La commedia des ratés
Benacquista/Berlion
dargaud
Antonio ne voyait plus vraiment Dario, le seul gamin de la rue Anselme-Rondenay, remplie de "ritals", à être vraiment né là-bas. Jusqu'au jour où il l'attendait devant chez ses parents pour lui demander d'écrire (lui n'avait pas vraiment fait d'études…) cette lettre à Madame Raphaëlle expliquant qu'il la rembourserait bientôt. Le lendemain, le Dario en question était retrouvé mort une balle dans la tête et Antonio héritait, du coup, des 4 hectares de vignes de Sant'Angelo, au pays, que son "copain d'enfance" (en fait, il lui lançait des cailloux avec les potes après le catéchisme, le jeudi) venait d'acheter. Lui qui n'y connaissait absolument rien en vin ! Bien sûr, Antonio aurait dû revendre le terrain aussitôt sans chercher à comprendre pourquoi il attisait tant les convoitises mais c'était plus fort que lui : il fallait qu'il saisisse ce que Dario manigançait…
Après "Cœur tam-tam", Berlion adapte ici un nouveau roman de Benacquista. Avec une grande réussite ! Son trait réaliste (plus épais et inspiré que pour le récent "Garrigue", il est aussi à l'aise pour dépeindre les banlieues tristounettes de Paris que le maquis étouffant italien) et son travail sur les couleurs rendent en effet à merveille les ambiances de ce polar malicieux qui sait drôlement y faire pour prendre le lecteur dans ses filets.
Vendetta mystérieuse, fantômes d'un passé italien qui viennent hanter les descendants immigrés de Sora jusque Paris, souvenirs de la guerre 39-45 (des crayonnés joliment traités à l'aquarelle) du père de Dario qui viennent régulièrement interrompre le récit, non-dits familiaux étranges, un zeste de religion : Benacquista et Berlion mettent savamment en place les divers aspects de ce récit (que l'on devine noir et tragique) avant de nous laisser plantés là, interdits, à nous demander quel plan Dario a bien pu imaginer, et de nous donner rendez-vous pour la seconde partie de ce diptyque, heureusement prévue pour 2011 ! De la belle ouvrage.
[sullivan]