BanAnas at the AudiEnce "s/t"
(autoproduction – cd 9 titres)

Après les séparations de Condense, de Bästard puis des Happy Anger, il faut bien dire que les heures de gloire de Lyon semblaient bien révolues. Aujourd'hui, ce qu'on retient de Lyon, c'est surtout Virginie Despentes et son Baise-Moi… peut mieux faire. Mais tout cela n'est plus d'actualité avec l'arrivée soudaine du premier album de Bananas at the Audience. Après quelques démos prometteuses, et malgré l'absence de label pour les soutenir, le groupe décide enfin de faire le grand saut. Pari gagné : résultat impeccable ! Avant même de mettre le CD dans la platine, on se laisse séduire par le dessin de la pochette… Puis les décibels déboulent, bruts, aiguisés, explosifs. La claque ! Condense continue de marquer. Mais si certains repères rythmiques, et certains riffs de guitares ne trompent pas, Bananas at the Audience n'a rien d'un copieur. Ici, le chant s'échappe et transgresse les règles, à l'instar de Mr Bungle, donnant une personnalité inimitable au groupe. Pourtant, c'est bien ce chant qui nous perturbait à l'époque de leurs démos, mais je confirme qu'aujourd'hui, sa folie rajoute du cachet à l'album (et je ne parle pas des textes !!). Ensuite, si le groupe retrouve la force créative des structures de Condense, il sait aussi retenir les leçons des meilleurs spécimens emo ou postrock pour en faire sa propre machine à foutre des baffes. En plus, le son est nickel et le jeu parfaitement en place. Promis, avec la mode de l'electro et du postrock, ça faisait bien longtemps qu'on n'avait pas entendu un groupe aussi débridé dans l'hexagone.
[mg]

>> Voir aussi : Condense, Gordz, Mr Bungle

Nine Days Wonder "the scenery is in Disguise There"
(Dim Mak – cd 9 titres)

Formé autour du guitariste d'Atomic Fireball, Nine Days Wonder nous viennent de Tokyo, Japon. Et, en matière d'intensité émotive, le trio s'impose de suite comme un très bon représentant. Aussi à l'aise dans les mélodies (excellentes) et les arpèges, que dans les tensions et les agressions sonores, le groupe n'a pas volé les comparaisons à Three Penny Opera. Les spécialistes pourront même retrouver des similitudes avec Prohibition sur "magnet", c'est flagrant, mais n'y tenez pas compte car ce n'est pas très représentatif du reste. Non, les Japonais seraient plutôt les rejetons hardcore qu'ont pu inspirer des groupes précurseurs comme Hoover. Mais pas question de s'endormir. Si le trio se fait un plaisir de laisser redescendre la tension, il reste tout de même du style teigneux. Un ange aux cornes de diable en quelque sorte. Tant mieux, c'est ce qu'on aime !
[mg]

>> Voir aussi : Three Peny Opera, Sleepy Tme Trio

Cross my Heart "the reason i failed history"
(Dim Mak – cd 4 titres)

Alors là, ça a beau être chez Dim Mak, et ça a beau être Amanda MacKaye qui s'occupe de les faire tourner, et bien j'ai beaucoup de mal ! Ce n'est pas horrible, les gars savent même bien jouer… Mais la limite est une fois de plus franchie. On est bien du côté de la pop-indie, et malheureusement, du côté des trucs inconsistants. Ça me rappelle le tête-à-queue terrible qu'a fait, il n'y a pas si longtemps, le label Revelation. Derrière un souci commercial indéniable, et vu le succès des Get Up Kids, le label, autrefois très réputé, ne sort plus que des groupes mièvres aux consonances indie sans fondement. Ce n'est pas le sujet aujourd'hui mais c'est un peu ce que je ressent avec Cross My Heart. Même si la démarche semble plus sincère et moins pompeuse (il y a tout de même de bons riffs), c'est trop surfait pour moi. Du Jawbox sans la puissance en quelque sorte… à vous de voir, moi je reste sur mes Jawbox.
[mg]

