| Voilà
quelques temps que Chris me parlait de ce projet. Interpellé
par le titre de l'album des allemands de Yage, "Anders Leben !?",
Chris s'est intérrogé sur sa propre vie, et les choix
qu'il fait pour éviter le conformisme d'une vie trop souvent
vide de sens. A travers son témoignage, nous aimerions lancer
une nouvelle rubrique dont l'existance ne dépendra que de vous…
En effet, nous souhaiterions que vous vous exprimiez, qu'à votre
tour vous fassiez part de votre expérience. Cette rubrique aimerait
devenir un carrefour où les opinions se croisent et les expériences
s'enrichissent. Pour une fois, nous vous demandons d'être acteur,
d'offrir, de partager et de ne plus seulement passer par ici. J'espère
que l'expérience fonctionnera et prendra de l'ampleur. Cela ne
dépend que de vous.
Pour
cela, il vous suffit d'envoyer vos textes à notre adresse,
et nous mettrons en ligne les meilleurs. Le but n'étant pas de
censurer les textes, mais juste de ne pas transformer cette rubrique
en forum, très présents sur Internet, mais bien trop souvent
vides de contenu et inintéressants. J'espère que vous
adhérerez à notre démarche en prouvant que notre
scène n'est pas une copie dissimulée d'une société
passive.
Illustration
par Olivier Remy

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6.
Chaminou, Lille
« Non
les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route
qu’eux » (Brassens)
Je crois qu’il va falloir que ça change. Nous sommes en
train de nous fourvoyer "maximalement" et le pire, c’est
que tout le monde le sait pertinemment, au fond. Le danger (oui, c’en
est un à long terme) étant que cette toute petite voix
qui nous appelle est bouffée par la pensée dominante,
celle qui fait qu’on ne risque rien en l’adoptant :
la facilité, me direz-vous ! Toujours, mes amis. Maudit
panurgisme !
Prendre du recul par rapport à toutes ces choses, là est
ma quête depuis bon nombre d’années… Car, à
bien y réfléchir, je n’ai jamais adhéré
à certains schémas dits "évidents".
Plus jeune, les modèles d’ "adultes" qui
s’offraient à moi ne me faisaient pas peur, mais j’avais
du mal à m’imaginer vivre leur vie (sans instaurer d’échelle
de valeur, je me voyais juste grandir autrement). Pour moi, ils semblaient
s’emmerder comme des rats morts parce qu’ils subissaient
plutôt que d’agir. Et puis, ils ne savaient ni jouer, ni
créer. Et ça, c’était tout de même
vraiment triste… Quand tu dis ça du haut de tes huit ans,
ça fait bien rigoler (jaune, quand même) dans les repas
de fômille pour le peu qu’on t’écoute à
moitié. Mais cette tournure prend une toute autre dimension lorsqu’on
commence à se rendre compte que ta période acnéique
post-adolescente est déjà bien révolue…
À cela s’ajoute la difficulté d’appartenir
à ce que l’on nomme le sexe faible. Être gentille,
maternante, ne pas décevoir… C’est plus ou moins
ce qu’on attend d’une femme! L’indépendance ?
Mais quelle drôle idée ! Je ne m’y étais
pas préparée, mais de plus en plus souvent (à croire
qu’il y a un âge pour cela), j’ai droit aux mêmes
questions : « Tu as quelqu’un dans ta vie ?
Quoooiii ? Tu es seeeule ? Mais tu es pourtant jolie ! »
(Quel rapport ? Encore quelque chose qui m’échappe).
Ce qui cloche ? Rien, puisque je ne cherche pas l’âme
soeur. Ce sont mes choix, c’est tout. À moi donc d’assumer…
Ce soir, par exemple, j’ai envie de me promener seule dans Lille.
Croyez-vous que je pourrai le faire en toute tranquillité ?!!
Non, il y aura forcément des cas qui vont me mater, me parler,
me suivre, etc. C’est une réalité : il faudrait
qu’un homme m’accompagne dans divers endroits pour que j’aie
la paix. Voilà, pour les gens, la sécurité passe
par là. Et par le boulot (puisque j’ai choisi de vivre
seule), aussi. C’est pesant, au quotidien. Le prix de ma liberté,
en quelque sorte.
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Célibataire
et au chômage : TOUT VA BIEN. Est-ce particulièrement
difficile à croire ?!!!!!
Ne pourrait-on s’épanouir que via le travail et le couple ?
N’y aurait-il pas d’autres plaisirs "valables"
pour une femme ? Dois-je forcément songer à faire
des enfants, parce que justement, une femme sans enfant n’en est
pas vraiment une ?
À 26 ans à peine, je suis dans un tournant. Les gens me
regardent comme une bête curieuse. Certains rigolent, d’autres
prennent peur. Au fond, tout au fond, gronde mon moi profond.
Ce que je désire exprimer graphiquement choque ou indiffère,
j’abandonne le dessin, les collages, la photo. Période
d’incubation (…), puis je travaille mon expression. Verbale,
corporelle. Pour vous dire que j’étouffe. Que ma vie ne
sera pas celle que mamie et les autres s’étaient imaginés
pour moi, en tout aveuglement platonicien…
Mes premières angoisses remontent à ces visions d’enfant :
je rampe dans un tunnel sans fin. Celui-ci fait cinquante centimètres
de haut, pas plus. Je tombe dans un étroit fossé. Je crie,
je hurle : personne ne m’entend. Cette impression, je l’ai
encore souvent maintenant, et pas seulement dans mes cauchemars. Tout
en me protégeant des conventions sociales, je m’acharne
à cette quête d’absolu, de « parler vrai ».
Pour moi, celui qui fait « oui, oui » pour avoir
la paix est pire qu’un homme dénué de ses sens.
Il n’est plus rien pour moi, à présent je pense
avoir compris, c’est tout.
Moi, Je veux apprendre à me confronter. Connaître d’autres
alternatives que celles de l’agresseur sans arguments ou de la
sournoise girouette, celle qui sous prétexte de doigté
n’attend qu’une seule chose : te descendre derrière
ton dos… Ces combats arbitraires ne m’intéressent
pas. Je n’ai pas d’ambition matérielle, je ne vis
pas dans le regard des hommes. Riant et pleurant lorsque j’en
ai envie, je veux de l’Authentique. C’est aussi simple que
cela. Hypersensible, je traîne d’indescriptibles impressions.
C’est celles-ci que je veux développer au cours de divers
voyages, bien loin des cages dorées qui me tendent leurs portes…
/Chaminou/
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des témoignages |