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Le réseau Bombyce 3. Stigmates
Cécil
les humanoïdes associés

Pour être franc, on ne l’attendait plus ce dernier épisode du "Réseau Bombyce". Pourtant, les 2 premiers tomes, inspirés, avaient donné envie d’être patients. Mais 8 ans, cela commençait à faire beaucoup… Et quand on voit que Corbeyran n’apparaît pas (Brouille avec le dessinateur ? Problème de contrat avec l’éditeur ?) au générique de ce "Stigmates", on comprend pourquoi il a mis tant de temps à voir le jour…
Du coup, c’est avec d’autant plus de plaisir que l’on retrouve Eustache et Mouche, les 2 membres du réseau Bombyce que l’on avait laissés en bien fâcheuse posture à la fin de "Monsieur Lune". Après avoir mis la main sur la bobine d’un film, dont le visionnage s’était avéré particulièrement insoutenable (on y voyait une jeune femme être brutalisée et torturée pour de vrai par des hommes encagoulés avant d’être tuée), au cours d’une de leurs virées nocturnes empruntant la voie des airs, nos 2 hommes avaient en effet décidé de faire chanter son propriétaire, le baron Harcourd, pour récupérer une belle somme d’argent. Mais ignorant que celui-ci avait des appuis importants dans la police et le monde politique et que nombre de notables étaient également mouillés dans ce trafic de films sadiques, ils mirent, ce faisant, la main dans un engrenage les dépassant totalement. Ils se retrouvèrent ainsi très rapidement pourchassés par les sbires du baron. Pourtant, après avoir échappé de justesse aux hommes du Monocle, ils ne profitent pas de l’opportunité qui leur est offerte, au début de cet épisode final, de s’enfuir de Bordeaux pour aller se mettre à l’abri. Il faut dire qu’en plus de Zibeline, sa bien-aimée disparue depuis 2 jours, quelque chose retient Eustache ici. Quelque chose qui hante ses nuits et l’empêche d’aller de l’avant…
Le moment de la rédemption est donc (peut-être…) enfin venu pour Eustache, avec ce dernier épisode qui nous éclaire sur les agissements du héros longiligne hanté par les fantômes d’un passé trop violent et sur sa quête du fameux "trésor" de Gustav. Et c’est d’ailleurs bien cela qui fait le sel de cette trilogie. Bien sûr, on ne peut oublier l’univers belle époque mâtiné de futurisme (le steampunk a inspiré bon nombre de scénaristes au début des années 2000 avant de passer un peu de mode ces derniers temps, j’ai l’impression), superbement mis en images par Cécil (qui nous gratifie notamment d’un impressionnant travail graphique sur l’architecture art nouveau de nombre d’édifices), qui sert de décor grandiose au "Réseau Bombyce". Ni ce scénario sombre, violent et accrocheur à souhait qui fait preuve d’une grande maitrise du rythme et des effets. Mais c’est tout de même bien l’épaisseur des personnages, l’intérêt porté par les auteurs à leurs faiblesses, à leurs zones d’ombre et à leurs motivations, c’est bien ce petit plus qui fait, aussi et surtout, le charme de cette série.
Bravo donc à Cécil d’avoir réussi à mener "Le réseau Bombyce" à son terme pour en faire une trilogie aussi réussie.
[sullivan]