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THE
DEATH OF ANNA KARINA
"new liberalistic pleasures"
(unhip records)
Pochette noir et blanche, tachée de rouge… la mort d'Anna
Karina, comme un hommage à la nouvelle vague (et au "Vivre
sa Vie" de JL Godard). La brutalité des émotions, la
beauté du contraste. "New Liberalistic Pleasures" nous
bluffe d'entrée de jeu. The Death Of Anna Karina sont italiens
et sortent ce deuxième album (le premier, éponyme, sonnant
plus screamo) sur le label Unhip records, déjà responsable
du dernier Settlefish ou d'un split Fantômas / Melt-Banana…
Et, depuis le premier album de Q and not U, je crois bien ne pas avoir
reçu telle claque. Ces mecs sont à l'image de leur pochette,
simples au sens noble du terme, mais jamais simplistes… juste intenses,
émotionnels et brillants. En 35 minutes, ces amoureux de la nouvelle
vague nous retournent avec un rock abrasif et décomplexé,
aussi énergique que dansant, et aussi mélodique que dégénéré.
"Je te frapperais sans colère et sans haine, comme le boucher,
comme Moïse le rocher" écrivent-ils (en français
dans le texte)… et nous recevons les coups avec bonheur, impatients
de vivre ses assauts de guitares folles en live… grandiose !
[mg]
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Voir aussi : Q and not U, Black Eyes
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TODD
"comes to your house"
(southern records)
Durant les années 90, la musique noise a atteint son apogée.
Des labels tels que Amphetamine Reptile ou Touch'n'Go tenaient le haut
du pavé et abreuvaient les amateurs du style à grand coup
de Jesus Lizard, Unsane, Cows ou Hammerhead. Il était difficile
de résister à ce son extrême, ces mélodies
broyées, ces saturations maltraitées… et puis, la
décennie est passée, et puis plus rien… les guitares
sont retournées au placard, les pédales de disto ont été
revendues, les labels ont déposé les armes, ou sont passés
à d'autres musiques, les groupes sont retournés dans leur
cave, et le public s'est mis à écouter de l'electro ou du
metal… Bien triste histoire me direz-vous. Heureusement, au milieu
des cadavres en putréfaction (Jesus lizard, Cows, Guzzard…),
l'un d'eux se relève. Il se nomme Craig Clouse et les anciens se
souviennent qu'ils jouaient dans Hammerhead. Décidé à
ne pas se convertir à la pop, le bûcheron revient avec un
projet aussi radical que les années 90, noise jusqu'au bout des
ongles : Todd. Les amplis n'ont qu'à bien se tenir, le groupe risque
de griller plus d'une lampe ; un premier album, direct, brut, sort et
pose les bases… puis arrive aujourd'hui "come to your house"
qui ne devrait pas changer la donne. Saturation poussée au maximum,
le groupe renoue avec tous les démons de l'époque. Aucune
concession, du rock brut, chaotique et distordu, une noise heavy qui fait
mal aux tympans… et qui s'écoute le volume poussé
à fond, loin des élucubrations techniques des nouveaux venus.
Nom de dieu, ce que c'est bon ! Alors certes, Todd n'est pas encore à
la hauteur des meilleurs spécimens du genre… Désolé,
mais avec la discographie que j'ai ici en matière de noise des
années 90, ce ne serait pas honnête. Mais peu importe, Todd
sort ici un très bon album, typique des années 90, qui se
permet même la présence d'Eugène Robinson, chanteur
d'Oxbow, sur un titre, et nous ne le bouderons pas.
[mg]
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Voir aussi : Hammerhead, Melvins, Unsane, Butthole Surfers, Tad, Helmet
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THE
CONSTANTINES
"tournament of hearts"
(Sub Pop)
Fin 2005, cet album est sorti dans l'anonymat général. Un
troisième ouvrage qui pourtant porte fidèlement la marque
d'un groupe constant, attaché à un rock sincère et
de qualité. Oeuvrant hors des modes et selon des méthodes
traditionnelles mais qui ont fait leurs preuves, les canadiens livrent
un album généreux emporté par la voix chaleureuse
d'un Bryan Webb toujours pointu dans le choix de ses mots. Même
si 'draw us lines' martèle une bonne entrée en matière,
'hotline operator' (le deuxième titre très...Afghan Whigs)
confirme qu'on est loin de l'urgence de 'shine your heart', leur précédente
production. Les esprits se sont sans doute apaisés. Tout semble
plus clair et plus limpide. Les morceaux se préparent presque tous
comme une bonne vieille mayonnaise maison. A partir d'ingrédients
basiques et d'une écriture bien fouettée, la sauce prend
car l'ensemble est musicalement très équilibré. Entre
une batterie sèche, une basse groovy, des guitares fines, un clavier
génialement subtil et quelques cuivres étincelants, rien
ne dépasse si ce n'est l'émotion de titres bien sentis.
'Love in fear' est un vrai tube. 'Soon enough' une ballade folk qui ne
paie pas de mine et pourtant... Jusqu'à un 'windy road' faisant
penser à leurs compatriotes The Weakerthans, chaque chanson semble
simple et unique, tantôt tonique, parfois mélancolique. Se
démarquant avec intérêt de la précédente.
