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Tel un santor, mi-homme mi-cheval, Kabu Ki Buddah semble tiré d'une légende extraordinaire. Moitié bouffon, moitié musicien, le trio fait un peu office de bizarrerie clownesque dans la scène lyonnaise. Musique destructurée alliant la créativité d'un Dog Faced Hermans à la lourdeur d'une blague Carambar, Kabu Ki Buddha injecte son éducation punk-rock dans une formation musicale originale composée d'un trombonne, d'un violoncelle, d'une basse et d'une batterie. Difficle de décrire le résultat avec des mots… Le mieux reste sans doute de vous procurer le 45t. qu'ils partagent avec leurs amis de Bananas at The Audience (SK records) ou leur futur 6 titres, et de faire connaissance avec eux à travers l'interview qui suit…

Historique.
Hasmig : Ça fait 10 ans que je connais Seb et nous avons toujours fait de la musique ensemble. Il y a environ 5 ans, on a fait la connaissance de Pierre. On a alors décidé de faire un groupe ensemble, et depuis, on ne se quitte plus (rires).
Pierre : On a tous joué dans des petits groupes avant. Rien de sérieux.

Le choix du nom ?
H : Il faut que tu saches qu'on est un peu lourd !
Seb : Au départ, on est parti d'un délire de contrepèterie. On voulait un truc qui ne voulait rien dire. Un moment, on est tombé sur Barracuda et on a fait Carabuda. On a glissé sur Caca boudin, mais on s'est dit qu'avec un tel no
m, personne ne voudrait nous faire jouer, ou nous interviewer. Du coup, on a écrit, caca avec deux K et on a trouvé deux trucs qui allaient faire les initiales… comme ça, ça ferait caca boudin mais ça sera un peu caché, et il n'y aura peut-être que des mecs débiles qui trouveront. Finalement, il y a pas mal de monde qui trouvent !
H : Les enfants trouvent.
P : On aurait aussi pu s'appeler King Kong Buddah.
S : Il n'y a rien de mystique dans le nom. Rien à voir avec le théâtre Kabuki.

Est-ce que le choix de jouer cette musique s'est fait immédiatement ?
H : Non, ce n'était pas vraiment voulu.
P : Même si on écoute tous des groupes punks, et des groupes à guitares, on ne voulait pas vraiment qu'il y ait de guitare.

Vous en êtes fiers ?
Tous : Ouais !

Vous vouliez vraiment vous démarquer de tous ces groupes ?
H : Non, même pas. On écoute tous ces groupes. Non, je crois que c'est juste pour rigoler.
S : Ça s'est fait comme ça, par rapport aux instruments qu'on avait. On a fait un groupe parce qu'avant tout, on s'apprécie, et on est super potes à la base.
Est-ce que ça vous convient de savoir que personne ne peut mettre d'étiquette sur votre musique ?
H : Oui et non. C'est cool de ne pas avoir une étiquette, mais c'est du coup super dur de décrire ce que l'on fait.
S : Dans le principe, c'est bien, mais d'un autre côté, on se retrouve programmés à des concerts avec des étiquettes qui n'ont rien à voir du genre ska, jazz, etc. Ça a vraiment ses avantages et ses inconvénients.

J'ai mieux : une association du Mans vous étiquetait "musiques des balkans" !
(Explosion de rires générale)
S : Ah, les salauds (rires). Il y a deux mois à Grenoble, on a eu "crusty free jazz" !! Hier à Angers, c'était "noisy noise". Je ne vois pas ce qu'il y a de noisy dans notre musique alors qu'il n'y a jamais de saturation.
Qu'essayer-vous d'exprimer à travers votre musique ?
H : Personnellement, je n'essaie pas de faire passer quoi que ce soit. La musique compte avant tout. C'est vrai que parfois, on a plutôt tendance à faire rire. Il n'y a pas de message.
S : je suis d'accord avec Hasmig. Peut-être réussir à faire rire sans dire de conneries. Que la musique elle-même suscite le rire.

 

 

 

Il y a beaucoup d'instruments dans KKB, mais pas d'électronique à proprement parler ?
H : Non !!! Pas du tout ! On jouait déjà du trombone et du violoncelle, du coup, on a fait une formation avec ces instruments là… Mais ça me saoulerait vraiment de mettre de l'électronique.
S : Je ne vois pas ce que ça viendrait foutre là en fait. On a déjà du mal à jouer entre trois être humains, alors avec une machine en plus, je ne raconte pas !!

La formation en trio vous convient-elle parfaitement ou seriez-vous prêt à incorporer d'autres musiciens ?
H : Non, car comme le disait Seb, on se connaît super bien, tous les trois, et, en plus, on a notre délire… il n'y pas vraiment de place pour quelqu'un d'autre.
S : On est tellement lourd qu'on risquerait de le fatiguer !!! La formation du trio ne nous convient pas forcément, mais le groupe se présente comme il est.

Est-ce qu'il a entre vous une vraie complicité, aussi bien sur scène que dans la vie ?
Tous : Oui !
P : Je crois qu'ensemble, nous avons tout testé !!! On a des heures de vaisselle derrière nous, des heures de camions… Tu vois, tout ce genre de trucs pour lesquels il est facile de se brouiller.

