MYRA LEE
"2"

(theatre / rejuvenation / la machoire)
Le trio poitevin revient en force avec cet album sobrement intitulé "2", comme s'ils se prenaient pour Led Zeppelin ! Mais la comparaison s'arrête là ; Myra Lee est plutôt du genre bûcheron. Les trois continuent donc leur folle aventure au pays du bruit hardcore et de la violence noise, sans la moindre paillette à l'horizon… Plus encore que sur leur premier essai déjà fort remarqué, le groupe offre ici un album compact, simple et efficace. Pas si loin du premier, mais plus abouti peut-être, plus cohérent. Les voix sont plus dans la musique, laissant aux instruments toute la place qui leurs revient. Et de ce côté là, le groupe sait se faire entendre. Pour ceux qui ne connaissent pas, disons que Myra Lee, c'est le crust expliqué aux emo kids… c'est Motorhead donnant des concerts dans les squatts allemands, mais c'est aussi, malgré tout, un peu de finesse dans une boucherie noise, et peut-être même un peu de Fugazi dans un camp de punks à chien… oui, tout ça à la fois… Noir comme leur pochette (superbe), et intense comme le noir de leur pochette ! Car derrière cette furieuse envie de tout détruire se cachent des trouvailles rythmiques moins primaires qu'il n'y paraît, de belles dissonances, quelques ambiances mélo, et même de jolies surprises comme l'apparition de Sam d'Epileptic sur "vivre et penser comme des porcs", de Greg Theatre sur "la Bête sous l'eau" (moins facile à reconnaître), ou encore cette interlude très "un poquito senior" ! Bref, un passage au deuxième album parfaitement opéré, qui garde la pression hardcore et le côté brut propre au groupe, en ajoutant une dimension plus noise, et sans doute plus mélodique… Certains diront que l'album est un peu court, mais je ne suis pas sûr que le style supporte plus. Une réussite sans esbroufe en somme.
[mg]

••• voir aussi : Ten Volt Shock

 


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ABSINTHE (PROVISOIRE)
“Alejandra”

(distile)
Absinthe (provisoire) va avoir du mal à échapper à l’étiquette “post-rock”. Non pas que cet album en soit une caricature. Bien au contraire. Mais plutôt parce que la démarche artistique de ce groupe ne correspond pas à un genre bien recensé, à une catégorie musicale bien précise. Certes leurs morceaux sont longs (4 pour une durée totale de 60 minutes) et c’est ce qui va les rapprocher du genre devenu un peu trop fourre-tout précédemment cité. Mais le fond est bien plus complexe que cela. Si Absinthe (provisoire) utilise les instruments classiques du rock, il partage néanmoins avec Godspeed You Black Emperor! cette volonté de prendre son temps pour installer des ambiances, pour aller et venir entre calme et tempête, sérénité et désespoir, mélodie et explosion. Avec pour but la recherche de l’émotion, quand bien même elle est extrême. Ce qui explique ce mélange de passages chantés très poétiques (façon Innocent X, comme au début de “Kocka”), de séquences bruitistes dignes de A Minor Forest, de plages atmosphériques planantes ou d’accélérations épileptiques déjà entrevues chez Ulan Bator, au sein d’un même morceau
Tout cela fait d’ “Alejandra” un album exigeant pour l’auditeur car souvent sombre et torturé et dont l’écoute peut s’avérer éprouvante pour les nerfs sur la longueur mais ô combien nécessaire : sa singularité et sa sincérité font plaisir à entendre.
[sullivan]

••• voir aussi : Godspeed You Black Emperor, Ulan Bator, A Minor Forest, Innocent X

 



JORDAN
"back to the gym, kid!"

(motoneige rds)
Et bien, en partant enregistrer ce 6 titres au Canada avec Howard Bilerman (GSYBE!, Arcade Fire…) et Brian Paulson (Slint, Mates of State…), les parisiens de Jordan se sont fait plaisir ! Le résultat avec son joli son de pièce ne déçoit pas… Brut de décoffrage mais loin d'être cheap. Le maxi s'ouvre avec un "The Game of Jenga" particulièrement proche de Q and not U, influence que nous pourrons trouver, plus ou moins discrètement, tout au long du disque. OK, parfois vraiment trop, mais je pense qu'ils le savent. Les déhanchements dansants sont agréables, l'approche indie rock réussie, les petites crises d'épilepsie noisy surprenantes, et pour couronner le tout, l'ambiance live est un parti pris intéressant. Mais plus on est proche de l'excellence, et plus on en demande ! Et tout cela donnerait un 6 titres idéal si quelques légers défauts ne venaient pas ternir l'ensemble. En fait, plus que de défauts, je devrais parler d'envergure. Jordan franchit un cap avec ce disque ; certains titres, certaines mélodies, certains plans sont excellents… mais le trio n'a pas toujours l'envergure nécessaire pour faire décoller l'ensemble vers d'autres sphères. Parfois le chant passe à côté, et d'autres fois, le groupe se laisse aller à quelques facilités pas toujours à la hauteur. Pourtant, si on se place au niveau de la scène indé française, ce "back to the gym, kid!" place le groupe dans les formations intéressantes à surveiller… mais à l'écoute de ce disque, au demeurant fort réussi, on aurait rêvé de les voir dépasser ce stade auquel de trop nombreux détails les ramènent sans cesse… Dommage, car le potentiel est là. Mais je n'aimerais pas finir cette chronique en jouant la fine bouche, préférant rappeler les petites perles qui se cachent dans ce 6 titres.
[mg]

