HITCH
"we are electric!"

(vlas vegas, Moonlee)
Hitch sont belges, et bien que peu connus en France, sortent ici leur quatrième album, après avoir partagés un split avec Haymarket Riot en 2003. Voilà douze ans que ce groupe évolue maintenant, et cela explique peut-être la maîtrise de ce disque. Les belges viennent en effet de nous pondre un très bon album digne de leur référence. Car, et c'est peut-être le seul petit défaut du groupe, on sent à plein nez les groupes qui doivent tourner sur leur platine. Mais peu importe, si "Get Out of this place" à de faux airs de Girls Against Boys ou que l'ombre de Unwound plane sur la plupart des titres (pour notre grand plaisir), les belges gardent malgré tout une identité propre, et on se laisse rapidement prendre par les rythmiques mid-tempo et les émotions à fleur de peau. Comme les groupes pré-cités, Hitch joue avec les codes originaires de Washington DC et de la famille Dischord pour y trouver ses propre éléments. Les notes persistantes et les boucles répétitives deviennent d'une implacable efficacité, une machine à hérisser le poil… Aussi à l'aise dans les longues plages calmes et torturées que dans les sursauts rock effrénés, Hitch renoue avec ce qui rendait Unwound si magnifique et si touchant. Et si les belges ne deviennent pas calife à la place du calife, ce n'est que pour les laisser être maîtres de leur propre royaume.
[mg]

••• Voir aussi : Unwound, Fugazi, Girls against Boys, This Ain't Vegas

 

www.fat-cat.co.uk

GIDDY MOTORS
"do easy"

(fat cat)
Ce son poisseux qui semble venir des bas fonds de Chicago, cette voix dérangée, cette basse tournante, cette guitare tranchante et malsaine… Ces cassures soudaines et cette énergie rock'n'roll… Ah, ce que cela fait du bien ! Giddy Motors sont bien au sommet de leur art sur ce premier titre ouvrant l'album. Malheureusement, si le groupe manie toujours à merveille le rythme lourd et l'arpège dissonant, ils ne sont toujours pas de Chicago (ils sont anglais), et ne se nomment toujours pas Jesus Lizard ! Tant pis pour le copyright de la recette. Sur la suite, le trio garde un peu plus de distance avec le groupe de Chicago sans pour autant oublier l'influence. Giddy Motors continuera, du premier au huitième titre, à s'amuser avec les contre-temps précis sur fond de musique sale et bruyante. La guitare n'aura de cesse de vous persécuter, à grands coups de dissonances aigues, d'arpèges malsains, et d'accords coupants. Vos tympans risquent de ne pas en sortir indemnes. Basse-batterie impeccable, lourd et précis, impossible de reprendre sa respiration. Les anglais ne sont pas du genre à vous lâcher. Ils seraient plutôt du genre à s'acharner, ne pas avoir de limites, et à frapper tant que vous bougez encore (le titre de conclusion, exercice servant à détruire ce qu'il reste de tympans semble-t-il, n'en est que la plus belle preuve). Mais à force, on perd un peu de la classe des maîtres, on se laisse aller à quelques notes limites et à un ou deux rebondissements fusions. A trop vouloir perturber l'auditeur, le chant peut lasser lui aussi, et le groupe perdre de son aura sur la longueur. Mais on sait ce que l'on vient chercher ici, et ce n'est, malgré le titre, certainement pas la simplicité. Pour ce qui est de la rage, du malsain, et de l'oppressant par contre, les londoniens ne sont pas les derniers !
[mg]

••• Voir aussi : Jesus Lizard, Headcleaner, Shellac

 

BRUME RETINA
"Linéaire des libres"

(recap / unbelivier)
Jamais la refonte d'un groupe n'aura été aussi positive. Gameness est mort, vive Brume Retina. Après le départ du chanteur et du batteur, les trois survivants gardent le cap en accueillant Tom, batteur de Lab° (et ancien DSB / K.ïman pour les plus vieux). Résultat, l'homme est aussi impressionnant dans son groupe electro-dub que dans cet exercice hardcore. Le groupe relève donc la tête et nous sort dans la foulée un impressionnant "Linéaire des Libres". Si le quatuor garde bien l'énergie typique de feu-Gameness, il prend son envol et déploie dorénavant une bien plus large palette de couleurs. Les chants, même si toujours trop braillés à mon goût, se posent plus et permettent aux compositions d'être moins chaotiques. L'aspect mélodique retrouve un droit d'entrée, ce qui n'est pas un mal quand on voit les baffes sonores que nous infligent les parisiens. On retrouve aussi les passages calmes, jolis moments postrock dans un univers de brutes. Et les gars maîtrisent à merveille ces ambiances posées… subtiles, travaillées, les accalmies deviennent des moments forts du disque qu'elles se permettent de rythmer. On notera aussi une orientation foncièrement plus rock, avec des passages catchy à souhait et des guitares particulièrement limpides. Bref, si Brume Retina continue de s'inscrire dans les codes screamo un peu vus et revus, avec ses alternances habituelles d'explosions braillées et de plans calmes, il accentue son aspect émotionnel en évitant de se cacher derrière un magma chaotique plus évident. Et croyez moi, le son rock, et les mélodies plus compréhensibles leurs vont à ravir.
[mg]

