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Les enfants de Mandalay
Gonord/Olivié/Aris
ankama

En pénétrant le territoire de Mandalay par les hauts cols du Yum-Nam, Lars et Varia Berg, couple d’artistes marionnettistes sillonnant les routes dans leur roulotte, ne s’attendaient pas à tomber sur un spectacle d’horreur pareil, aussi proche de l’enfer et du chaos : des amoncellements de corps sans vie, enchevêtrés, mutilés, sacrifiés, tranchés, humiliés, à perte de vue. L’œuvre des troupes de 2 généraux sanguinaires, Saw et Maung, qui se sont alliés pour renverser le pouvoir du vieux roi. Manipulés par la "Compagnie", qui entend ainsi protéger ses intérêts dans la région –des installations qui leur permettent, en utilisant une main d’œuvre docile et corvéable -les enfants de Mandalay- d’extraire l’or qu’ils convoitent tant. Mais ces temps d’esclavage sont peut-être révolus car la révolte gronde chez les Mohms : les enfants, regroupés en tribu, en ont en effet assez d’être exploités dans les mines et de voir les leurs privés de liberté…
Si le dessin d’Olivié (avec son crayonné, original, doublé, parfois triplé) donne aux "Enfants de Mandalay" des airs enfantins, un peu naïfs, ce conte, derrière sa présentation manichéenne attendue (d’un côté des méchants aux allures d’ogres et de l’autre des gentils qui ont l’innocence des enfants) et l’utilisation de symboles pour représenter mort, violence ou drames, est loin d’être inoffensif. Car derrière le cadre imposé par le genre et ses codes, il y a le napalm, souvenir sombre d’une intervention américaine en Asie, continent qui ressemble beaucoup à celui du récit. Il y a les purges, qui réveillent les fantômes de la révolution culturelle maoïste ou du régime stalinien. Et comment ne pas voir derrière les Smith et leur "main invisible" l’ultralibéralisme décomplexé de compagnies sans foi ni loi capables de soutenir les pires génocidaires ou dictateurs au monde, comme Total en Birmanie, pour que leurs entreprises soient florissantes et leurs actionnaires satisfaits…Et au milieu de tout cela, les artistes, qui racontent, pour défendre la liberté et faire en sorte que les dictatures, qu’elles soient économiques ou politiques, disparaissent une bonne fois pour toutes. Et les enfants, leur innocence, leur optimisme porteurs d’espoir.
Non, décidément, pour qui veut bien y regarder, "Les enfants de Mandalay", singulier mélange de noirceur et de légèreté, n’est pas si inoffensif que cela.
[sullivan]