••• Voir aussi : Q and not U, Les Savy fav




PORT-ROYAL
"flares"

(resonant)
Dans la famille post-rock, je voudrais les contemplatifs… Les italiens de Port-Royal sont marrant comme du Godspeed you Black Emperor!, c'est vous dire. Et pourtant leurs ambiances planantes à mi-chemin entre le post-rock des uns et l'electro des autres me plaît bien. Oh, personne ne tombera dans le panneau de la promo, disant qu'ils sont difficiles à cataloguer, et tout le tralala ; Port-Royal est tout sauf original. Mais peu importe. Leurs nappes de sons et leurs échos donnent à ce disque sortis il y a quelques temps maintenant, de belles couleurs. Comme souvent avec ce genre dans lequel tous les angles ont été polis, on en attend guère plus qu'une belle ambiance sonore, en fond, pendant laquelle vous pouvez vous laisser aller à divaguer, consommer des substances illicites, ou écrire une chronique… Bref de la musique qui ne gêne pas. Mais dans le genre, ce "Flares" occupe une place de choix. Trippant comme un joins de cannabis me souffle mon voisin hippy !
[mg]

••• Voir aussi : Brian Eno, Labradford, GSYBE!

 


www.port-royal.it

PEST SOUND
“76 Kilos Laughing”

(stuntkite)
Etre enregistré par Steve Albini dans son Electrical Studio, s’il lui assure un bon son, équilibré, sans fioritures, franc, n’est pas forcément une preuve de qualité pour un album. C’est clair. Mais il faut l’avouer, on ne peut alors s’empêcher d’avoir un a-priori positif avant d’écouter l’enregistrement. Comme si un groupe qui travaille avec le guitariste de Shellac ne pouvait être foncièrement mauvais. Et figurez-vous, ça tombe bien, que c’est le cas de Pest Sound.
Ce quatuor strasbourgeois propose un rock aux ambiances intimistes et quelque peu nonchalantes qu’un Nick Cave ne renierait certainement pas, un côté cabaret que l’on doit surtout au piano et à la voix grave de Neil Ovey, comme sur les efficaces “Tailspin”, “Russian Roulette” ou “Spooned”. Mais ce qui rend ce groupe intéressant, c’est le grain de folie qu’il ajoute à cette base, cette attirance que l’on sent pour la dissonance, ce désir de décalage que l’on avait déjà décelé dans le nom du groupe lui-même (déplacez le s de Pest et vous obtenez l’album le plus connu des Beach Boys). Cela peut se matérialiser par une rythmique qui prend des allures un peu bancales en jouant sur les contre-temps comme sur “Prizefighter”, par des passages un peu délirants, quasiment no wave, avec “Sneaky Sips”, des incursions en terrain presque noise (“I am the Golden Gun” ou “A Gang with no Legs or Wires”) ou des breaks assez inattendus ici ou là. Bref Pest Sound s’ingénie à aller là où on ne l’attend pas et ça nous plaît bien.
[sullivan]

••• Voir aussi : Nick Cave, Velvet Underground, Jesus Lizard

 



KIM NOVAK
“Luck and Accident”

(talitres)
On déplore souvent que les groupes français n’ont pas cette capacité qu’ont les groupes américains à “envoyer” sans trop se poser de questions, à jouer le jeu rock sans trop intellectualiser, sans trop conscientiser. Eh bien je peux vous dire que Kim Novak ne semble pas avoir ce problème. “Luck and Accident” est en effet un premier album fort mature et terriblement efficace, à l’anglo-saxonne serait-on tenté d’ajouter. Un album sur lequel on sent toute l’importance qu’a eue la vague post-punk sur notre quatuor . Ces ambiances mélancoliques, ce chant tristounet, ces arpèges dépressifs ne peuvent en effet manquer d’évoquer Joy Division et consorts. On croise aussi, ici ou là, les fantômes des Smiths (“Swallow”) ou même de Purr (“Turn a Rabbit”).
L’ensemble a vraiment beaucoup de prestance et de tenue. La seule chose que l’on puisse en fait reprocher à ce rock sombre, si l’on veut faire la fine bouche, c’est d’un peu trop nous rappeler les new-yorkais d’ Interpol. C’est vraiment si l’on veut faire la fine bouche car “Luck and Accident” est une belle réussite.
[sullivan]

••• Voir aussi : Interpol, Joy Division, The Smiths

 



 




   

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