GIRLS AGAINST BOYS
YOU CAN'T BE WHAT YOU ARE NOT

 

Dans leurs querelles amicales, les filles et les garçons ont bien faiili se séparer et mettre fin à un croustillant concubinage de plus de dix ans. Empêtré dans des problèmes juridiques avec Geffen après la sortie du mauvais 'Freak on Ica', le groupe n'arrive plus à s'exprimer qu'à travers ses projets parallèles. Situation d'impasse difficile à vivre pour ces vétérans de la scène punk rock. Mais faire l'expérience de la survie vous apprend toujours à entretenir un espoir. En 2001, la lumière au bout du tunnel s'appelle Jade Tree. Nouvelle signature. Nouvel album en 2002 avec le très bon 'You can't fight what you can't see' (sorti en France avec l'appui de Vicious Circle). Nouvelles tournées. Et le plaisir pour tous les fans de retrouver le talent intact des 4 new-yorkais et leur excellent electro noisy pop rock.
Accueilli comme il se doit au Festival BeBop du Mans, le groupe s'apprête ce soir à achever une tournée européenne réussie. Même si on regrettera l'absence d'Eli Janney, retenu pour cause de paternité, les GvsB donnent un concert puissant, chaleureux et résolument tourné vers leurs anciens hits.

 

 

interview et photos réalisées par chRis A

(merci à toute l'équipe de Bebop pour son accueil et son aide
ainsi qu'à Vicious Circle)

 

 

 

 

 

 

 

 

::positiverage.com::2003::

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Je voulais donner une approche originale à mon entretien avec Scott McCloud (chant, guitare). Pour ça je me suis glissé momentanément dans la peau de personnes qui ont marqué sa vie et je lui ai demandé de leur parler...comme s'ils étaient face à lui.

Scott, imagine-toi avoir Corey Rusk (boss de Touch and Go Records) devant toi. Que lui dirais-tu?
Scott: Je suis désolé que ça n'ait pas marché avec Touch and Go. Pendant toutes ces années, nous avons fait beaucoup d'albums avec toi. En ce moment nous sommes dans une sorte d'impasse mais j'espère que nous serons amener à retravailler ensemble.

David Geffen
Bonsoir Mr Geffen, nous ne nous sommes jamais rencontrés alors que nous étions sur votre label. L'expérience que nous avons eue avec vous a été si merveilleuse... Nous avons beaucoup appris de votre entreprise du divertissement. Je ne sais pas si je dois vous tenir pour responsable des problèmes rencontrés... Pas facile d'avoir son nom associé à une entreprise qui ne vous appartient plus...bref...

Ted Niceley (le producteur attitré des GvsB)
Quel bon ami! Merci beaucoup pour ton travail et ta patience. Si nous existons encore aujourd'hui, c'est grâce à toi. Merci et take care.

Rudolph Guliani (ex-maire de New York)
Vous m'avez agréablement surpris par votre boulot après le 11 septembre. Vous avez été une des seules personnes à parler avec bon sens. Vous n'avez pas cherché à noircir davantage la situation. Devant cette terrible tragédie et tous ces morts, vous vous êtes simplement mis au travail. Vous avez gardé tout votre sang-froid. Je ne m'attendais franchement pas à ça de votre part. Vous n'êtes pas forcément irréprochable vous et votre police au regard de ce que les new-yorkais ont perdu en libertés. Mais bon, vous vous en êtes bien tiré après le 11 septembre.

George. W. Bush
George! Come on! Ce serait vraiment intéressant de parler avec toi. Qui es-tu? Tu donnes l'impression d'avoir aucun plan pour quoi que ce soit excepté pour continuer à brandir cette ligne républicaine blanche et traditionnelle. En plus ça marche pour toi puisque tu viens de remporter les dernières élections pour le Congrès. Maintenant tu as tous les pouvoirs et tu projettes de faire cette guerre stupide. La chose qui me choque le plus, c'est de te voir exploiter cette menace potentielle à des fins guerrières. C'est effrayant et c'est de mauvaise augure pour les Etats-Unis.

Ian McKaye
Quel gars! Avec Dischord Records et toute la scène de Washington, DC, tu m'as été d'une grande inspiration dans tout ce processus musical. Dischord a rendu tout ça possible. Dischord a aidé tous ces gens à croire en eux et en leur musique.

Dieu
(rires) Je ne savais pas que tu étais là (rires). Désolé pour tout ce que j'ai fait quand j'étais jeune. Quand je pensais à toi je ne pouvais pas m'empêcher de jurer en même temps mais ta colère ne s'est jamais abattue sur moi...peut-être parce que tu étais bienveillant ou tout simplement parce que tu n'existais pas. (un peu déconcerté) God ! Mais qui parle à Dieu ? Le bien et le mal...et si tu es là-haut 'n'abandonne pas, tiens bon'. (rires)

Ton épouse
Sophie, je vais tout de suite rentrer à la maison (rires). Je suis complètement crevé. Tu me manques énormément. Je t'aime.

Ton égo
(en s'adressant à son égo) Toi, t'as des problèmes (rires). D'un côté tu es totalement absent. Tu ne crois jamais en toi au moment où il le faudrait. Et puis d'un autre côté, tu passes ton temps à te persécuter. Tu es quelque chose de tellement énorme ! Mais tu es de la même taille que les autres. Tu devrais avoir davantage confiance en toi et surtout moins te soucier à propos de ton surmoi qui te dit tous ces trucs. Essaye d'équilibrer les choses un peu mieux et continue d'avancer dans la vie.

