…and you will know us by
the trail of dead

 

Derrière un nom aussi absurde qu'impossible à retenir, se cache en réalité l'un des derniers grands groupes de rock qu'ait engendré le sud des États-Unis. Bien plus intéressants que leurs compatriotes d'At The Drive In, ces Texans se rapprocheraient plus du génie de Unwound, Fugazi ou même du Sonic Youth rock. Rencontré l'année dernière, le groupe nous parle un peu du Texas, de sa relation avec le public ou d'art. Le rock a encore de beaux jours devant lui !
[mg]

 

 

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(interview avec Conrad Keely, chanteur / guitariste / batteur, réalisée courant 2001 par Jimmy, photos par David Geraghty)
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Tu viens d'où exactement ? Je sais que tu vis à Austin, TX comme le reste du groupe, mais il me semble que tu as vécu à Olympia, WA et à Hawaii pendant un moment, non ?

Mon pote, à l'heure qu'il est, je ne sais plus vraiment d'où je viens ! J'ai tellement voyagé quand j'étais plus jeune... Je suis né en Angleterre, j'ai vécu un moment en Thaïlande avec ma mère et mon beau-père, ensuite on a effectivement déménagé à Hawaii, et puis, plus tard encore, je suis parti vivre à Olympia, WA. Maintenant donc, je vis au Texas. Je pourrais te parler de tout ça plus en détail, mais ce serait très long et sans doute pas aussi intéressant que tu le crois, il vaudrait peut-être mieux que tu inventes tout toi-même en fait... Et puis je suis très paresseux. En plus, mon beau-père m'a toujours dit qu'on ne devrait vivre que dans le présent, parce que le passé est sans conséquences. Je préfère dire que je viens de la Terre, ça au moins j'en suis sûr... Quoique ça aussi, ça pourrait changer un de ces jours.

Bon, on va parler d'Austin alors. Je doute que ce soit une ville où un groupe qui puise ses influences dans le punk rock puisse se développer facilement...

Au contraire, c'est un endroit parfait pour ça, et ça l'a déjà été pour un tas de groupes. Cela dit, les groupes ne peuvent pas y rester très longtemps ensuite, parce que là, en effet, tu t'exposes à de serieux problèmes. Une fois que ton groupe est arrivé à une certaine forme de maturité, tu dois quitter le Texas. Et on ne fait pas exception à la règle, il faudra bien qu'on parte un jour ou l'autre. En ce moment, la seule façon pour moi de supporter Austin, c'est de partir en tournée aussi longtemps que possible, parce que si je restais là-bas, je deviendrais complètement taré. Et comme j'ai l'habitude de voyager...

Le fait d'évoluer dans un environnement pareil, ça a dû créer une certaine unité entre les différents groupes de la région, non ?

A la base, oui, il y avait une unité très forte entre les groupes d'Austin... Entre les groupes de tout le Texas, en fait. Mais ça a beaucoup changé. Il faut savoir qu'aujourd'hui, le Texas ressemble à n'importe quel autre état. La croissance économique aux USA a provoqué l'uniformisation de tout le pays. Bien sûr, le Texas reste un endroit assez...sauvage, tu vois ? Mais ça n'a plus rien à voir avec la situation d'il y a dix ans, par exemple. Je pense qu'à l'heure actuelle, pour trouver une scène locale ou régionale très soudée, il faut aller en Jamaïque. En fait, là où j'ai vraiment le plus ressenti cette unité entre des groupes dernièrement, c'était à Glasgow. Je n'avais pas vu un truc pareil depuis des années. Mais aux USA, ça n'existe plus. Peut-être à Los Angeles à la rigueur. Mais sûrement pas dans cette porcherie qu'est le Texas, crois-moi ! A nos débuts, on faisait vraiment partie intégrante de la scène underground d'Austin... du moins c'est l'impression que j'ai. On s'en est naturellement éloigné depuis quelques années, tout simplement parce qu'on a beaucoup tourné et qu'on ne s'y sent plus fondamentalement attaché. C'est comme ça, tu ne peux rien y faire. Comme l'a dit mon pote Jesus-Christ : "Nul n'est prophète en son pays; les docteurs ne soignent pas ceux qui les connaissent."

