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La légende des nuées écarlates 4.La fleur cachée de l'abomination
Tenuta
les humanoïdes associés

En volant le Kami de la montagne, pour avoir, en échange, accès aux secrets de la beauté, le Shogunaï Totecu Fujiwara -seigneur de ces terres- a brisé l'équilibre liant les hommes à la nature. Depuis qu'il a vendu son âme aux forces du mal, la glace gagne en effet de plus en plus de terrain et menace désormais "la ville qui parle au ciel". Tout comme les Izunas, tigres blancs puissants et venimeux, qui y font des incursions meurtrières de plus en plus fréquentes. C'est dans ce Japon lointain, qu'erre Raido Caym, samouraï amnésique. Aidé de Meiki, une jeune marionnettiste, sa quête identitaire (qui est-il vraiment ? Pourquoi se sent-il si étrangement lié à cette jeune fille ? Et comment a-t-il perdu son bras et son œil ?) lui fera prendre conscience de la vraie nature de la princesse Ryin et le poussera à affronter ses maléfices pour délivrer le pays de cette terrible malédiction…
Shakespeare, Eschyle et les tragédiens grecs, le "Faust" de Goethe : Tenuta s'est inspiré des plus grands thèmes mythologiques et dramatiques -jalousie, soif de pouvoir, trahison, vengeance- pour concocter ce scénario tout en ajoutant des éléments de légendes et superstitions nippones à ses "Nuées écarlates". Et cela fonctionne toujours aussi merveilleusement bien.
En premier lieu parce que l'histoire intrigue (cette tétralogie est aussi un jeu de pistes diabolique), impressionne (les Izunas sont remarquablement réussis) et tient en haleine jusqu'au bout de cet ultime volet, Tenuta ayant eu la malicieuse idée d'inclure de régulières analepses dans le récit pour progressivement éclairer l'ensemble du tableau. Et surtout parce que le travail graphique de l'auteur fait une nouvelle fois preuve d'une incroyable virtuosité (c'est techniquement parfait) en même temps que d'un raffinement très japonais. Rappelant parfois l'art de l'estampe, il a un côté surnaturel, presqu'irréel, qui sied parfaitement à cet univers fantastique et légendaire où les hommes semblent être tantôt des acteurs (certains personnages sont d'ailleurs comme maquillés) dirigés par un metteur en scène démiurge, tantôt des marionnettes manipulées par des forces supérieures invisibles. Du grand art.
[sullivan]