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L'Hydrie
Presl
atrabile

Peu d'auteurs ont une signature graphique si reconnaissable : il y a bien sûr Tardi, Bilal, Mattotti et quelques autres dont Nicolas Presl, avec ce dessin, toujours en noir et blanc, qui emprunte beaucoup au cubisme et à son chef de file Picasso et qui donne beaucoup de force et de puissance à ses récits souvent tragiques dont l'autre singularité est d'être complètement muets.
Avec "L'Hydrie", Presl revient en quelque sorte à ses premières amours en plantant une nouvelle fois, après "Priape", le décor de ce récit dans la Grèce antique. Une histoire qui possède l'emphase, la démesure, la théâtralité des grands récits mythologiques auxquels l'auteur rend ici hommage (certaines scènes d'amour imitent même le style des décorations des vases de l'époque). Une histoire de jalousie et de vengeance qui verrait presque son héros méritant enfin triompher et être heureux avec celle qu'il aime si le destin n'en avait décidé autrement. Car pour arriver à ses fins, notre homme s'est couvert les mains de sang et a souillé son âme à jamais. Et il a beau sacrifier agneaux et moutons sur l'autel de ses Dieux, ceux-ci restent irrémédiablement sourds à ses suppliques.
Sombre et violent (éventrations, viscères et sang sont ici omniprésents), "L'Hydrie" est également un véritable puzzle narratif puisque ce n'est que graduellement, par petites touches, et par l'entremise de flashs back de plus en plus marquants, que le lecteur parvient à reconstituer le fil des évènements.
Une œuvre une nouvelle fois forte et inventive qui bouscule, qui ébranle, qui marque. A ne pas manquer !
[sullivan]