des évènements. Qui permettent au lecteur de pénétrer, au travers du portrait du chimiste, dans les coulisses de la grande guerre (et de voir les réticences de certains gradés, notamment de Falkenhaym, commandant en chef des armées, à utiliser des gaz, "procédé peu chevaleresque", pour terrasser l’ennemi, avant de finalement accepter ; les difficultés, liées à la météo, pour utiliser une telle arme ; les dangers que cela implique pour son propre camp…)tout en étant le témoin de la montée, inexorable, des idées antisémites dans la société allemande. Un travail austère et parfois ardu mais passionnant.
[sullivan]