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Magasin général 6. Ernest Latulippe
Loisel/Tripp
casterman

Marie partie à Montréal, le stock du Magasin général commence à sérieusement diminuer. Clous, café, sucre, sel ; hachoirs : à mesure que la pénurie se fait de plus en plus menaçante, les tensions se font jour et obligent les habitants de Notre-Dame-des-lacs à enfin voir l'évidence : le village ne peut pas vivre sans Marie et le Magasin général ! Mais Notre-Dame-des-lacs semble pour l'instant bien loin des pensées de Marie, toute occupée au contraire à découvrir la grande ville avec Jacinthe : le tramway, les restaurants, les musées, les cabarets, les hommes pleins d'attentions pour elle…
Ce devait être une trilogie, puis chemin faisant, parce que Tripp et Loisel s'étaient attachés à cette histoire et à ses personnages, "Le Magasin général" est devenu une double trilogie ! Alors comment se fait-il que l'on retrouve de nouveau un "A tantôt" à la fin de ce tome 6 ? Et bien tout simplement parce que notre duo a décidé de prolonger le plaisir encore un peu…Et si, habituellement, on n'est pas vraiment fan des séries à rallonge, on a cette fois bien envie de faire une exception !
Parce que malgré ses 6 ans d'existence, la série ne donne aucun signe d'essoufflement. L'inspiration, cet "Ernest Latulippe" en est la preuve, est effectivement toujours au rendez-vous. Et aussi tout simplement parce qu'on l'aime bien cette série à l'ancienne : ses personnages, très humains avec leurs bons côtés mais aussi leurs failles, leurs doutes, sont plus qu'attachants ; le dessin à quatre mains, chaleureux et plein de tendresse, est très réussi avec son aspect un peu vieillot ; le scénario, très pointilleux quant à la reconstitution de la vie dans les bois du Québec au début du XXème siècle, est parfaitement crédible ; et il y a bien sûr la "parlure" québécoise (c'est Jimmy Beaulieu, dessinateur québécois pur souche qui s'est chargé d'adapter les dialogues pour les rendre plus vrais que nature) qui finit de nous charmer totalement.
D'autant que Loisel et Tripp savent drôlement y faire pour dépeindre sentiments, émotions mais aussi désirs de liberté, d'émancipation vis à vis de la communauté. Car si elle est gage de soutien lors des coups durs, de solidarité et d'entre-aide, elle a aussi quelques gros inconvénients (promiscuité, poids des conventions, omniprésence du curé -directeur de conscience de ses ouailles !- et de la religion) qui font qu'il est difficile d'y être soi-même. Surtout quand le regard des autres est si présent! Cette volonté d'affirmation de soi, nouvelle à Notre-Dame-des-lacs, a d'abord touché Marie, qui s'en est donc allée à Montréal. Mais elle pourrait bien s'étendre à d'autres membres de la communauté, comme le Réjean (mais oui…). C'est en tout cas ce que suggère cet "Ernest Latulippe"…D'autres surprises en perspective donc ! Quand je vous disais que cette série est belle en titi…
[sullivan]