>> Voir aussi : Jawbox

[P.U.T] : "Bitterness, despair and cynicism"
(Pogo -cd 9 titres)

Même si le nom de ce groupe ne vous dit rien, il n'en est peut-être pas de même pour les personnes qui le composent, les actifs frères à l'origine du label et fanzine Pogo. Après avoir mis leur grain de sel dans la scène indé française au travers de productions et autres organisations de concerts, Lionel ( basse et chant) et Loïc (guitare et machines) ont décidé de passer de l'autre côté avec leur propre groupe. Derrière une pochette des plus étrange, le premier album (après quelques inédits sur des compils et une démo) de [P.U.T], nous renvoie à une scène noise française de plus en plus restreinte composée de Portobello bones et Sleeppers ("Mistake" qui ouvre l'album) en tête. Toutefois, leur style est très difficile à classer, d'abord parce qu'ici il n'y a pas de batteur, et l'apport de la boite à rythmes intrigue avec ses plans répétitifs et hypnotiques jungle-dub-hip-hop-drum'n'bass ; les atmosphères sont tendues, sombres ("Ty bee" et ses 11 minutes Scorniennes malsaines) et ce ne sont pas les samples qui vont rendrent les choses plus gaies ("16 700" et sa boucle à rendre taré). La guitare (Loïc arrive même à scratcher avec!) hurle et vomit toute sa rage dans vos malheureuses petites oreilles (voir l'excellente série des trois "H.P.L.", les morceaux les plus aboutis à mon goût), la basse ramone et le chant toujours en retrait est saturé. Enregistrés par Yann Pillas (Abdomens / Rune), les neuf titres bénéficient d'un très bon son qui valorise le tout. Les influences principales du groupe (autres que celles sus-cités) se trouvent chez Neurosis, Unsane ou encore Sonic youth, mais certains morceaux m'ont évoqué également Killing Joke, pour le côté noir et tribal. Le dernier morceau enregistré live nous dévoile bien ce que peut donné le groupe sur scène (putain ce larsen, prévoyez vos boules Quies !!). Bref, ce premier album est une très bonne carte de visite, on regrettera juste quelques passages un peu longuets et des petits manques de prise de risque, mais c'est en faisant des erreurs qu'on mûrit...
[Greg]

>> Voir aussi : Sleepers, Unsane, Scorn

Soeza "founded by sportsmen and outlaws"
(Prohibited – 12 titres)

Depuis quelque temps, Prohibited records s'ouvrait de plus en plus vers d'autres univers musicaux, et les amateurs de la première heure semblaient avoir du mal à suivre… Les Anglais de Soeza arrivent à point pour rappeler les bons goûts du label parisien. Hors de question de revenir en arrière avec un emo vu et revu, la nouvelle signature de Prohibited joue la carte d'un rock moderne et ouvert. Équipé, entre autres, de deux batteries, de quelques cuivres, d'un sublime chant féminin, et d'un tout aussi convaincant chant masculin (lead), le groupe rappelle les bons chefs préparant leurs plats, les laissant mijoter, remuant la sauce quand il le faut, avec amour. Et si une chose ressort bien de cet album, en dehors des chants, ce sont bien les mélodies, parfaites, qui semblent avoir été créées avec agilité et dextérité, et qui laissent transparaître pourtant tant d'émotions. Soeza tente de s'imposer comme le chaînon manquant entre un rock anguleux et recherché (de Fugazi à The Ex) et un trip-hop à la chaleur inspirée par les formations soul. Certains puristes trouveront sans doute Soeza trop rock, tandis que d'autres lui reprocheront son côté calme et posé, mais, sur disque, c'est pour nous le mélange idéal.
[mg]

>> Voir aussi : Fugazi, The Ex, Björk, Nation of Ulysses
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>> Bientôt en interview sur positiverage.com

 

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