Voilà quelques temps que Chris me parlait de ce projet. Interpellé par le titre de l'album des allemands de Yage, "Anders Leben !?", Chris s'est intérrogé sur sa propre vie, et les choix qu'il fait pour éviter le conformisme d'une vie trop souvent vide de sens. A travers son témoignage, nous aimerions lancer une nouvelle rubrique dont l'existance ne dépendra que de vous… En effet, nous souhaiterions que vous vous exprimiez, qu'à votre tour vous fassiez part de votre expérience. Cette rubrique aimerait devenir un carrefour où les opinions se croisent et les expériences s'enrichissent. Pour une fois, nous vous demandons d'être acteur, d'offrir, de partager et de ne plus seulement passer par ici. J'espère que l'expérience fonctionnera et prendra de l'ampleur. Cela ne dépend que de vous.

Pour cela, il vous suffit d'envoyer vos textes à notre adresse, et nous mettrons en ligne les meilleurs. Le but n'étant pas de censurer les textes, mais juste de ne pas transformer cette rubrique en forum, très présents sur Internet, mais bien trop souvent vides de contenu et inintéressants. J'espère que vous adhérerez à notre démarche en prouvant que notre scène n'est pas une copie dissimulée d'une société passive.

 

Illustration par Olivier Remy

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2. Mg
Vivre autrement ! Vivre autrement ? C'est en effet une question que nous nous sommes tous posés, et qui reste souvent liée à notre engagement dans une musique qui se veut avant tout différente.

Je m'appelle Mathieu et j'ai 30 ans. Je suis rédacteur-graphiste dans la presse magazine et éditeur du fanzine positive rage. Je suis moi-même le fruit d'une contradiction difficile à résoudre. Le fruit d'une difficile liaison entre des idéaux forts et une société très prenante. Devons-nous sortir du système ou y vivre en essayant d'y insuffler nos engagements personnels ? Au fil des années, la réponse évolua dans mon esprit, mais la question ne disparu jamais.

Très jeune, je pris conscience de mes différences. Je pense qu'aujourd'hui certains médecins m'auraient catalogué d'enfant hyper-actif. Heureusement, ce ne fût pas le cas à l'époque et les médicaments qui détruisent la vie de millions d'enfants américains ne passèrent pas par chez moi. J'étais juste plus nerveux, plus dissipé ; je m'ennuyais rapidement, et j'avais ce besoin immense d'agir. Tout cela m'a permis de prendre conscience de mes différences très jeune et de voir monter en moi ce sentiment fort de rébellion et d'injustice qui touche la plupart des jeunes pré-adolescents. C'est en toute logique que je découvre le punk rock vers 10 ans avec un disque des Sex Pistols. L'énergie du punk-rock, son non-respect des règles, correspondaient idéalement à ma recherche. Me démarquer, premièrement de ce monde qui ne me correspondait pas, deuxièmement de l'image même que cette société essayait de me coller.

Vivre autrement, cela peut dire vivre autrement que la masse, mais c'est avant tout vivre ce que nous sommes et c'est là, la question la plus dure à laquelle nous nous devons de répondre. Je n'ai pas encore fait le tour de la question. Le punk-rock m'a permis de me dissocier d'un mode de pensée unique, et d'un chemin tracé d'avance. Je pouvais assumer mon rejet d'adolescent, me sentir plus fort face à la pression, car le punk-rock, et tous ses dérivés plus ou moins radicaux par lesquels j'ai pu passer m'offrait le terrain d'expérimentation dont j'avais besoin. La fierté d'être différent de mon voisin. Bien entendu, cela ne suffisait guère à se découvrir soit-même mais cela permettait d'éviter quelques règles de bases de l'homogénéisation de la société. Mais vivre autrement, ce n'était pas vivre selon les codes d'une minorité non plus. Le but n'étant pas de se plier aux codes qui évoluaient dans le milieu underground. C'est l'expérience qui m'a permis de découvrir cette réalité pourtant évidente.