Vous jouez souvent à Austin ?

Tu plaisantes ? Aujourd'hui, on a la chance de pouvoir jouer partout. C'est pour ça qu'on tourne autant. Jouer à Austin, c'est vraiment...particulier.

Est-ce que tu crois que c'est plus difficile pour un groupe du Texas de s'en sortir ?

Quand les groupes sont vraiment motivés, ils partent. Et comme je te le disais tout à l'heure, ils finissent tous par partir un jour ou l'autre. Quand tu y regardes de plus près, la seule chose qui sépare le Texas d'un autre état, c'est une longue autoroute. Mais ce qui arrive à la plupart des groupes d'Austin, c'est qu'ils se rendent compte que c'est trop difficile de jouer dans un groupe, alors ils retournent à leurs études. Cela dit, je ne les critique pas, c'est effectivement très dur d'être dans un groupe. Tu sais que tes parents peuvent te payer ton loyer si tu vas à la fac, par contre ils ne t'aideront sûrement pas si tu décides de zoner dans tout le pays avec une bande de pouilleux. Les gamins font le choix le plus facile, c'est normal. Mais je ne pense pas que le Texas soit un obstacle insurmontable quand tu fais de la musique. Si jamais un groupe te dit que leur truc ne marche pas parce qu'ils vivent au Texas, alors c'est que c'est une belle bande d'abrutis.

Il y a des groupes que tu trouves particulièrement interessants en ce moment là-bas ?

Ce que j'écoute le plus en ce moment, c'est la musique Cojunto et Tejano de San Antonio, des groupes comme LOS TIGRES DEL NORTE, ESTEVAN JORDAN ou SEXTO SOL. J'aime également beaucoup l'art de San Antonio, c'est largement superieur à tout ce que tu pourras jamais voir à Austin. J'aimerais bien me renseigner un peu plus là-dessus, il doit y avoir une Histoire passionante derrière tout ça. Sinon, il y a également d'excellents groupes rock à Austin. Mes préferés sont KNIFE IN THE WATER, ROMAN SCANDAL, ENDURO, ZULU AS KONO et RHYTHM OF BLACK LINES.
En Europe, tout le monde a une image très négative du Texas. Tout le côté conservateur, réactionnaire, les bouseux qui te courent après avec un fusil, les flics corrompus...c'est presque un cliché, mais les gens que je connais qui y ont été m'ont tous dit que ça se passait vraiment comme ça.La vie au Texas, c'est la zone. N'envisages jamais d'aller vivre là-bas. Souviens-toi que c'est le Texas qui nous a donné George Bush, ainsi que sa fameuse suite, George Bush II, Le Fils. Evidemment, il y a également de bons côtés à vivre au Texas. Mais je suis sûr que vivre en Antarctique, ça a ses bons côtés aussi. Tiens, par exemple, si tu aimes les pingouins, c'est cool l'Antarctique. Il y a sûrement aussi de bons côtés à vivre en Enfer : tu ne payes pas le chauffage et puis tu peux devenir pote avec Robert Johnson et apprendre à jouer le blues. Donc, si tu veux, pour résumer, on pourrait dire que le Texas c'est à peu près comme l'Enfer. Tiens, je vais te donner un exemple du genre de trucs que tu peux voir au Texas. Il y a un conté complètement paumé à l'Ouest de l'Etat qui s'appelle Sonora, qui a une police complètement corrompue qui maraude 24h/24h à la recherche de marginaux...et il faut voir ce que "marginaux" signifie pour ces gars-là. Des cheveux longs, un crâne rasé ou un air vaguement éffeminé, ça suffit pour te faire contrôler. Ils peuvent ensuite t'arrêter pour le motif le plus insignifiant. Si par exemple tu as des médicaments sur toi, ou bien une cuillère ou une pipe. Ce sont des trucs qu'utilisent les junkies et les dealers, ça leur donne donc le droit de te passer à tabac et de te coller un amende qui servira à gonfler les caisses du conté qui les paie alors en retour pour leurs "services". Ce genre de trucs arrive sans doute à des milliers de gens innocents dans des tas d'autres endroits des USA, mais quand ça arrive dans les secteurs ruraux du Texas, tu peux vraiment t'attendre au pire. Et le Gouvernement s'en fiche complètement, parce que dès qu'on aborde le problème de la drogue, et principalement de la Marijuana, le Gouvernement fait la sourde oreille. La dépénalisation de la Marijuana, c'est un sujet sur lequel les Etats-Unis ont beaucoup de mal à avancer. Il y a trop de risques, trop d'enjeux politiques, trop de pouvoir qui bloque tout ça. Tu aurais envie de vivre dans un endroit pareil? Moi, dès que j'en ai la possibilité, je DEGAGE de là. A ton avis, pourquoi est-ce que Cedric et Paul d'AT THE DRIVE-IN ont déménagé à Los Angeles? Parce que ce sont deux petites salopes très intelligentes, voilà pourquoi.