Ensuite je demande à Scott à qui il souhaiterait parler là maintenant, s'il en avait la possibilité.
Scott: J'aimerais avoir la possibilité de parler avec le Marquis de Sade. J'aimerais lui poser des questions. Ca pourrait être vraiment intéressant. 'Apparemment, tu as repoussé les limites de la sexualité d'une manière plutôt radicale. J'aimerais connaître tes vraies intentions.' Ce serait cool de remonter le temps et d'être là dans un salon à discuter avec lui et Marylin Monroe aussi. Si je pouvais parler à Marylin je lui dirais 'Marylin tu étais si jolie, si magique. La vie n'aurait pas été la même sans toi. J'aurais aimé que tu restes parmi nous. J'aurais voulu te voir vieillir.'

J'aime dire ce que je pense aux gens que je respecte. C'est pourquoi je me suis permis de dire à Sott que la signature des GvsB sur une major m'avait, à l'époque, beaucoup attristé. Et que leur tournée en première partie de Garbage m'avait dégoûté. Je m'étais dit 'comment ces mecs qui ont grandi avec la scène punk hardcore de Washington, DC ont pu faire ça' ?
Scott : Notre expérience avec Dischord et cette scène nous a stimulé à croire en notre musique. Nous avons pris conscience que notre musique avait de la valeur. Pour moi c'est la seule chose qui importe. Trouver des gens pour acheter ce que tu fais, vendre plus de disques, tout ça est secondaire. Plus ce que tu fais est unique, meilleur c'est. Je peux défendre un groupe comme Garbage. J'envie ce groupe pour les ambitions qu'il affiche. L'approche du groupe tend à créer une pop chewing-gum et ils sont très heureux à faire ça. Sur la tournée, ils ont été très sympas et ils nous ont montré beaucoup de respect. Leur musique n'est pas ma tasse de thé mais avec cette expérience, j'ai appris des trucs. D'un certain point de vue je respecte ce que fait Garbage car leur travail s'inscrit constamment dans une recherche mélodique. J'ai une oreille très critique et par exemple je trouve que l'album 'Cruise Yourself' manque cruellement de mélodies. Qui veut écouter ça ? Pour moi, nous ne nous sommes pas vendus en signant sur Geffen ou en tournant avec Garbage. Mais en même temps j'aurais préféré ne pas faire ça. J'aurais aimé que GvsB fasse encore deux albums avec Touch and Go pour ensuite se désintégrer. Honnêtement, c'est dur financièrement d'être sur un label indépendant. L'argent est au centre du problème. Si tu veux totalement t'investir dans ta musique, en vivre sans avoir à bosser pour des jobs merdiques, tu te rends vite compte que tu as besoin d'argent. Ce sont des conneries de croire que l'argent ne rentre pas en ligne de compte dans le monde indé. Ceux qui sont à la tête d'un label cherchent systématiquement à faire de l'argent.

Encore aujourd'hui, qu'est-ce que GvsB représente pour toi ?
GvsB, c'est comme un rêve. C'est tout ce j'ai toujours voulu faire et c'est ce que je continue à faire avec des changements. Ca représente un grand moment de ma vie. Ca peut paraître stupide mais je m'étonne moi-même d'avoir pu faire ça (rires)...car tu ne sais jamais ce dont tu es capable. Tout ça est incroyable.

Redoutes-tu le jour où le groupe se séparera ?
Je ne sais pas comment j'aborderai cette séparation. Je suis sûr que nous continuerons d'une manière ou d'une autre à faire de la musique… en tout cas en ce qui me concerne, j'en suis persuadé. Je ne sais pas quand cette séparation aura lieu mais nous sommes des amis avant tout. Après toutes ces années, nous nous devons d'examiner la situation afin de savoir si c'est ce que nous voulons toujours faire et si notre musique fait toujours sens.

Est-ce que ta vision du monde de la musique a changé après l'expérience Geffen ?
Elle a complètement changé. Se retrouver sur Geffen m'a foutu les boules. Honnêtement, j'ai cru ne pas pouvoir être à la hauteur car nous avions décidé, tous ensemble, de faire quelque chose de différent. Je n'aime pas beaucoup 'Freak on Ica' mais bon voilà... Je conçois ce disque comme une expérience à travers laquelle j'ai énormément appris. Durant cette expérience, j'ai pensé à tort que ce que je croyais avoir comme qualités s'était transformé en défauts. Au lieu de changer notre façon de faire, nous aurions dû fonctionner comme avant. Je n'aurais jamais dû passer autant de temps sur les paroles. J'aurais dû écrire des paroles brutes et personnelles comme j'ai toujours su le faire. On s'est trop pris la tête à penser que ce n'était pas assez ceci...que c'était trop cela...Il aurait fallu que je prenne plus de recul pour finalement revenir à quelque chose de plus brut.

Seriez-vous prêts à resigner sur une major ?
(rires) Je ne sais pas...je ne préfère pas car je sais maintenant comment ça marche. Si nous pouvions y faire ce que nous voulons, nous pourrions être sur une major. Mais force est de reconnaître que notre musique est trop bizarre pour plaire à un système qui cherche avant tout à travailler ton image pour faire de toi une célébrité plutôt que de s'intéresser à la musique en elle-même.

Etes-vous heureux sur Jade Tree ?
Totalement. Ils font un super boulot, comme nous l'imaginions. Jade Tree fonctionne un peu comme Touch and Go mais l'équipe est plus jeune donc forcément plus enthousiaste. Nous nous y sentons bien et on sent que Jade Tree grossit et change en même temps. J'aime l'idée d'être sur un label emo alors que nous ne faisons pas de l'emo.

Est-ce que l'album se vend bien ?
Assez bien oui. Les ventes ne sont pas énormes mais disons convenables.

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