KIT
"broken voyage"

(upset the rythm / southern)
Les américains de Kit font partie de cette nouvelle génération de groupes US, frais, bordéliques et créatifs. Ce premier album nous offre un beau bordel que la folie des mélodies et l'aspect ludique du chant féminin rend particulièrement attachant. La cacophonie ambiante laisse entrevoir une douceur pop bancale proche de Deerhoof… ce même goût pour les mélodies enfantines et les pieds de nez bizarroïdes. Mais Kit sait aussi rendre son bazar tout excité, à grand coup d'énergie punk débridée. Les chansons prennent alors de faux airs de tubes riot girl… qui ne tardent pas à être perturber par diverses sonorités désaccordées… Pas du genre bien ordonnés les quatre de Kit, mais follement attachants !
[mg]

••• Voir aussi : Deerhoof, Bikini Kill, The Good Good, Yeah Yeah Yeahs

 




JESU
"conqueror"

(Hydra Head)
Conquérant sur les trois premiers morceaux... Feignant et irritant sur les cinq autres ? Une façon peut-être un peu simple de résumer le deuxième album de Jesu forcément décevant après l'enthousiasmant et prometteur 'Silver', le e.p de l'année dernière. Justin Broadrick combine toujours à merveille loudeur et légèreté. Entre la pesanteur; cette force qui entraîne les corps vers le centre de la Terre et l'apesanteur, celle qui libère pour s'envoler loin et haut. Un shoegazing livrant donc encore toutes les subtilités d'un travail pointilleux. Un 'skygazing' pour s'évader et méditer entre, au-dessus, en-dessous de ces couches sonores. Appuyées par une rythmique de plomb et des nappes synthétiques de plumes, les mélodies simples, qui exploitent tout l'espace, prennent toute leur valeur dans l'ampleur que Broadrick leur donne. Tandis que lui et sa voix posée de jeune communiant font le reste (on craint encore le pire en concert...). 'Weightless and horizontal', avec son incantation urticante est une musique d'église très cucul. 'Brighteyes' est inintéressant et transparent. Dans cette lenteur planante qui l'enveloppe, cet album s'essouffle peu à peu. Les morceaux élastiques s'étirent inutilement. 'Conqueror' nous laisse progressivement dans un paysage sonore sans relief et sans grande perspective et pourtant le début est vraiment captivant. Dommage, car même avec une approche plus accessible voire 'pop', qui semble faire drôlement réagir les admirateurs purs et durs de Justin… héhéhéhé, Jesu est capable de mieux. Entre le cœur de notre planète et les airs...on peut aussi garder les pieds sur terre… et voir loin.
(chRisA)

••• voir aussi: My Bloody Valentine

 




www.avalancheinc.co.uk

LOW
“Drums and Guns”

(sub pop)
Huitième album pour ce groupe qui s’est ingénié depuis sa création à ralentir le tempo le plus possible et à livrer des hymnes tristounets à en pleurer. Depuis 2 albums, le couple Sparhawk/Parker a quelque peu changé de recette. Point de révolution cependant. Car on retrouve en effet cette instrumentation toujours très dépouillée, faite ici d’un vieux synthé dépressif, là de discrets beats électros ou de guitare légèrement saturée. Car l’essentiel est ailleurs. Dans les voix. Des voix véritablement habitées. Sparhawk et Parker ne chantent pas. Non, ils incarnent le spleen, la mélancolie. Ils sont la tristesse, le désespoir. Magnifiques d’expressivité, ces voix se croisent, se soutiennent, se répondent, jouent. Sans en faire des tonnes. Tout en sobriété et en retenue.
Cela donne un album étonnant, hors normes et assez inclassable avec quelques moments carrément magiques comme sur “Breaker” et son synthé hypnotique, son chant lumineux et son atmosphère envoûtante. Un morceau beau, tout simplement. Le reste de “Drums and Guns” est à l’avenant : avec une étonnante économie de moyens, Low nous démontre avec brio que l’on peut faire une musiques simple et touchante à la fois.
[sullivan]