Ok, parlons un peu du groupe maintenant...

Ou bien parlons de vaches. Les bovins, c'est mon truc, tu sais ?

Plus tard. Quand on écoute votre musique, on sent vraiment que c'est un truc collectif, que chacun est en collaboration totale avec les autres. Je veux dire par là qu'aucun membre du groupe en particulier ne prend les devants dans l'écriture des morceaux. D'ailleurs vous n'avez pas de rôle vraiment défini, vous changez d'instruments presque à chaque morceau. Et vous prenez tout un tas de directions differentes, mais en même temps, vous arrivez à garder une identité assez forte et homogène.

C'est quelque chose qu'on avait en tête dès qu'on a formé le groupe, ça a toujours été notre but. On voulait vraiment travailler comme ça, pour pouvoir créer une atmosphère bien particulière, avoir notre truc à nous. On s'est d'ailleurs toujours plus consideré comme un collectif plus que comme un groupe. Un genre de coopérative, quoi. Comme une coopérative laitière. Lait...vaches...Tiens, tu vois ? On y revient ! Je t'assure, les bovins c'est vraiment ma passion numéro un.

Vos deux albums sont très difficiles à décrire. On entend un tas d'influences plus ou moins évidentes, mais ça reste quelque chose de totalement unique.

Merci. Je dirais que ce sont des disques de rock'n roll, tout simplement, même si, pour ma part, j'ai été influencé par des compositeurs plus que par des groupes. Des gens comme Scott Joplin, Steve Reich, Jean-Sebastien Bach, Igor Stravinsky ou même Mike Oldfield. Prince aussi. Je considère Prince comme un véritable compositeur, au même titre que ceux que je viens de te citer. Un disque comme "Purple Rain", c'est une vraie symphonie. Tu entends quoi comme influences, toi ?

Les groupes post-punk des années 80. SONIC YOUTH, un peu de HUSKER DU aussi.

Oui, HUSKER DU c'est vrai, mais il y a un autre groupe de Minneapolis qui m'a encore plus influencé, c'est les REPLACEMENTS. Ils ont commencé à la même époque que HUSKER DU mais ils n'ont jamais réussi à accéder au même statut. Les REPLACEMENTS ont détruit absolument toute conception que j'avais de la musique avant que je n'écoute leurs disques. Pour ce qui est de SONIC YOUTH, je n'ai jamais trop écouté leurs albums, mais j'ai été très influencé par UNWOUND, qui, eux, étaient très influencés par SONIC YOUTH, donc je pense que ceci explique cela.

Il y a également de grosses influences psychédéliques et progressives.

Oui, c'est vrai. Je dois ça à mes parents qui étaient de gros fans de rock psychédélique et progressif, de PINK FLOYD à Steve Hillage en passant par RUSH et Kate Bush. C'est ce que j'ai écouté en grandissant.

C'est assez bizarre parce que le punk rock est censé être l'extrême opposé du rock progressif, mais en même temps, ce sont deux genres qui peuvent être assez proches. Tu as des groupes comme CAN, FAUST ou même le VELVET UNDERGROUND, qui peuvent être qualifiés aussi bien de punks que de progressifs, tout dépend de la façon dont tu les écoutes.