Même inégal (surtout sur la deuxième partie de l'album)
mais jamais léger et surtout pas emprunté, ce dix titres
séduit par son authenticité. Un album pour tous rockers
lassés des tendances putassières.
[chRisA]
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Voir aussi : Afgan Whigs, Fugazi, Weakerthans
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MOTENAI
+ MY NAME IS NOBODY
"s/t"
(motoneige rds)
Deuxième production de la mini-structure Motoneige, ce maxi composé
à deux (Motenai pour la musique, Vincent de My name is nobody pour
les paroles et chant) développe un univers personnel particulièrement
attirant. Ces deux-là semblent faits pour s'entendre tant ces quatre
titres gardent une cohérence parfaite. Composé en Islande
est-il écrit… je ne sais pas si c'est vrai, mais ce disque
est tellement proche de l'image qu'on se fait de cette île que cela
nous parle. Douceur d'une electro-pop cotonneuse, ambiance subtile, paysages
lunaires et froids, et une voix comme sortie de notre imaginaire, comme
pour nous réconforter. On y parle de la Finlande aussi, avec son
environnement tout aussi austère. Au travers de ces quatre titres,
les deux nantais nous font voyager au travers d'une bulle étrange,
déformant le réel pop pour se rapprocher d'un electro plus
abstrait… on se pose, on s'apaise, et on applaudit, car pour une
fois, ces deux-là me donnent envie de dormir avec plaisir, heureux
de rejoindre le pays des songes. Un agréable maxi, dont la monotonie
aurait sans doute fait échouer un album, mais qui, ici, devient
un parti pris convaincant.
[mg]
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LYSSA
"amoral"
(silver rocket)
Avec cet album, les tchèques ont décidé de ne pas
faire dans la finesse. Compacte et impénétrable, leur noise
martèle votre cerveau avec acharnement et méchanceté.
À peine quelques notes de répit par ci par là, mais
une réelle volonté d'enfoncer le clou, toute basse dehors,
sans regret. Pas de soucis, l'univers est malsain comme il se doit. Malheureusement,
on apprécierait tout de même quelques éclaircies plus
vivantes de temps en temps, histoire de reprendre un peu notre respiration,
d'autant plus que certains plans manquent encore légèrement
d'adresse… Du coup, leur coupe-gorge musical peut devenir un poil
lassant… Et le chant en tchèque n'aide pas à rendre
cet album plus accessible. Heureusement, cela ne semble pas être
le but du groupe, qui possède par ailleurs d'autres atouts.
[mg]
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Voir aussi : Unsane
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NEKO
"ghost tracks"
(autoproduction)
A l'heure où tous les médias mettent en avant la sortie
du dernier mogwaï, Neko, jeune groupe du nord de la France, sort
son deuxième enregistrement intitulé Ghost tracks. Même
si je triche un peu sur les dates (j'ai reçu ce disque il y a quelques
temps maintenant!), la comparaison entre le groupe écossais et
le groupe français est indiscutable. Ambiances brumeuses et grandes
montées de guitares noisy sont à l'honneur… La si
célèbre alternance de passages calmes et de tempêtes
est de nouveau exploitée ici. Mais puisque les japonais de Mono
ont eu leur heure de gloire en reprenant à la lettre cette recette,
il n'y a pas de raison de laisser Neko sur le bord de la route. D'autant
plus que le groupe maîtrise parfaitement les ambiances, là
est son point fort ; avec tact et délicatesse, il brode une toile
intrigante et mélancolique que ne renieront pas les amateurs du
style. Et puisque, comme ses maîtres avant lui, le groupe n'est
pas avare en ouvertures soniques, il permet à cette démo
de ne pas tomber dans un post-rock mou et bien pensant, à notre
grand soulagement. Quitte à mettre les deux pieds dans la même
marmite, autant être à la hauteur de l'exercice de style…
et on ne peut nier que Neko s'en sort plutôt bien, même si
nous aimerions un peu de surprise pour la prochaine fois.
[mg]
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Voir aussi : Mogwaï, Mono, Explosion in the Sky
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SPANK
ROCK
"yo yo yo yo yo yo"
(big dada)
C'est vrai que ce n'est pas dans mes habitudes, mais quand des rappeurs
titillent l'electro avec autant de finesse, et bien j'ai envie d'en parler
un peu… Spank Rock balancent un flot conscis sur des rythmiques
étriquées, et le font sans gros artifices… Juste quelques
notes basses bien placées, deux trois finesses rythmiques pas si
loin du break beat, et nous voilà avec un album ludique et dansant
qui change un peu des habituels balourdises. C'est d'ailleurs étrange
comme l'ensemble peut d'un côté oppresser à cause
de rythmiques déjantées, tout en envoyant en même
temps un groove imparable… Le pire, c'est que je suis sûr
que ça devrait bien passer pour les lecteurs de Technikart et autres
Inrocks, mais que voulez-vous, des fois, nous aussi on craque !
[mg]
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