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La Mano T.1 : Montefiorno
Thirault/Pagliaro
dargaud

Montefiorno, Italie. Mars 1965. Une bande de jeunes s'ennuie à la terrasse d'un café. Comme à leur habitude, ils refont le monde : ils pestent contre Altobelli et sa clique de fachos, se révoltent contre les injustices sociales, critiquent les vieux réacs bourgeois du coin et s'enthousiasment à l'idée de voir le parti communiste italien arriver au pouvoir. Ce soir-là, pourtant, sera différent des autres soirs. La faute au vieux Bergomi, vigneron qui emploie des clandestins pour mieux les exploiter et les traiter en esclaves, qui passait par là. 1 heure plus tard, les 5 amis avaient mis le feu à sa grange et avaient commis là leur premier acte de justice prolétarienne. La Mano venait de naître !
Les 2 auteurs ont beau prendre les précautions d'usage en rappelant en prélude à cette série que les personnages et les évènements contés ici sont fictifs, on sent bien sûr qu'ils se sont largement inspirés des organisations anarchistes italiennes d'extrême gauche des années de plomb comme les Brigades Rouges. Ce que confirme d'ailleurs le dossier bonus (très intéressant) qui replace la série dans le contexte historique et politique de l'époque, en épilogue de "Montefiorno". Et c'est tant mieux ! Car cela donne évidemment beaucoup de crédibilité à l'ensemble.
D'autant que dans ce tome d'ouverture, Thirault décrit l'évolution du groupuscule terroriste (ses balbutiements, son acte fondateur, la première bavure, l'escalade de la violence…) ainsi que les relations entre ses 5 membres (Aristo, qui se comporte en chef, assez peu démocrate d'ailleurs, dés le début ; Sandro, plus mesuré et surnommé Marshmallow justement pour cette apparente mollesse ; Raffaela, membre surtout parce qu'elle est amoureuse d'Aristo ; ainsi que Piero et Dina, couple de braves petits soldats) et leurs rapports de force avec beaucoup de justesse et d'inspiration. Et comme Thirault a laissé le soin à un italien (quoi de plus logique !), Pagliaro, de mettre très judicieusement en images (avec un encrage très fin, à l'italienne, et une mise en couleurs aux tons orangés, très années 70) "La Mano", ce premier tome, prometteur, fait vraiment bonne impression. Vivement la suite !
[sullivan]