Tout à fait. Dans le punk comme dans le progressif, les gens ont essayé de faire la même chose, à savoir, créer une forme d'expression musicale qui n'avait jamais été faite auparavant et mettre l'auditeur à l'épreuve, lui permettre de concevoir et apprécier la musique de manière differente. C'est pour cette raison que ces deux genres produisent des résultats finalement assez proches, même si les moyens utilisés pour cela sont differents. Je pense que le terme "progressif" s'applique à une musique qui se caractérise par sa virtuosité technique, aussi bien au niveau de la composition que sur un plan strictement musical. Et le punk rock cultive depuis toujours un mépris total pour la technique. C'est cool que tu me parles de ça parce que c'est un sujet sur lequel j'ai pas mal réflechi ces derniers temps. Depuis quelques mois, je m'interesse beaucoup au jazz, j'ai même commencé à apprendre à jouer quelques trucs. Et ça me force à remettre en question ma position par rapport à tout ce truc de virtuosité, de technique. Tu vois, avant que je commence à jouer du punk rock ou même à en écouter, je jouais du piano et de la guitare classique. C'est en découvrant le punk rock que j'ai compris que ce n'était pas la direction que je voulais prendre, et à l'âge de 18 ans, j'ai tout laissé tomber. Je le regrette énormément, parce qu'aujourd'hui, je réalise à quel point cette attitude était stupide. Cette réaction des punks contre la technique n'est basée sur rien. L'ironie dans tout ça, c'est qu'aujourd'hui, la plupart des groupes qui se veulent punk jouent une musique très technique. Et une autre ironie, c'est que je ne peux pas saquer ces groupes parce que je n'aime la technique que quand elle est compensée par l'écriture, le songwriting, pas quand elle est gratuite et qu'elle n'existe que pour elle-même.

Il y a une véritable interactivité entre le public et vous pendant vos concerts. On dirait que vous vous sentez plus comme une partie du public que comme un groupe à proprement parler.

C'est parce que nous sommes effectivement une partie du public.

C'est quelque chose d'important pour vous, cette volonté de briser les règles du concert, de la relation entre le public et le groupe ?

Oui, c'est très important pour nous. Comme ça l'était pour les Dadaïstes, comme ça l'était pour les impressionistes, et comme ça l'était pour les premiers punks. Je pense que ça a toujours été quelque chose de très important pour toutes les formes d'art qui font appel au visuel, à la performance. Faire réagir les gens, les faire s'interroger sur la perception qu'ils ont d'un public et d'un artiste, d'un performer. Et je pense que ça continuera d'être important aussi longtemps que les differentes formes d'art évolueront.

On sent aussi que vous prenez plaisir à provoquer le public, à les obliger à danser et ne pas seulement rester là, les bras croisés en remuant vaguement la tête, comme on le voit de plus en plus souvent dans les concerts punk.

Vu que le groupe fait partie du public et que nous sommes donc tous sur un pied d'égalité, le public se doit de nous divertir de la même façon que nous le divertissons. Je ne passe pas mes journées à démêler des fils et à devoir subir les caprices de notre matériel pour voir une bande de pelés en train de remuer la tête. Si je veux voir des gens remuer la tête, je vais dans la file d'attente de l'épicerie du coin. Tu vois, par exemple, j'aime beaucoup AT THE DRIVE-IN, ce sont des gars formidables et un excellent groupe. Mais je ne comprends pas leur attitude vis à vis du public. Je ne vois pas pourquoi un groupe aurait le droit de tout casser sur scène alors qu'il demande à son public de rester calme. Pour moi, c'est de l'hypocrisie pure et simple. S'ils veulent vraiment que les choses se passent comme ça, alors qu'ils aillent jusqu'au bout, qu'ils jouent assis, chacun dans leur coin. Je pense que j'en parlerai à Jim Ward la prochaine fois que je le verrai.

Il arrive également assez souvent que vous détruisiez votre matériel sur scène, ce qui doit vous poser pas mal de problèmes j'imagine...

Quand ça arrive, et bien, d'abord on pleure. Beaucoup. Ensuite on se ressaisit. On se lève et on fait "allez, les gars, faut pas se laisser abattre" et on se donne de grandes tapes dans le dos. Et puis finalement, on répare les instruments ou bien on les remplace. C'est un gros problème, c'est vrai, mais on l'a voulu ainsi. On a choisi de vivre comme ça et nos instruments doivent en subir les conséquences. Mais il faut savoir que la plupart du temps, c'est le matériel qui se détruit tout seul pendant qu'on joue, et même parfois, on essaie de nous voler notre matériel pendant qu'on joue !