••• Voir aussi : Gameness, Amanda Woodward

 

www.broadcast.uk.net

BROADCAST
"the future crayon"

(warp)
A chaque fois que je me plonge dans un disque de Broadcast, qu'il s'agisse d'un nouvel album ou, comme ici, d'une compilation, je me retrouve comme perché dans un nuage cotonneux, à survoler la pop des années 60 ! Désolé, mais c'est ainsi. Et cette nouvelle compilation n'y coupera pas. L'ovni pop du label electronica Warp vous berce avec une délicatesse toute féminine du plus bel effet. Et même si cette compilation, qui regroupe principalement des titres parus sur des 45t (face B de Come on Let's Go), EP (Pendulum, Extended Play) ou des compilations (All tomorrow's Parties 01, We are Reasonnable People, etc.), ne présente pas obligatoirement le plus tubesque du répertoire du groupe, elle a le mérite de survoler 5 années de compositions (1998 à 2003) avec des titres moins connus. Du très bon et du plus moyen sont donc au rendez-vous, mais l'univers reste délicat et enthousiasmant tout du long. Certes, quelques titres de seconde division peuvent donner envie de décrocher par moment, mais quand reviennent des titres comme "Unchanging Window/Chord Simple" (14), nous ne pouvons que succomber. Leur univers à la croisée de la pop, du trip-hop, et du jazz garde son charme envoûtant et sa douceur typique. Bien entendu, cette douceur n'a rien de mièvre, ou d'easy-listening pour midinettes… A l'instar des sixties dont le groupe s'inspire plus que largement, Broadcast échappe aux routes linéaires, flirtant avec le minimalisme ou l'expérimentation par moment, travaillant avant tout l'ambiance, plus que le tube. Au final, dans son concept même, cette compilation s'adresse plus aux fans qu'aux novices à qui nous conseillons plutôt les albums du groupe, mais "The Future Crayon", malgré une pochette peu attirante, remplit malgré tout plus qu'admirablement son rôle.
[mg]

••• Voir aussi : Stereolab, Velvet Underground, Laïka, Pram

 

JORDAN
"s/t"

(motoneige / demo 3 titres)
On connaissait les gars bien éduqués, avec cette approche très indie rock américaine, au départ fan de Weezer puis s'orientant agréablement vers Pavement… En concert, avec l'énergie électrique des caves enfumées, cela devenait agréable. Mais en 2006, Jordan a décidé de ne plus repasser ses chemises, et de montrer un peu plus de tempérament. "Dead echo", le morceau d'ouverture en est un bel exemple ! Leur indie-pop se fait plus sale et plus brute. Les gars poussent la saturation, et maltraitent gentiment les cordes vocales. L'école indie-rock de Milemarker ou Les Savy Fav a remplacé les vieux de Pavement. Et la nouvelle donne leur va plutôt bien, même si les parisiens refusent de sortir des sentiers battus. On sent encore des tâtonnements, des voix limites, des guitares simplistes ou quelques faux pas rythmiques, mais en général, ces maladresses rendent la démo plus vivante, et plus touchante. Bref, nous ne sommes pas en face d'un groupe solide et imparable, mais leur fragilité est agréable et convient au style noisy de leur musique. On regrettera juste quelques facilités moins attrayantes, comme le début de "Automatic" (avec son chant At The drive In) qui donne l'impression que le groupe reste trop campé sur le tube radio, et le délire pop dansante… Hors, à mon avis, sa force se trouve ailleurs. L'avenir nous le dira.
[mg]

••• Voir aussi : Les Savy Fav, Engine Down, Pavement, Liars, Milemarker

 

VIRGA / LUNT
"baxendall"

(unique)
Encore un disque que nous avons oublié de chroniquer à sa sortie il y a bien longtemps maintenant (2004). Pourtant, cet album, issu de la rencontre de Virga et de Lunt mérite qu'on y revienne car le résultat montre une belle réussite en matière de musique à tendance électronique. Partant d'une electro froide, beat martial et ambiance sombre, les deux compères s'égarent vers des contrées souvent noisy, d'autre fois plus planantes… Si les beats, très urbains, peuvent rappeler certains groupes electro allemands des années 80, avec ce son très dur, les montées soniques nous renvoient aux guitares de Sonic Youth… Le mélange est souvent réussi. Même quand la guitare s'offre quelques arpèges, ce n'est que pour être plus malsaine. Bref, que cela soit les compositions communes ou les remixes de l'un par l'autre, ce disque développe une identité propre, angoissante et oppressante comme il se doit. Avis aux amateurs.
[mg]

 

 

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