Votre musique peut toucher beaucoup de gens. C'est voulu ?
H : C'est vraiment quelque chose que j'ai constaté. Des gens ont accroché sur notre musique alors qu'ils n'écoutent pas du tout ce que j'écoute. Mais par contre, ce n'est pas voulu.
P : Il y a beaucoup d'enfants de potes qui aiment ce qu'on fait… Du coup, mine de rien, on va réussir à pervertir des enfants pour qu'ils se mettent au punk rock, petit à petit !

Est-ce que finalement, le public punk rock traditionnel se retrouve dans votre musique ?
P : Ouais, comme il y a plein de styles dans nos chansons…
H : À Grenoble, des crusts ont même dansé sur notre musique ! Il faut reconnaître, qu'à chaque fois qu'on joue avec des groupes punk, j'ai tout de même une appréhension. Je me demande comment ça va se passer… Mais pour le moment, nous avons eu de la chance car les gens ont bien réagi…
S : En même temps, Ça ne fait que depuis un an que nous faisons des concerts. Nous n'en avons pas fait beaucoup (entre 20 et 30)…

   

> Interview réalisée par Chris (mars 2002)

Est-ce que l'humour et la joie sont les piliers du groupe ?
S : Oui, c'est vraiment ça…
Quand je vois vos visages tagués sur votre CD-R, les rebus à l'intérieur en guise de parole…
S : Oui, c'est vrai. On assume à fond notre côté lourdingue et con, mais j'espère qu'on en fait pas trop. La musique est importante et nous ne sommes pas quand même des guignols. À la base on voulait vraiment faire de la musique ensemble ; après, on a commencé à faire une chorégraphie pour un morceau…

C'est important pour vous de ne pas vous prendre au sérieux ?
P : Oui, parce qu'on est rarement sérieux… Du coup, je pense que ce serait un peu faussé de faire du Neurosis, même si je trouve ça classe… Mais, eux, sont dans leur délire, et nous on a le nôtre. Ce serait bête d'essayer de passer pour des tristes.
S : Par contre, on fait sérieusement notre musique. On ne se prend pas au sérieux en tant qu'individu, musicien ou artiste, mais on fait tout de même de la musique sérieuse.

Donc, KKB n'est pas un projet éphémère…
H : Carrément. On a fait le choix de ne pas bosser et c'est pour KKB.

Vous serez en survêtement ce soir ?
Tous : Ouais !!

Vous êtes la version sportive d'(International) Noise Conspiracy !
(rires collectifs)
À l'écoute de votre démo, je me suis fait la remarque que techniquement, la musique de KKB devait mûrir. Ça ne vous vexe pas ?
S : Nous en sommes très conscients. D'ailleurs nous ne sommes pas contents de cette démo.
H : En mars, on va essayer d'enregistrer un 6 ou 7 titres, qui j'espère sera mieux. On va vraiment se prendre la tête. Cette démo est vraiment nulle.
S : En fait, sur scène, on commence seulement à être content de nous mais côté enregistrement, c'est un peu la cata ! Notre formation ne facilite pas vraiment la cohésion. Du fait qu'il n'y a pas deux grosses guitares avec la saturation à fond, notre musique manque de pêche. Le groupe est encore jeune… Et puis le fait que nous chantions tous ne nous facilite pas le truc. Mais on commence à gérer.

Quelques mots sur cette fameuse scène lyonnaise…
S : On est super content qu'elle soit mise en avant. La scène lyonnaise a connu des petits creux, mais il y a de nouveaux groupes, de nouvelles assos.

Qu'est-ce qui fait que cette ville, plus que toutes autres villes en France, arrive à sortir du lot ?
S : Je n'en sais rien, mais tous les nouveaux groupes, comme les Bananas At The Audience, NED, Dopller, Plod, Junior Merill… ce sont des gens qui ont assisté aux concerts organisés par Silly Hornets à l'époque. On a eu la possibilité de voir des dizaines et des dizaines de groupes incroyables, et la plupart nous ont marqués. Je pense que ça vient de ça.
P : Condense et Silly Hornets ont beaucoup apporté.
S : En tout cas, je n'irai pas jusqu'à dire que ça vient de l'atmosphère particulière de la ville de Lyon, ou du quartier de la Croix Rousse !!!
H : Actuellement, il y a 5 ou 6 assos qui font un peu le même genre de truc… Du coup, il y a maintenant régulièrement des concerts. Mais c'est toujours le même problème ; il n'y a pas assez de monde. Le Pezner (salle importante de Lyon) va bientôt fermer… certainement fin juin. Je crois que le mec en a marre, et il manque de sous.
S : Il vend la salle à l'imprimerie derrière. Ça fait deux ans qu'il ferme régulièrement la salle et puis il rouvre…

Mais apparemment, en juin, ça va être définitif. Ça risque d'être encore un lieu en moins.
Vos projets ?

S : En mars, on enregistre un truc dans notre local. On va essayer de faire un truc vachement bien pour ne pas avoir honte de le sortir. Ça sera un 6 ou 7 titre… Et si ce n'est pas bien, ce sera une démo !
H : On a peut-être le projet de faire une tournée en Allemagne et en Suisse avec Junior Merill et les Bananas At The Audience.