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Les larmes de l'assassin
Murat
futuropolis

Paolo, petit garçon, vit avec ses parents sur une terre isolée et hostile, au bout du monde, à l'extrême sud du Chili. Là où l'on rencontre rarement âme qui vive. Parfois un poète en mal d'inspiration ou un voyageur en quête de sensations. Et c'est à peu près tout. Jusqu'au jour où Angel Allegria (quelle ironie ce nom qui signifie "ange de la joie" en espagnol !) est arrivé à la ferme alors que Paolo était dehors occupé à chasser les serpents. A son retour, ses 2 parents gisaient sur le sol de la cuisine, tué par cet homme fatigué d'être toujours en cavale. Allegria épargna le garçon et resta vivre avec lui sur ce bout de terre tranquille. Le petit garçon cuisinait pour l'assassin, ensemble ils essayaient de cultiver les champs de ses parents et d'élever les quelques animaux encore en vie : au bout de quelques mois une connivence, une complicité et même une affection commença bizarrement à naître entre l'assassin et l'enfant…
Comment peut-on s'attacher à l'assassin de ses parents ? Comment est-il possible, moralement, de vivre et se prendre d'affection pour le fils de ceux que l'on vient de tuer ? Ce sont sûrement ces énigmes qui ont poussé Thierry Murat à adapter le best-seller éponyme d'Anne-Laure Bondoux. Mais si l'histoire ne manquait ni d'intérêt ni de force, le plus dur restait à faire : parvenir à l'adapter judicieusement en bande dessinée !
En faisant des choix affirmés et singuliers : un graphisme épuré (le trait, tout en allant à l'essentiel, est très expressif) et des couleurs naturelles (sable, marron, gris) qui renvoient au dénuement extrême et à l'aridité du Chili ; une voix off qui met en valeur le côté sauvage et taiseux des personnages (surtout d'Allegria) tout en préservant leur part d'ombre (les cadrages ne montrent souvent qu'une partie des visages et des corps), l'auteur a relevé ce défi de façon convaincante et livre une réflexion inspirée sur la complexité des sentiments humains dans ce récit à part, dérangeant car il nous bouscule dans nos certitudes, et qui vaut donc forcément le détour.
[sullivan]