Junior Merill "the first four steps to the conspiracy"
(cd-r 4 titres – autoproduction)

Voilà bien longtemps qu'un groupe de ce style ne nous avait pas impressionnés, du moins en France. Avec ce premier jet de Junior Merill, groupe lyonnais pas si novice que nous pourrions le croire, nous jubilons enfin avec un disque de pur garage sixties, et français messieurs ! Pas vraiment novice Junior Merill ? C'est en réalité le groupe qu'avait fondé Marc, chanteur de feu-Condense, à la séparation de ces derniers. Il était accompagné par deux compatriotes moins connus (Carole/orgue et Nico/guitare). Andrew (ex-Happy Anger) rejoint la formation récemment à la batterie. Enfin stable, le groupe nous balance, dans la plus pure tradition du style, les quatre premières étapes de sa conspiration (environ 2 minutes chacune). Non de dieu, quelle classe ! L'orgue est superbe, la guitare n'oublie pas de s'emballer quand il faut, même si la motivation première est bien loin du "plus vite, plus fort" ! Ici, on joue en finesse, on s'applique à rendre les mélodies dansantes et entraînantes. On se souvient de l'énergie que mettaient nos aïeux bien avant de se cacher derrière des grosses saturations ridicules. Ici, on sent les craquements des vieux vinyles de The Seeds, Music Machine et autres Love. On crie son dégoût pour une société trop catégorisée, on construit un futur personnel, libre et subversif. La Suède avait (International) Noise Conspiracy, les Etats-Unis avaient pris pas mal d'avance (des Makers aux Make Up, en passant par les Rocket from the Crypt), nous avons enfin Junior Merill. Une tuerie pur sang qui risque d'avoir l'effet d'un ouragan chez les amateurs de sons sixties ! Grandiose.
[mg]

>> voir aussi : The Seeds, (International) Noise Conspiracy, Music Machine, Make Up

Bonny "Prince" Billy & Le Marquis de Tren "Get On Jolly"
(cd 6 titres – Domino)

Derrière ces noms légèrement pompeux se cache en réalité le n-ième projet de Will Oldham (la moitié de Palace Music), qui pour ce disque a accepté de partager son savoir avec Mick Turner (Dirty Three). La rencontre est-elle sincère ? Peu importe, le résultat permet de mettre en musique, d'une manière toujours aussi dépouillée et minimaliste, les prières d'un poète Bengali, Rabindranath Tagore (pour les amateurs, le recueil de prière se nomme Gitanjali). Au final, ces 6 titres vous berceront au son de la voix magique de Will Oldham, doucement emmenée par quelques arpèges de guitare, sans effort… Rien d'exceptionnel donc, et certainement pas le meilleur de Will Oldham, mais, comme d'habitude, le peu que véhicule ce disque est déjà particulièrement touchant, mais je pense que les amateurs devaient s'en douter.
[mg]

>> voir aussi : Palace Music, Dirty Three, Will Oldham

Hopper "Sunbelt"
(cd 4 titres – autoproduction)

Sans aucun doute influencé par les groupes indie rock mainstream, Hopper sort ici une très bonne carte de visite proposant une musique soignée et travaillée, malgré le manque de place consacré aux émotions. Basé principalement sur les deux chants de Dorothée et Aurélia, qui maîtrisent leur sujet sur la pointe des doigts, contrairement à de nombreux confrères, le groupe pourrait intéresser quelques majors… celles, du moins, qui n'ont pas peur d'entendre, derrière ce surplus de mélodies, et derrière ces voix évidemment placées au premier rang, les explosions électriques qui nous rappellent que Hopper s'attaque tout de même au rock à guitare. On aurait tout de même préféré, chez nous autres indépendants, un peu plus de finesse et de délicatesse dans tout ce déballage vocal parfois, malheureusement, à la limite du vulgaire. C'est le danger avec ces chants maniérés à outrance. On étouffe ! Ça joue, ça chante joliment, il y a d'excellentes idées, mais on attend impatiemment de voir ce qui va les différencier des autres groupes qui se bousculent à la porte des majors.
[mg]

>> voir aussi : Baby Chaos, Placebo, PJ Harvey

Jamie Lidell "Muddlin Gear"
(cd 12 titres – Warp)

Imaginez ces petits robots inépuisables qui avancent droit devant jusqu'à temps de rencontrer un obstacle, et à chaque impact, ils repartent indéfiniment dans une direction opposée. Imaginez ces machines dans un flipper géant ! Si vous arrivez à effectuer ce petit exercice, vous pouvez essayer de rentrer dans l'univers complexe de Jamie Lidell et de son premier album solo "Muddlin Gear". Mais attention, la chose n'est pas facile. Je me souviens de l'attaché de presse qui, si je ne me trompe, me présentait ce disque comme faisant passer Aphex Twin pour du Madonna ! Tout ça pour dire que la techno/house expérimentale de Jamie Lidell ressemble plus à une psychothérapie qu'à un disque pour dancefloor. Complexe en ayant pourtant peu de relief, cheap et pourtant bien remplie, la musique de l'anglais mélange les styles, détruit les mélodies, s'enfonce dans les limites de l'expérimental quitte à se perdre. Là où certains aiment arrondir les angles, Jamie accentue les cassures, dérange, et évite à tout prix le tube. Une façon de composer et de mixer pas évidente à suivre pour l'auditeur. Avis aux courageux, et peut-être bien aux anciens amateurs d'indus…
[mg]

>> voir aussi : Jami Lidell !


 

 

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