LADYFINGER(NE)
“Heavy Hands”

(saddle creek)
La peinture de la pochette, superbe, plante clairement le décor. Les Ladyfinger(NE) ne sont pas vraiment là pour rigoler ! Les premières notes de l’album le confirment. En 10 morceaux et moins de 30 minutes, ce quatuor américain du Midwest nous envoie à la figure ce qu’il a à dire. Et cela ressemble à un déversement de bile, à un cri de révolte, à de la colère tant le chanteur passe son temps à s’égosiller. D’ailleurs, c’est bien la voix que l’on remarque en premier chez ce groupe. Mais pas pour les raisons que l’on pense. Mais plutôt parce qu’à la première écoute, il paraît être le point faible du combo. Assez mis en avant dans le mix, il semble cependant, de prime abord, manquer de coffre, de force pour porter ce post-hardcore rentre-dedans mais néanmoins mélodique. Pourtant, on s’habitue petit à petit à ce chant forcé, à la limite de la rupture et on en vient même, finalement, à apprécier sa singularité. Côté musique, on sent qu’un groupe comme These Arms Are Snakes a dû marquer Ladyfinger(NE) même si les morceaux de “Heavy Hands” sont souvent plus sages et que leur format est plus académique. La section rythmique ne fait pas de fioritures : parfois lourde, elle est avant tout efficace car ce sont bien les guitares, tantôt agressives, tantôt mélodiques qui emmènent les morceaux et les font naviguer entre post-hardcore, indie-rock, voire punk-rock.
Certains riffs manquent parfois d’originalité et l’ensemble est un peu inégal mais cet album est tout de même une jolie découverte.
[sullivan]

••• Voir aussi : These Arms Are Snakes

 



V/A
"Manifeste Electronique Volume 1"

