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END
OF A YEAR
"sincerely"
(revelation)
Avec ce nouvel album (moins de 30 minutes), End of a Year continue de
rappeler à notre bon souvenir une certaine vision du hardcore from
Washington DC (leur nom n'est-il pas tiré d'une chanson de Embrace
!) . Direct mais émotionnel. On se croirait revenu en 1985, alors
que Rites of Spring posait, avec son album éponyme, les premières
bases de ce qui deviendra plus tard l'emo. Vingt après, End of
a Year semble vouloir oublier ce qui s'est fait depuis, effacer les dérives
niaises de certains et remettre un peu d'ordre dans un style qui a révolutionné
la scène hardcore de l'époque. Et les bougres s'en sortent
plutôt bien. Légèrement plus mélodique que
le groupe de Guy Picciotto, ils s'inspirent tout de même très
largement de Rites of Spring et nous livre un emo old school digne de
l'époque. Les connaisseurs noterons d'ailleurs que le groupe reste
dans la tradition : l'album est enregistré au célèbre
Inner Ear Studio avec l'ingénieur du son attitré des lieux
: Don Zientara (Fugazi, Rites of Spring, etc.). Sur le disque, le chant,
aux capacités certes limité, accentue l'aspect émo
ancienne école, avec cette ambiguïté typique entre
colère et manque charmant de puissance. Au final, nous pourrions
demander un peu plus de finesse et un peu plus de relief dans un album
qui à tendance à se répéter, mais on se contentera,
avec plaisir, de ce que nous offre le groupe : un album honnête
qui remet au goût du jour, sans génie ni erreurs, un style
magnifique, malheureusement oublié de beaucoup. Et rien que pour
ça, on a envie de les aimer.
[mg]
•••
Voir aussi : Rites of Spring, Braid, Dag Nasty, Fuel
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CEASE
UPON THE CAPITOL
"s/t"
(Tears From Silence / Impure Musik)
25 minutes pour neuf titres. Avec cet indicateur, on se dit que ces petits
jeunes n'ont pas de temps à perdre. Plage 1 : l'attaque est frontale.
Ça chie grave. On lève déjà l'index droit
pour le battre au rythme d'une batterie qui se déchaîne.
On brandit déjà un point rageur pour évacuer nos
frustrations et contrariétés du jour. On gueule comme le
chanteur car aujourd'hui, on n'a pas envie de chanter. L'album ne décolérera
plus. Que des morceaux de bravoure traités sans fioritures. Une
approche rude et crue à la Plane Mistaken for Stars. On lâche
les chevaux et les tripes mais sans céder non plus à l'intellect.
Les textes sont bons. Les morceaux sont finement construits. Même
sujet à des assauts chaotiques, il y a du raffinement dans ce screamo
hardcore. Pour preuves, cette basse qui a parfois envie de groover et
surtout cette guitare qui, continuellement, extirpe des lignes mélodique
foutrement catchy. Et puis il y a aussi le plaisir visuel d'un très
bon artwork signé nicotcha. Bref, autant de bonnes raisons, si
vous n'avez pas croisé le groupe sur leur tournée européenne,
pour vous convaincre de découvrir ce bon trio. Ah, j'oubliais,
ces Américains sont de Nashville, Tennesse… Elvis, si tu
nous lis…
[chRisA]
•••
Voir aussi : Plane Mistaken for Stars
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MUDHONEY
“Under a Billion Suns”
(Sub pop)
Non, non, Mudhoney ne vient pas de se reformer puisqu’ils ne se
sont en fait jamais séparés. D’ailleurs, à
part Matt Lukin, le bassiste qui a quitté le groupe, le line up
originel n’a pas changé. Je crois qu’il fallait tout
de même le préciser en ces temps de reformations plus que
douteuses.
Toujours est-il que cela fait quand même assez bizarre de retomber
sur ce groupe quelque 15 ans après. Mudhoney, la vague grunge,
ça file un sacré coup de vieux, mine de rien. Ce petit moment
de nostalgie se prolonge avec l’écoute de “Under a
Billion Suns” car la musique du combo de Washington (l’état,
pas la ville) n’a pas tant changé que ça. Bien sûr,
on remarque tout de suite qu’une trompette, souvent bien utilisée
d’ailleurs, a fait son apparition et que la musique est globalement
plus mélodique et a perdu de son urgence. Mais ce qui faisait l’essence
de Mudhoney est toujours là : le chant singulier parce qu’assez
nasillard de Mark Arm, les guitares aux multiples effets, les textes critiques
et désabusés (certains titres comme “Where is the
Future ?” ou “Hard-on for War” nous en donnent
un petit aperçu…) et des ambiances assez psychédéliques
sur certains morceaux.
Resté fidèle depuis toutes ces années au label, Sub
Pop, qui l’a fait connaître, le groupe semble évoluer
à son gré, sans se soucier des modes et livre avec “Under
a Billion Suns” un album honnête qui, sans être transcendant,
est une madeleine de Proust sympathique.
