www.avalancheinc.co.uk

JESU
"silver"

(Hydrahead - 4 titres)
Après la retentissante mise en avant du nouveau projet très personnel et abouti de Justin Broadrick avec un excellent premier album eponyme sorti en 2005, on peut se réjouir de retrouver ce workaholic toujours en forme sinon plus encore. D'autant que ce 4 titres s'avère très frais. Dès la première écoute le constat est intéressant: Jesu ne s'enferme pas, le groupe est là pour avancer, pour explorer. Et fait non négligeable, il s'affranchit encore plus de l'influence massive d'un Godflesh encore trop vivant sur le premier jet. Alors bien sur les mûrs de guitare restent en place pour continuer à supporter l'architecture de ces cathédrales sonores impressionnantes mais l'electro s'affirme avec élégance ("silver"). La voix apaisée de Broadrick est plus vaporeuse et légère que jamais. Avec pourtant un beat soutenu, un titre comme "star" affiche clairement son côté pop. "Wolves" emprunte les chemins de traverse déjà creusés par les écossais de Boards Of Canada. Toutes ces remarques font donc forcément naître des constrastes intéressants puisqu'il est un fait avéré que Broadrick aime la puissance et les charges disons...'heavy'. Le résultat est passionnant. Parfaitement équilibré et maîtrisé. Avec plaisir on savoure cette densité dans le son. Et quel autre titre peut le mieux illustrer cette quête obsessionnelle que "dead eyes"? Cet instrumental est en effet l'exemple type du talent de Broadrick. Le morceau se façonne couche après couche, détail après détail. Selon la technique de l'empilement méticuleux et riche "dead eyes" expose une texture sonore qui relève presque de l'impressionnisme. Tableau remarquable. Prochaine toile prévue par le maître début 2007. Jesu, nous te serons fidèles.
(chRisA)

••• Voir aussi : Godflesh, Boards of Canada

 

THAT FUCKING TANK
"Day of death by Bono Adrenalin Shock"

(jealous records)
Après nous avoir fait découvrir This Ain't Vegas, puis les excellents Bullet Union, Jealous Records s'ouvre au mathrock décomplexé avec That Fucking Tank. Le duo de Leeds y va de sa complexité furieuse, de ses boucles qui tournent, et de son obligatoire (style oblige) absence de chant. Mais attention, si les gars jouent de la calculette pour construire leurs morceaux, le petit intello a ici les lunettes broyées par une énergie violente et crado. Que les choses soient claires, on n'est pas là pour faire dans la finesse. Les gars nous avaient prévenus avec leur nom ; même s'ils n'ont pas la folie d'un Lightning Bolt (à qui ils sont souvent comparés), les anglais, plus proches des américains de Oxes, sont là pour lâcher les chevaux et faire couler la sueur dans le bas du dos. Et l'exercice est remplit. Étrangement, le titre "the freedom of Music" vient déstabiliser l'auditeur, et reposer le cerveau, avec une approche très pop-punk comme peuvent parfois le faire Nomeansno (ou Hanson Brothers)… c'est un des seuls moments de l'album (1 minute 40) où on retrouve quelques bribes de chant. Puis le groupe revient à son exercice mathrock. On commence malheureusement à avoir un peu l'habitude de ce genre de disque, ce qui enlève la surprise des premiers défricheurs… mais pour ceux qui ne sont pas lassés, ce putain de Tank maîtrise le sujet avec une approche noise rock bien plaisante.
[mg]

•••• Voir aussi : Oxes, Shellac, Lightning Bolt, Chevreuil, Room 204

 

KID CONGO POWERS
"solo cholo"