C'est ce qui vous est arrivé lors d'un concert au Texas il y a quelques temps. C'est d'ailleurs à cause de ce concert que vous aviez annulé la plupart des dates de votre tournée européenne de décembre 2000.

Oui. Baston générale, émeute, vol de matériel à l'arrachée... Une soirée classique au Texas. Les journalistes en ont fait tout un foin , mais c'est parce qu'ils n'ont jamais mis les pieds au Texas. Ils ne savent pas que ça se passe comme ça à chaque fois, c'est tout à fait ordinaire. On vit par l'épée, mec !

Je suis assez fasciné par l'artwork de vos disques. C'est très bizarre, vraiment tordu, et en même temps on dirait des trucs qui ont été peints au XVIème Siècle.

Certaines des peintures qu'on a utilisé datent effectivement du XVIème siècle. Le dessin principal de la pochette du premier album vient de la tranche d'un livre sur l'Islam. Mais l'arche qui l'entoure est romaine, c'est un dessin qui date à peu près du premier Siècle après Jésus-Christ. Le dos de la pochette, c'est une photo qui a été prise à un de nos tous premiers concerts. D'ailleurs, si je me souviens bien, c'est le concert grâce auquel King et Craig de Trance Syndicate nous ont reperé et signé sur leur label. Les ornements que tu peux voir sur notre site Internet ont été fabriqués à partir de collages. J'ai mélangé des boiseries japonaises, de l'art français de la Renaissance et quelques trucs médiévaux avec des peintures que j'ai fait moi. J'ai travaillé pendant quelques temps pour l'University Of Texas, j'avais un bureau, une connection Internet haut-débit et pas mal de temps libre. C'est là que j'ai commencé à bosser sur le site. Mais c'est devenu très difficile pour moi de trouver le temps de m'y consacrer régulièrement, il va sans doute falloir que je demande de l'aide à quelques personnes dans les mois qui viennent. En plus, il faut que je fasse des peintures pour l'artwork du prochain album et ça risque de me prendre beaucoup de temps. Celles de la pochette de "Madonna" m'ont pris près de quatre ans et il faut que j'aie fini celles du nouvel album dans quatre mois !

Quel place occupe tout cet aspect visuel dans le groupe ?

Une place très importante. Pour moi, en tout cas, c'est très important. On met tout ce qu'on a dans le groupe, et vu que je peins beaucoup... La peinture et le dessin occupent une grande partie de ma vie. Si j'en crois ma mère, j'ai commencé à dessiner à l'âge de deux ans, donc bien avant que je touche à un instrument de musique. Et puis faire l'artwork pour le groupe, ça me donne une excuse pour trouver le temps de peindre même quand j'ai tout un tas d'autres trucs importants à faire. Evidemment, je ne peins pas que pour le groupe, je fais des tas d'autres trucs en plus des pochettes. Il y a quelques mois, j'étais complètement fauché et j'ai du vendre des tableaux que j'avais peint pour pouvoir payer mon loyer. C'était bizarre, ça avait un côté romantique...

J'ai vu quelques-unes de tes peintures sur votre site. Elles sont assez incroyables.

Merci. Le portrait de la fille, qui est sur le site, fait partie de celles que j'ai vendu. Il y'en a une ou deux autres de la même série que j'ai également dû vendre. Vendre ses peintures, comme je le disais, ça a un côté romantique, mais c'est également très dur...

J'ai bien aimé les portraits de Christina Aguilera et de Chuck D. que tu as fait. L'idée de faire de l'art avec des îcones populaires, c'est hyper interessant. Harmony Korine avait fait toute une série comme ça, avec Macaulay Culkin, Tupac Shakur...