•••
Voir aussi : Nirvana, MC5
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KNUT
"terraformer"
(conspiracy / Hydrahead)
'bastardizer', 'Challenger' et aujourd'hui 'Terraformer'. Un suffixe comme
un concept en hommage à leur ami et mentor Aaron Turner ? Allez
savoir… Mais Hydrahead aime les Suisses de Knut, et l'inverse est
encore plus flagrant avec ce nouvel album. 'Wyriwys' ouvre avec un riff
sludgy qu'Isis aurait pu pondre sur 'Celestial'. 'Kyoto' sent le Keelhaul
à plain nez tout comme 'Evian' transpire le Pelican jusqu'au bout
des plumes. Ici et là, on ressent aussi l'influence de Jesu Justin
(Broadwick)… sans oublier, mais en un peu moins flagrant, le talent
de Botch. En musique comme dans la vie, il est toujours difficile de renier
sa famille. Ceux avec qui on a grandi. Alors est-ce que toutes ces observations
font de ce 'Terraformer' un mauvais album ? Non, bien sûr ! Il va
sans dire que les fans de metal hardcore ouverts aux quatre vents vont
apprécier se faire secouer au propre comme au figuré. La
qualité est là à tous les niveaux : dans l'écriture
(l'album est à 95% instrumental), dans l'exécution musicale,
dans les arrangements. L'album respire bien pour toujours mieux percuter
après. Très équilibré, il touche à
beaucoup de styles. L'upperknut 'Fallujah' est sans doute le morceau le
plus punk que les genévois aient écrit… dommage qu'il
soit une copie presque conforme du 'manifest' de Sepulutura sur "Chaos
AD". On sent le groupe avide d'enrichir ses sons, d'explorer d'autres
terrains, de créer du mystère et de la réflexion.
Une musique ambitieuse et en perpétuelle évolution mais
qui doit avant tout s'affirmer dans son identité. A noter la sortie
prochaine d'un album de remixes… histoire d'aller encore plus loin
?
[chRisA]
•••
Voir aussi : Pelican, Isis, Keelhaul, Botch
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AGHAST
"consumer"
(wee wee / rejuvenation / error! rds)
"Work, consume and die"… Après, un premier maxi
et plusieurs splits, Aghast part seul en guerre contre le consumérisme.
Dans une grande tradition hardcore, le groupe dénonce une consommation
abusive aux travers de titres explicites : "Plastic God Disaster",
"Nihilist Consumer", "Money is the sinews of war, not the
target"… Travaille, Consomme et meurt… trois mots qui
reviennent tout au long du livret, et qui semble inspirer les tarbais :
leur émo hardcore, s'il ne vient pas tout chambouler, a le mérite
d'être à la hauteur de nos attentes. Les guitares explosent
aussi souvent qu'elles viennent titiller votre corde sensible, les mélodies
ressortent sans ne jamais tomber dans la facilité… le groupe
maîtrise son sujet. Personnellement, il n'y a que le chant, quasi-continuellement
hurlé, qui a tendance à me faire décrocher. Histoire
de goût. Peut-on aussi m'expliquer le sens d'une phrase comme celle-ci
(tirée du livret) : "Il est trop tard… c'est maintenant
que je réalise… il faut que je souffre pour réfléchir…
plus cet enregistrement avançait, plus on s'éloignait…
je ne m'en rendais même pas compte…" ? Ça va les
gars ? Définitivement pas très gais du côté
de Tarbes ! Peu importe, Aghast montre une vision du hardcore assez
fine, une musique abrasive et hargneuse, en noir et blanc, directe, mais
définitivement tournée vers l'émotion et l'engagement.
Pas un hasard s'ils se permettent de reprendre Nations on Fire !
[mg]
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Voir aussi : Four Hundred Years, Amanda Woodward, Three Penny Opera
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KRISTOFER
ASTROM ET HIDDEN TRUCK
“So Much for Staying Alive”
(Startracks)
L’album solo est l’occasion de laisser libre court à
ses envies et d’évacuer les frustrations de la composition
en groupe. C’est ce qu’a dû se dire Kristofer Astrom,
habituellement leader de Fireside, que l’on découvre ici
sous un autre jour.
Accompagné du groupe Hidden Truck, notre homme livre avec “So
Much for Staying Alive” un album hétéroclite. Parfois,
les morceaux naviguent dans des eaux proches de l’indie de Fireside
comme sur “Midnight Sun” ou Black Dog” mais, le plus
souvent, ils s’en éloignent très sensiblement. Ainsi
“Givers of the World” ou “Wild” versent-ils carrément
dans la pop tandis que “The Bum” et “Gilded” ont
des accents folk voire country. Et que dire d’“Until Tomorrow”
et son intro de synthé kitsch de communion ?
Bref, Kristofer Astrom s’est fait plaisir en laissant une entière
liberté à ses aspirations. Certaines d’entre elles
sont inspirées mais, dans l’ensemble, l’album est assez
inégal. Un peu trop touche à tout, il empêche l’auditeur
de vraiment rentrer dans son univers.
[sullivan]
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Voir aussi : Fireside, Will Oldham
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