(trans solar)
L'album qui sort aujourd'hui est en fait une compilation de morceaux composés ici ou là durant une période de vingt ans (même si la plupart des titres ont été composé durant les dix dernières années). Le Kid s'entourant d'amis voire de groupes différents selon les titres. Mais revenons sur le personnage, car chroniquer un disque de Kid Congo, c'est avant tout revenir sur l'histoire d'un musicien habitué à être crédité sur bon nombres de disques. L'homme est principalement connu pour ses participations aux Bad Seeds de Nick Cave, au Gun Club ou aux Cramps. Il n'y a pas à discuter, c'est un CV qui a de la gueule. Malheureusement, Kid Congo n'a jamais été le meneur de ces groupes, la tête pensante. Du coup ce n'est pas en face d'un album digne de son passé que nous nous retrouvons. Pas qu'il soit mauvais, bien au contraire, mais vous n'y trouverez pas le génie des groupes qui ornent son CV. D'autant plus que le concept même de compilation de titres étalés sur vingt ans ne rend pas l'ensemble très cohérent. On passe de l'ambiance cabaret choyée par Nick Cave à une noise sombre sans aucune transition. Les invité, et les backing bands se succèdent avec plus ou moins de réussites… La liste serait trop longues à énumérer alors citons juste Barry Adamson de Magazine, Robin Gutherie de Cocteau Twins, Marcia Schofield de The Fall ou encore Lydia Lunch. Et si cet excès d'éclectisme rend l'album difficile d'approche, il serait dommage de passer à côté de quelques pépites trouvées durant l'écoute de cet album ; Je parle par exemple de "Power" (2002) avec le groupe Botanica (voir la chronique de leur album sur ce site) qui flirte avec Black Heart Procession ou les Bads Seeds ; de "Parts Unknown" (1993) avec Die Haut et Lydia Lunch qui nous plonge dans une noise sombre que les noms évoquées rappellent inéluctablement ; ou de "Plunder the Tombs/Headbolt" (1985) avec The Fur Bible qui nous renvoient au post-punk glauque de l'époque. Trois titres (quatre sachant que le dernier englobe deux titres) qui méritaient bien d'être déterrés de leur cimetière… Pour le reste, du plus ou moins bons (la tendance cabaret sombre étant majoritaire), qui s'écoute sans réel soucis mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable.
[mg]

••• Voir aussi : ses autres groupes et ses nombreux invités !

 

ENVY
“Insomniac Doze”

(rock action)
Les puristes du hardcore screamo risquent d’être déçus. Le groupe japonais poursuit en effet son évolution, prenant peu à peu ses distances avec ce genre dont il était pourtant l’un des fers de lance. Sans toutefois le renier . Mais avec la volonté clairement affichée d’explorer de nouveaux territoires. Des territoires en partie découverts par les éclaireurs Mogwaï. Car si l’on retrouve Envy sur Rock Action, le label des écossais, ce n’est pas un hasard. Il semble y avoir de plus en plus de ponts jetés entre les deux groupes. Ils collaborent, échangent et, bien sûr, s’influencent mutuellement. Ainsi n’a-t-on pas été surpris de voir que Tetsuya Fukagawa avait écrit et chanté (ou plutôt parlé) les paroles de “I Chose Horses”, morceau apparaissant sur “Mr Beast”, le dernier album de Mogwaï.
Dans sa quête d’émotions fortes, le quintet nippon reste adepte des explosions soniques et de chants hurlés qui vous prennent aux tripes. Mais il laisse entrer de plus en plus de passages calmes et mélancoliques dans ses morceaux, donnant ainsi davantage de profondeur et de contraste à sa musique. Ces plages plus contemplatives, menées par des arpèges de guitare (rappelant l’emo-pop de Mineral) parfois appuyées par des synthés, montant progressivement en tension confèrent, je trouve, encore plus d’intensité aux explosions qui suivent.
Et la palette d’émotions du groupe s’en trouve élargie. Rarement un chant aura été aussi habité, aussi pénétrant. Il ne conte pas la tristesse, la colère ou le désespoir. Il les ressent. Il les vit.
Très sincèrement, je pense que cette évolution était nécessaire si le groupe voulait éviter de s’auto-parodier. Ce superbe “Insomniac Doze” prouve qu’ Envy a su se renouveler, sans oublier son passé (j’insiste), avec brio et pourrait réconcilier fans d’emo, de screamo et de post-rock.
[sullivan]

••• Voir aussi : Neverending, Mogwaï, Mineral

 

euphraterecords.free.fr

BILLY MAHONIE
"s/t"

(euphrate)
Qui se souvient encore de Billy Mahonie ? Ce groupe anglais avait eu sa petite heure de gloire il y a quelques années, au moment de l'apogée du postrock. J'avais moi-même succombé à l'album "the big dig" sorti en 1999, puis leur passage chez Southern en 2001 avec l'album "what becomes before" avait confirmé nos espoirs (sans en ajouter). Du bon post-rock, avec cette touche très "billy mahonie"… Et voilà que le label Euphrate, qui semble en pleine forme ces derniers jours, nous offre 4 longs titres enregistrés pour une radio étudiante anglaise. Dès le premier titre on reconnaît leur touche si particulière, ces mélodies de guitares si typiques, ce groove particulier… Normal, l'enregistrement date de 2000 (un an avant leur dernier album). C'est donc un petit moment agréable que nous offre l'écoute de ce maxi… Quatre titres rappelant les atouts de ce groupe oublié qui croisait idéalement le postrock et ses dérives jazzy avec quelques mélodies de guitares plus noisy. Un postrock qui se veut particulièrement humain et chaleureux en fait, contrairement à beaucoup d'autres. Le groupe n'avait malheureusement pas un charisme suffisant pour passer au travers du désintérêt croissant du public pour le postrock, dommage… Mais les anglais possèdent pourtant bien ce petit quelque chose qui nous donne toujours envie de les soutenir. Reste à savoir ce que le groupe devient aujourd'hui. Il semblerait qu'il est sorti une compilation de singles édités entre 98 et 2000, puis sorti à nouveaux quelques titres ici et là dernièrement…
[mg]

