Genetiks [3]
Marazano/Ponzio
futuropolis
Comme tout collaborateur de Genetiks, plus grande entreprise pharmaceutique mondiale, Thomas Hale, dont le travail est basé sur des chimères d’abeilles, a accepté de faire un don symbolique de cellules à son groupe. Quand Andreas Martin annonce, quelques mois plus tard, que son Trust a réussi à entièrement décoder le génome humain, Thomas apprend que la cellule souche à partir de laquelle Genetiks a travaillé est la sienne. Pour protéger sa découverte, le groupe lui propose alors un contrat l’enjoignant de lui céder les droits de ses cellules et de devenir, en quelque sorte, la propriété de Genetiks…
Après avoir naïvement accepté cette proposition, espérant qu’elle lui ouvrirait d’autres horizons professionnels, Thomas est de plus en plus souvent victime de violentes migraines et d’hallucinations étranges qui le plongent dans un monde où réalité et illusion se confondent de plus en plus. Alice et un groupe de résistants clandestins qui s’oppose, par la violence, aux recherches du Trust visant à percer les secrets de la vie, son bras perdu dans les combats, son père subitement guéri de son handicap, sa mère de nouveau vivante, Genetiks qui décide finalement de l’associer à leurs recherches, la mort d’Anne puis sa réapparition : tout se mélange dans sa tête et les fréquentes impressions de déjà vu qu’il peut ressentir l’empêchent de discerner ce qu’il a vraiment vécu de ce qu’il a rêvé…
Scénario habilement construit qui prend immanquablement le lecteur dans les mailles de son filet, mystère préservé quasiment jusqu’au bout, dessin travaillé (assez proche de celui de Sala sur "One of Us") aussi réaliste que troublant, arrière plan scientifique, très documenté, complètement bluffant (Marazano a étudié la physique et l’astrophysique avant de devenir scénariste, ça aide…), rebondissements imprévisibles : jusque là ce thriller d’anticipation avait fait un sans faute mais il restait une dernière difficulté : le final. Car c’est bien sur sa capacité à boucler la boucle de façon convaincante et à avancer une résolution d’énigme crédible que l’on juge ce genre de récit manipulateur à la "Shutter Island". Et là, Marazano s’en tire comme un chef, avec une conclusion aussi inattendue que marquante, effrayante et désenchantée au possible, qui clôt cette réflexion sur le thème réalité/illusion de fort belle façon et nous coupe toute envie d’immortalité. De la belle ouvrage !
[sullivan]