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La garden-party
Bouüaert/Mansfield
quadrants

Cette nouvelle de Katherine Mansfield a été publiée en 1922. L'auteure néo-zélandaise y raconte les préparatifs d'une gigantesque et somptueuse garden-party dans la propriété d'une très riche famille. Préparatifs un moment (un moment seulement…) perturbés par l'annonce de la mort accidentelle de l'un des voisins des Sheridan (devenus les Beauchamp dans cette adaptation). Car ce décès perturbe Laura, la petite dernière de la famille, qui ressent soudain de la compassion et même de la gêne à ainsi étaler tant de bonheur et de gaieté alors que juste à côté de leur maison des gens sont dans la peine et la douleur. Elle demande alors à sa mère d'annuler la réception…
Quand on parle de Katherine Mansfield, on rappelle souvent qu'elle comptait Virginia Woolf parmi ses admirateurs, histoire de montrer que son talent mériterait une plus grande reconnaissance, notamment en France. Les 2 écrivains avaient en tout cas comme point commun de savoir saisir à merveille ces moments rares et décisifs qui vous obligent à grandir plus vite et vous font ensuite regarder la vie différemment. C'est ce genre d'épiphanie -la confrontation brutale de l'adolescente avec la mort et donc la fragilité de la vie- qui est au centre de "La garden-party" et que Bouüaert a parfaitement su mettre en exergue (dans le scénario mais aussi dans le dessin puisque le traitement au crayon des personnages, qui contraste avec les décors colorés plus solides, stables, renforce le caractère fragile, éphémère, de la vie et rappelle qu'ils ne sont que de passage) dans cette belle adaptation.
L'auteur belge a aussi eu la bonne idée de transposer l'histoire à la période actuelle : en jalonnant la narration de références à la crise financière déclenchée par les subprimes, Bouüaert développe, avec une ironie bienvenue, l'autre thématique chère à Mansfield : les rapports de classes, tout en montrant que près d'un siècle plus tard, ils n'ont pas vraiment changé. Il suffit de lire le mépris, le dédain dans les yeux de Madame Beauchamp lorsqu'elle parle de "ces gens qui habitent les petits clapiers mesquins de cette cité décidément construite bien trop près du domaine" pour le comprendre.
Bref, on aime beaucoup cette nouvelle version et sa façon d'être fidèle au texte d'origine tout en étant osée dans son traitement graphique singulier et son ton acerbe.
[sullivan]