••• voir aussi : Tortoise, Trans AM, Paul Newman, Golden

 

www.midlake.net

MIDLAKE
"the trials of Van Occupanther"

(Bella Union/World's Fair)
J'aime beaucoup les groupes qui vivent dans leur bulle. Dans leur propre son. Dans leur poésie. Dans leurs envies tout court. Loin de tout effet de mode ou de la moindre ouverture opportuniste. Midlake appartient à cette famille de groupes iconoclastes qui ne toucheront jamais qu'une poignée de fidèles et de curieux. Dommage mais c'est souvent la rançon d'une créativité obstinée et trop sincère. Originaire de Denton au Texas, le quintet s'est à nouveau enfoncé dans sa forêt magique pour pondre une sorte d'ovni pop où on peut croiser autant Christopher Cross, The Eagles, Neil Young, Radiohead que Grandaddy. Un parfum fin seventies début eighties flotte en effet tout au long de l'album. Ces guitares typées, cette instrumentation avec l'utilisation fréquente d'une flûte, de cordes, de cuivres ou synthé discrets. Bizarre. Et puis en même temps ce chant qui nous fait souvent penser à Thom Yorke. Bizarre...et pourtant. Ces textes écrits dans un esprit conceptuel où Tim Smith relate les aventures de son personnage fictif, l'homme doré de la pochette: Van Occupanther. Bizarre...et pourtant. Dans ces ambiances forestières et pastorales calmes et parfumées tout pousse à la réflexion. On y parle de branches, de chasse au cerf, de bandits embusqués, d'une communauté d'un autre siècle éloignée de la civilisation. Bizarre...et pourtant tout concourt à donner un grand et bel album aux saveurs mélodiques simples et reposantes. Chaque chanson se déguste comme une balade dans les bois où le bruit de nos pas sous ces feuilles qui craquent nous suffit. Où le crépitement d'un bon feu de camp sous des arbres dénudés nous contente d'un rapport simple avec la nature. Avec un brin de nostalgie mais sans mélancolie dévorante, on avance dans ce cd comme si on découvrait un nouveau monde...toutefois sans le lyrisme d'un Terrence Mallick je vous rassure. Cet album est un excellent bol d'air frais et il permet à Midlake de s'affirmer comme les nouveaux Kings Of The New Pop Age. Promenons-nous dans les bois…
(chRisA)

••• Voir aussi : Grandaddy, Iron and Wine, Radiohead

 

BONNIE 'PRINCE' BILLY
“The Letting Go”

(domino)
Depuis Palace et Palace Brothers, Will Oldham s’est fait une spécialité de brouiller les pistes, s’aventurant là où on ne l’attend pas, pour ensuite mieux revenir à ses amours folk sombres. Car l’homme semble craindre une chose par dessus tout : se répéter. Cette volonté d’avancer et de collaborer avec d’autres musiciens a déjà donné naissance à de petits bijoux, tel le magnifiquement mélancolique “I See a Darkness”, sommet dans la discographie de notre troubadour. Mais aussi à des disques à l’inspiration plus qu’inégale, pour dire les choses gentiment…
Alors quid de “The Letting Go” ? Fruit d’une retraite islandaise, cet album nous montre un Bonnie ‘Prince’ Billy plus serein et apaisé que sur les précédents albums. Les morceaux y gagnent en lumière sans toutefois perdre trop d’âme. Car Bonnie a cette fois décidé de se concentrer sur les voix, laissant le soin à son frère et à d’autres d’assumer les instruments. Grand bien lui en a pris. On connaît en effet l’importance du chant, très mis en avant dans le mix, dans ses compositions. Ici soutenu par la jolie voix caressante de Dawn McCarthy, il fait souvent des merveilles, apportant beaucoup d’émotion et de souffle aux morceaux. Quant à la musique, il serait trop réducteur de la classer dans le rayon folk. Parfois très dépouillée (comme souvent chez notre homme), avec une unique guitare acoustique en guise d’accompagnement (comme sur “The Letting Go”), ou plus nerveuse (“The Seedling”), elle voit des arrangements de cordes venir perturber l’organisation habituelle des morceaux, souvent à-propos d’ailleurs, car violons, violes et autre violoncelle sont utilisés avec parcimonie.
Et si la deuxième partie de l’album est certainement moins inspirée, on tient tout de même là du bon Will Oldham. L’air frais d’Islande, probablement…
[sullivan]

