The Black Heart Procession "three"
(touch'n'go – 10 titres)

Ne me demandez pas d'être objectif, je suis tout simplement subjugué par la délicatesse de ce groupe. Leur deuxième et précédent album (subtilement intitulé "2") nous avait déjà fait chavirer, mais c'est dorénavant 10 nouvelles chansons de Pall a Jenkins et Tobias Nathaniel, tous deux ex-Three mile Pilot, qui vont hanter nos nuits… Poésie sonore sur fond de déchirure amoureuse, licorne blanche perdue dans une nuit sans lune… la folk sombre et intimiste de la Procession du cœur noire (on ne pouvait faire plus représentatif) ne peut que bouleverser. La sensibilité de son chanteur, les émotions que transportent sa voix et ses textes y sont, sans aucun doute, pour beaucoup, mais l'univers dépouillé et mélancolique que crée la musique (généralement une guitare sèche et un synthétiseur/piano/basse) ne font qu'accentuer cette beauté envoûtante. Ici, le ciel semble plus noir encore que les costumes de Léonard Cohen, et la petite troupe nous emporte, à la manière d'un Godspeed You Black Emperor (mais dans un registre différent) aussi loin qu'un cœur puisse le supporter. Tout simplement bouleversant…
[mg]

>> album disponible sur notre catalogue

>> Voir aussi : Three Mile pilot, Leonard Cohen, Godspeed You Black Emperor

Headway "s/t"
(stonehenge – 3 titres, 22')

Le label Stonehenge, connu pour ses productions passionnées d'émo hardcore souvent engagées, ne nous avait pas habitué à tant d'ambiances ! Car d'entrée, le groupe nous place une accroche de guitare qui mérite le respect… La suite s'aventure discrètement vers des ambiances complexes, et plus difficiles d'accès, entre post-rock, jazz, et expérimental, où l'abstrait s'impose face à un rationalisme musical qui perd pied. Certains passages évitent de justesse l'angoisse de l'improvisation sulfureuse, mais Headway prend le risque de se perdre tant que l'expérience reste sincère. La démarche semble cohérente, même si je retiendrai surtout les montées de mélodies, saxo à l'appui, où les boucles s'enchaînent et nous rappellent habilement certains essais jazzy de Prohibition. On aurait pensé voir sortir ce mini-cd chez Pandémonium ou Prohibited Rds, mais c'est pourtant derrière une sincérité extrême que Christophe Mora et son label Stonehenge nous font découvrir ces improvisateurs d'ambiances prometteurs.
[mg]

>> album disponible sur notre catalogue

Fermin Muguruza "FM 99.00 Dub Manifest"
(esan ozenki – 10 titres)

Fermin est un personnage incontournable de l'univers musical basque. Il en est en tout cas l'un des représentants les plus connus, et l'un de ceux qui a permis à cette musique de traverser les frontières de son petit pays. Ce monsieur a tout de même fondé les deux groupes majeurs du "rock basque", soit Kortatu (et son excellentissime punk-rock steady politique) et Negu Gorriak (fusion metal punk), ainsi que le label Esan Ozenki. Depuis l'arrêt de Negu Gorriak, le petit basque enchaîne les projets, chez lui, au petit basque, ou chez ses amis, en Argentine, en France, aux USA, etc. Il touche un peu à tout selon les rencontres (hardcore, noise, salsa, reggae) avec plus ou moins de réussite. Mais son véritable intérêt semble définitivement se porter vers les rythmes ensoleillés, du reggae à la salsa en passant par la jungle. Avec ce dub manifeste, Fermin Muguruza passe son message, toujours aussi conséquent, via 10 chansonnettes sautillantes à la sauce reggae/ska/hip hop/ragga fusion basque… si l'ensemble est toujours exceptionnellement dansant (avec des titres très réussis), si les invités de prestiges sont nombreux (Zebda, Wagner, Anari, etc.) et si l'electronic fait parfois de jolies incursions, on ne peut négliger la simplicité de certaines rythmiques (et mélodies), ou la médiocrité de certains sons. Bref, si la démarche n'a pas changé d'un pouce (appel à la solidarité et à l'indépendance, épais livret avec les textes traduis en français, anglais et espagnol pour ceux qui ne parlent pas basque.), et si le disque est une belle invitation à la fête (en luttant, c'est une tradition basque), on ne peut que regretter un manque de nouveautés, de force et de créativité. Reste toutes les autres qualités que les fans de cet activiste hors pair seront retrouver avec grande joie.
[mg]

>> Voir aussi : Negu Gorriak, Kortatu, Fermin Muguruza eta DUT, Spartak Dub Commando

Pigzwilltoast "Last Chance to dance"
(les 7 pilliers/Izmobil - 6 titres)

Depuis quelques temps, comme le laissait présager le manque d’inspiration des scènes post-rock et electronic, les formations noise semblent faire leur petit retour. Et Pigzwilltoast pourrait bien y tirer son épingle du jeu. C’est du moins ce que laisse penser le mini-cd " last chance to dance " (est-ce une allusion au " last chance for a slow dance " de Fugazi) qu’ils viennent de sortir. Cela faisait en effet bien longtemps qu’on avait pas entendu une musique complexe et aiguisée être aussi mature. Et ce n’est pas un hasard, le groupe, à l’instar d’un Jesus lizard ou d’un Nomeansno, détruit les structures tout en réussissant à en garder l’énergie. Les guitares se croisent, tandis que la rythmique syncopée nous déstabilise. Mais le pire est que ces bougres, au détour de leurs hallucinations noise, nous placent de chaleureuses envolées rock’n’roll directement empruntées au sieur Jon Spencer… Vous voulez mon avis, si le public existe encore pour ce genre de groupes, alors Pigzwilltoast n’aura aucun mal à le conquérir, reprennant ainsi les choses là où des groupes comme Condense les avaient laissées.
[mg]

>> disque disponible sur notre catalogue
>> Voir aussi : Nomeansno, Jesus Lizard, Condense, Victims Family

Imagho "Images des mondes flottant"
(loom rec. - 7 titres)

Jamais un album n’aura si bien porté son nom. Et les mondes flottants dont Imagho nous rapporte quelques images ont de quoi attirer la convoitise. Comme ces mondes irréels, la musique de Jean-Louis Prades (moitié du combo noise Baka!) flotte sur des nappes sonores, comme portée par certaines fumées hallucinogènes. Imagho nous propose une utilisation de sa guitare qui n’est pas sans rappeler certains prédécesseurs, des Pink Floyd (Echo) à Jim O’Rourke, et comme eux, il arrive ainsi à nous transporter dans un univers épuré où le temps semble se dédoubler. Les cris des baleines se font entendre au loin. La pureté de la glace nous englobe. Pour ceux qui n’ont pas peur d’être isolés dans le froid, au milieu des eaux, les mondes flottants restent la destination idéale pour se ressourcer…
[mg]

>> disque disponible sur notre catalogue
>> Voir aussi : Jim O’Rourke, David Grubbs, Pink Floyd

 

Pour être chroniqué dans cette rubrique, envoyez vos productions à :
Mathieu Gélézeau & Natasha Herzock
51, rue Paul Vaillant Couturier
92240 Malakoff
France

<< home
<< reviews