Ces portraits n'étaient pas vraiment prémédités, c'est arrivé un peu par hasard. On était en tournée et j'ai eu envie de dessiner. Le portrait de Chuck D., c'est la reproduction d'une photo qui est accrochée dans notre van. C'est une de nos amies, Margarita, qui l'a prise à un récent concert de PUBLIC ENEMY à Austin. Le dessin est un peu bizarre, presque abstrait, mais la photo elle-même est très abstraite. Et Chuck D. est mon héros absolu. Celui de Christina Aguilera, je l'ai fait dans les loges, à un concert de la tournée avec SUPERCHUNK, à partir d'une photo d'un numéro de Rolling Stone qui trainait dans le van. Je me souviens d'ailleurs que ça avait plutôt surpris les membres de SUPERCHUNK. Mais moi je trouve qu'elle est grave bonne, yo !
J'ai vu une interview d'elle à la télé récemment où elle répondait aux questions en mangeant un hamburger. Aucune classe.
Ouais, j'ai lu quelque part qu'elle était hyper branchée fast food. Pauvre petite bestiole.

L'art en général, c'est quelque chose qui te passionne ?

Oui. Même si je crois que je préfère l'Histoire.

Il y a des formes d'art qui t'interessent plus particulièrement ?

Je suis surtout porté sur les differentes formes de réalisme. Je ne suis pas très fan d'art abstrait, même si je prends ça assez au sérieux quand même. Récemment, une amie qui me faisait visiter Londres m'a emmené au nouveau Tate's Museum. D'un point de vue architectural, c'est un bâtiment magnifique. Mais au bout de dix minutes, j'ai réalisé que c'était de l'art moderne. Alors je lui ai dit que je ne voulais pas perdre mon temps dans cet endroit, et qu'il valait mieux qu'on prenne le prochain metro pour le vieux Tate's Museum. On était à une heure de la fermeture mais on a quand même réussi à y arriver à temps. Et là, j'ai pu voir une magnifique exposition de tableaux pre-Raphaelites parmi lesquels se trouvaient quelques-uns de mes préferés. Tu vois, d'un point de vue technique, je fais de l'art moderne. Et quand je visite un musée, ça ne m'interesse pas d'en voir. Pour en voir, il suffit que j'aille dans ma cave. Je retourne à Londres bientôt, et cette même amie m'a proposé d'aller voir la Pierre de Rosette cette fois-ci. Ca je veux absolument le voir.

L'interview est terminée, il me reste juste une dernière question. Si tu étais catcheur professionnel, quels seraient ton nom de scène et ta prise spéciale ?

Je serais le panda géant de Tekken. Il s'appelle Kuma et sa prise c'est un gros câlin pour t'étouffer.

 

 

positiverage.com 2002

Interview : Jimmy
photos : David Geraghty

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discographie ¬

...And You Will Know Us By The Trail Of Dead (Trance Syndicate) LP/CD (1998)

Madonna (Merge) LP/CD (1999) - Sorti en licence pour l'Europe sur Domino (distribution Labels / Virgin en France)

Mistake And Regrets (Domino) 7"/MCD (2000) - Single sorti uniquement en Europe (Mistake And Regrets, Half Of What (nouvelle version d'un titre du premier album), Electronic Bird Mating Ritual, Mistake And Regrets (Video) - Le 7" ne contient que les deux premiers morceaux)

V/A Clooney Tunes (Fierce Panda) 2x7"/CDEP (2000) - Enième volume des fameuses séries de doubles 7"/CDEPs du label anglais. Six groupes sur celui-ci: FIVER, HOPEWELL, INTERPOL, BRIGHT EYES, THE FIRE SHOW et ...AND YOU WILL KNOW US BY THE TRAIL OF DEAD (Prince With A Thousand Enemies, extrait du premier album)

V/A The Peek-A-Boo Book Of Spells (Peek-A-Boo) LP (2000) - LP vinyl transparent + fanzine, limité à 1000 exemplaires. 16 groupes originaires du Texas parmi lesquels KNIFE IN THE WATER, THE PROCESS, SILVER SCOOTER et ...AND YOU WILL KNOW US BY THE TRAIL OF DEAD (A Witch's Web - Inédit, également disponible en MP3 sur le site du groupe: www.trailofdead.com)

Relative Ways (Interscope) 12"/CDEP (2001)

Source Tags And Codes (Interscope) CD (2002)