••• voir aussi : Palace, Palace Music, Palace Brothers, Will Oldham

 

LOOKING FOR JOHN G
"Rosse"

(distile)
Putain, ce disque a été enregistré dans la ville de banlieue où j'ai passée la plupart de ma pré-adolescence, dans une école où j'ai passée quelques soirées étranges, et où il n'y a habituellement aucune trace de musique actuelle ! Je sais, tout le monde s'en fout, mais je n'y peux rien, ça m'a fait tout drôle ! Mais revenons au Looking For John G. Les parisiens sont du genre à avoir bouffé de la référence, plutôt du côté de Chicago si vous voulez mon avis. Leur démo avait déjà planté le décor, mais ce 6 titres dessine un projet plus clair encore. Si le trio garde une approche quelque peu confuse, il éclaircit son jeu, et accentue ses choix. Toujours à la limite entre un désir mélodique et quelques dissonances déstabilisatrices, le trio parisien rassure autant qu'il dérange. Ni vraiment excentrique, ni vraiment mélodique. Parfois, l'ambiguïté fonctionne, devenant une partie intéressante de leur personnalité (un peu comme Shellac sur son dernier album), parfois elle donne l'impression que tout cela n'est pas encore bien définit. Pourtant, on sent d'excellentes idées, quelques plans de guitares dissonants et inspirés, des rythmiques bien allumées, et des basses qui soutiennent le tout avec intelligence, mais malheureusement, j'ai l'impression qu'on arrive jamais au bout de l'idée, de ce qu'elle pourrait nous offrir. Les structures restent encore trop complexes pour ce que les morceaux ont à donner. Le chant qui a lui aussi de bons passages peut parfois manquer d'un peu de force, et rendre par la même l'ensemble un peu bancale. Au final, le groupe semble pleins de possibilités, avec des références qui nous font saliver, mais il manque parfois dans l'application le fait d'aller au fond des choses, et sans doute un peu de ressenti… Du coup, malgré de bonnes idées, l'auditeur risquent de s'y perdre. Mais ne soyons pas ingrats, en tant que premier maxi, ce "Rosse" fait office de jolie carte de visite pleine de promesses pour un futur album.
[mg]

••• Voir aussi : Shellac, Gatechien

 

TRIOSK
“The Headlight Serenade”
et
Adrian Klumpes
“Be Still”

(leaf)
Les premières mesures de “The Headlight Serenade” nous laissent penser que l’on va de nouveau avoir droit à l’un de ces albums que la vague post-rock a déversés en nombre sur nos rives ces dernières années. Et on pourrait donc être tenté d’arrêter là notre rencontre avec Triosk. On aurait tort. Car la démarche de ce trio a le mérite d’être originale. Entre free jazz et musique contemporaine, elle propose à l’auditeur de partir en voyage à la rencontre d’horizons nouveaux. C’est souvent le piano ou un orgue qui initient les dynamiques, soutenues par une batterie inventive très jazzy qui utilise surtout cymbales et charleston. Une basse est là, discrète, prête à souligner certains passages ou à accompagner des moments forts. Et des samples ou des percus viennent parfois en renfort.
Quelque part entre Tortoise, Man ou Fontanelle, la musique de Triosk est vraiment très suggestive et, pour peu qu’on lui accorde l’attention nécessaire, vous emmène loin de votre quotidien pendant près d’une heure. Pas forcément facile d’accès, “The Headlight Serenade” n’est bien sûr pas le genre d’album que l’on écoute en boucle tous les jours. Mais on est reconnaissant à Triosk de faire exister ces véritables paysages sonores, un peu contre vents et marées, à mille lieues des modes actuelles.
Ceux qui aiment ce genre de démarche peuvent se pencher sur “Be Still”, album solo de Adrian Klumpes, le pianiste de Triosk. Le trip est sensiblement le même mais en plus radicale encore puisque l’instrumentation est plus minimaliste et dépouillée : un piano, ou plutôt des boucles de piano, accompagnées de bidouillages électroniques.
[sullivan]

••• voir aussi : Man, Fontanelle, Tortoise

 

 

 

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