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Le serpent d'Hippocrate
Pontarolo
futuropolis

Perdu et hagard, Alain Mangeon est assis dans le box des accusés. Il reconnaît les faits et a même collaboré avec les enquêteurs sans faire de difficultés mais il ne semble toujours pas comprendre ce qui lui arrive. Comment a-t-il pu, lui le docteur calme, équilibré et respecté, en arriver à tuer un homme ? C'est le long flash back qui suit qui apporte la réponse à cette énigme…
"James Dieu" en stand by (il semble y avoir un souci de contrat lié au financement avec l'éditeur…), Pontarolo a décidé de meubler le temps en adaptant ce fait divers édifiant et, par la même occasion, de quitter, momentanément on l'espère, le burlesque pour une histoire de manipulation assez incroyable. On comprend très rapidement quelle va être l'issue, dramatique, du récit car l'essentiel, pour Pontarolo, est ailleurs. En effet, en proposant une narration en caméra subjective qui nous fait percevoir les évènements du point de vue de Mangeon, et par l'entremise d'un découpage torturé qui reflète le malaise et les tourments de l'âme du docteur (en allant parfois jusqu'à simuler le vertige qu'il peut ressentir), l'auteur nous permet de saisir parfaitement l'enchaînement des évènements : la rencontre de cette jeune femme seule, fragile et angoissée, leur rapprochement graduel au fil de ses visites fréquentes au cabinet (elle lui raconte que lors de ses permissions, son mari se montre violent et la frappe), la détresse du praticien face à la vie sordide de celle qu'il aime, l'escalade mythomane d'Isabelle (la mort de son frère jumeau alors qu'ils avaient 15 ans, la mort d'un autre frère tué lors d'une mission anti-mafia en Italie, le cancer du sein de sa mère, le suicide de son père, sans parler des sévices de son mari…) et l'engrenage psychique dans lequel le docteur s'est graduellement trouvé pris au piège, jusqu'à l'acte fatidique. Pour finalement nous faire comprendre l'incompréhensible.
"Le serpent d'Hippocrate" est une histoire tout bonnement inimaginable -la réalité dépasse ici la fiction- variation inventive sur l'amour qui rend aveugle !
[sullivan]