(Uncivilized World / Folklore de la Zone Mondiale)
Autant l'avouer, les Bérurier Noir ont compté dans ma jeunesse, et j'écoute encore avec plaisir leurs premiers disques. Des disques sombres, minimalistes, véritablement nouveaux pour l'époque… Les disques des Bérurier NOIR (Nada, Macadam Massacre...), pas ceux des Bérurier Clowns d'après. Alors quand le label techno Uncivilized World m'annonce la sortie de cet "hommage du mouvement électro-alternatif à Bérurier Noir" (difficile de faire plus pompeux !), ma curiosité prend le dessus. Certes, les albums sortis par le groupe après leur reformation sont sans intérêt, mais que donnerait l'alternatif punk du groupe à la sauce techno ? La question méritait d'être posée. Ça commence avec "Mineurs en Danger" remixé par Le Peuple de l'Herbe dans une version assez personnelle, loin de l'originale, mais pas très convaincante au finale… On retrouve la froideur du duo avec "Les Rebelles" qu'ont choisi Manu Malin et Dr Macabre. On savait Manu Le Malin ancien punk, et on sent bien l'homme proche de l'original… Le remixe n'apporte pas grand chose, mais on est heureux d'entendre ce morceau. Puis on continue avec "Macadam Massacre" sauce electro par Signal Electrique et Human Toys… ça fonctionne… FKY lance "La Mort au choix" dans sa version originale avant de l'agrémenter de sons étranges… On retrouve l'humeur Béru, ça me va… Bon, je ne vais pas faire la liste de tous les morceaux… En général, les titres ont surtout été pris dans "Concerto Pour Détraqué", à quelques exceptions près, et en dehors de "L'Empereur Tomato Ketchup" choisi par Micropoint et "On en a marre" choisi par Elisa Do Brasil + DJ Ben, les choix auraient pû être pire. On regrettera tout de même l'absence de "Nada" ou des "Bûcherons" (contre deux versions de "Vive le Feu" et de "Vivre Libre ou Mourir"), mais peu importe. Pour ce qui est des remixes, certains s'envolent loin des originaux (parfois très loin) mais s'en sortent rarement avec les honneurs, alors que d'autres se la jouent plus basiques avec une révision techno ou electro des versions punks… moins de risque, les morceaux ont déjà fait leur preuves. Je retiendrais tout de même le "Petit Agité" de Sayag Jazz Machine, et son aspect electronica étrange, pas si loin d'un Aphex Twin ; le "Renard dans la Porcherie" (un remix de "Porcherie" et du "Renard") par Interlope, et le très hardcore "Cyberurier" (remix du "Renard") par Heretik System (rien d'exceptionnel, mais une bonne dose d'énergie et un petit clin d'œil à Lucrate Milk). Déception par contre du côté de Micropoint connu pourtant pour leur approche minimaliste (confirmé ici) mais leur amour du duo punk les laissent trop proches d'un morceau pourtant loin d'être le meilleur des Bérus (erreur de choix ?)… Notons aussi un choix très sombre et planant pour Punish Yourself (mais qui ressemble plus à un interlude qu'a un remixe) et la repise de "Vivre Libre ou Mourir" par Popof et Josselyn Syllard (seul morceau plus chanson que electro) qui ont le mérite de sortir du lot (à défaut d'autre chose).
Au final, les remixes s'enchaînent assez facilement, mais le résultat, sans être mauvais, est rarement à la hauteur du projet. Jamais les Bérurier Noir n'auront été aussi bons que quand le groupe jouait en formation serré, guitare/chant/boite à rythme. Ambiance minimaliste et suicidaire. Le saxo, les nez de clowns et le gros son n'ont fait que perdre de sa force au duo… il était évident que les remixes modernes à grand coups d'ordinateurs boostés n'apporteraient pas grand chose aux mélodies trop simples du groupe. Et peu l'ont compris. Peu ont choisi la simplicité, le minimale… Dommage. Cela étant dit, les amateurs des DJ et autres groupes techno présents ici prendront sans doute leur pied, en découvrant indirectement le duo punk des années 80, et c'est, je pense, le but premier de cette compilation. Notons une pochette illustré par Luz mais une absence de livret. Dommage quand on connaît les disques du groupe alternatif… en attendant, ça m'a donné envie de ré-écouter leur split avec Guernica !
[mg]

 



SABO
“8 saisons à l’ombre”

(ruminance)
Armand Gonzalez, Virginie Peitavi, Rémi Saboul : sur le papier, le line up a de la gueule. 2 ex-Sloy, un ancien Drive Blind, on pense aussitôt à un album qui mêlerait la folie, la spontanéité, l’énergie du premier groupe au talent mélodique et à l’émotion du second. Oui, sauf qu’avec Sabo (à ne pas confondre avec Sabot, groupe tchèque si je me souviens bien, qui avait sorti 2 ou 3 albums sur Vicious Circle il y a quelques années), on est très loin de l’univers de ces deux ex-poids lourds de la scène indé française. Et les anciens fans devraient être plutôt surpris à l’écoute de ce “8 saisons à l’ombre”. A moins qu’ils n’aient suivi le parcours post-Sloy d’Armand Gonzalez, et qu’ils ne sachent que notre homme a tourné avec Miossec et qu’il a été son guitariste sur 500 dates. Car c’est bien de chanson dont il s’agit ici. Une chanson parfois iconoclaste teintée de folk ou de bossa nova sur laquelle le chant, en français, d’Armand fait souvent planer un décalage, un second degré fort bien venus mais de chanson tout de même.
Soyons francs, Sabo ne va pas nous faire devenir accros au genre mais “8 saisons à l’ombre” est un exercice de style plutôt réussi qui peut offrir une récréation agréable.
[sullivan]

••• Voir aussi : Pascal Comelade, Miossec

 



 




   

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