Horrifié par le fait de n'être qu'un acteur passif de la scène punk, toujours poussé par ce besoin maladif d'agir, je crée ma propre feuille d'info en 1991 sous le nom de Rage… qui deviendra par la suite un fanzine sous le nom de Positive Rage. Je prends conscience qu'il suffit de se lancer pour réaliser des choses. Pas besoin d'être surdoué, il suffit de ne pas attendre. Les trois initiales du D.I.Y. s'imposait à mon éducation. Je monte mes premiers groupes... J'agis. Tout en répondant à une image formatée du punk-rock ou du hardcore, je suis différent du monde qui m'entoure. Que l'on m'envie ou que l'on me déteste, j'en suis fier. Je suis différent et cela devient ma force.

Peu à peu la musique ouvre mon champ de vision. J'élargis mes recherches et mes questions. Je découvre l'American Indian Movement, l'histoire des indiens d'Amérique, Wounded Knee, puis Leonard Pelletier. Je creuse le sujet et découvre une autre façon de concevoir le monde, plus proche de la mienne. Aujourd'hui, mon regard se porte sur les indiens Kogis de Colombie… Vivre autrement, respecter la Terre et son équilibre, refuser la pensée unique et l'ultra-liberalisme, être libre… Je commence à comprendre que le plus important est de changer soi-même. C'est vrai, il est difficile de changer le monde, mais c'est en se changeant soi-même qu'on change le monde. Agir sur soi, voilà une première réponse.

Vivre autrement, c'est vivre selon sa sensibilité, selon ses convictions aussi. C'est refuser de se plier à une pression étouffante qui te dicte tes choix. Ce n'est pas toujours facile. Personnellement, j'essaie de garder un œil ouvert sur ce que je consomme. Je sais que beaucoup trouve que cela reste une idée infantile liée à l'adolescence. Je suis radicalement opposé à cette pensée. Comme vous, je m'habille, et je ne m'habille pas dans des magasins bio (rares mais existants). La plupart des sociétés du textile fait travailler des enfants dans des conditions lamentables. Ceci étant dit, j'essaie de privilégier des articles réalisé en France, en évitant certains pays. J'achète aussi, malheureusement, des articles réalisés dans des conditions douteuses, mais j'essaie d'éviter les principaux leaders du milieu (Nike par exemple) sur le principe du boycott. Il ne faut pas obligatoirement être radical et polluer sa propre existence mais ce peut être une gymnastique simple qui devient automatique et qui correspond à ce que je ressens. Il en va de même pour l'alimentation. mais je ne fais pas cela pour correspondre à une image du hardcore. Je fais tout cela car c'est ce qui me correspond. C'est ainsi que je conçois ma vie sur cette planète.

Comme Chris, le voyage est une autre source de bonheur. Comme avec la musique qui me faisait voyager au sein même de ma chambre, rencontrer d'autres cultures, d'autres façons de voir le monde, ouvre mon regard sur celui-ci. J'ai adoré l'Ecosse par exemple. Les Ecossais sont des gens souvent ouverts et particulièrement amicaux. J'aime cette partie de l'Ecosse appelée Highland. Sans doute l'un des endroits les plus sauvages proche de chez nous. J'aime ce genre d'endroits car les rapports humains reprennent tout leur sens. Mais vivre autrement, c'est aussi vivre dans cette société. Je ne vis pas chez mes parents ; je paye mon loyer. Je le précise car beaucoup de jeunes particulièrement radicaux n'ont pas ce genre de soucis en tête, et j'ai pu constater, pour évoluer dans le milieu musical depuis quelques années, que la plupart d'entre eux oublient leur slogan pourtant si passionnés, dès qu'ils rentrent dans le monde du travail. C'est vrai, c'est une étape importante qui rend la question de "vivre autrement" plus complexe.

Vivre autrement, c'est essayer de vivre son soi, sans se soucier de la pression populaire. Ce n'est pas facile, surtout quand nous devons répondre à certaines contraintes (loyer, enfants, etc.)… Mais vivre autrement, ce n'est pas obligatoirement porter une crête rouge au travail… c'est avant tout garder sa pensée claire, vivre selon ses propres codes, d'une manière qui correspond au monde que l'on souhaite créer.

Ce texte reste une pensée décousue sur une question complexe qui demanderait plus de réflexion et de mise en ordre dans mon esprit. Mais ce texte est un instant de pensée à partager, sans retour ; un peu de ma contribution à un sujet qui me touche. Ce texte en lui-même représente ce qu'est une approche différente de la vie à mes yeux.

[mg]

 

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