Craving "The European Trick" (Blunoise rds – cd 14 titres) :
Cet album débute sur les chapeaux de roues avec un superbe Gimmick digne de feu-Jesus Lizard. C'est en effet la référence qui revient le plus souvent à l'écoute de ce groupe allemand au talent indéniable. Leur noise mélange mélodies et rythmiques syncopées, basse tournante et guitares angulaires. Le tout est parfaitement interprété et n'hésite pas à exploser quand la tension devient trop forte. Et si Craving possède une réelle identité, les affinités avec Shellac et feu-Jesus Lizard (l'un va-t-il sans l'autre) sont évidentes (parfois encore un peu trop, voire "Classic")… le label nous parle aussi de Les Savy Fav, et nous les contrarierons pas ; ils font sans doute allusion à ce côté déglingué et déjanté qui apporte une touche humoristique à leur musique. Cet aspect abracadabrant que nous retrouvons aussi dans Trumans Water. Comme quoi, dès qu'on pense à regarder ce qu'il se passe chez nos voisins, on oublie rapidement qu'en France l'ensemble des "faiseurs d'opinions" voudrait nous faire croire que le rock guitare est mort. Cet "european trick" vous prouvera le contraire avant l'arrivée tant attendu du nouveau Shellac dans quelques jours… Une bien bonne découverte donc que nous conseillons vivement à ceux qui cherchaient un poulain pour remplacer la place laisser par Jesus Lizard.
[mg]
Pour les intéressés, cet album, qui n'est malheureusement pas distribué en France, est disponible sur notre catalogue.

Bambi Davidson "el flaco" (Blunoise rds – cd 13 titres) :
Savoir que ce groupe n'est composé que de deux personnes, un batteur et un guitariste-chanteur, est difficile à croire. La musique de ce duo allemand fondé par Robin van Velzen (Megakronkel) et Hans-Christian Fuss est si riche ! Ce "El Flaco" dévoile un mélange complexe d'ambiances pesantes et d'arpèges de guitare entrecroisés, pour de temps à autre laisser la place à un chant lyrique et quelques explosions bruyantes. Le tout, superbement élaboré, s'inscrit dans a logique des nombreux groupes qui triturent leurs guitares avec technique et émotions pour en sortir une musique cérébrale et originale… Appelez cela postrock, mathrock ou pourquoi pas jazzcore, une chose est sûre, ceux qui n'ont pas peur d'écouter des chansons complexes et fouillées risquent de capter tout le talent de ce duo.
[mg]
Tout comme pour l'album de Craving (sur le même label), ce disque est disponible sur notre catalogue.

Yage "3-17 october 1984" (Nova recordings - cd 9 titres) :
Ces derniers temps, la scène allemande semblent contenir de nombreux bons groupes émo… Du moins, c'est peut-être nous qui sommes en retard, mais chez Positive Rage, il ne se passe pas une semaine sans qu'on tombe sur un nouveau groupe intéressant en provenance d'Allemagne. Yage nous viennent de Cologne et proposent un émo rageur qui possèdent suffisamment d'émotions pour nous donner la chair de poule, et suffisament d'énergie condensée pour tout dévaster sur son passage. Les guitares se montrent puissante où discrètes selon l'ambiance, toujours ingénieuses, les rythmiques ne se contentent pas de soutenir les cordes mais construisent, et font monter la tension. Seul le chanteur qui crie un peu trop souvent agace rapidement. Heureusement, les titres furieux alternent régulièrement avec des chansons plus calmes (ou un passage furieux avec un passage calme dans une même chanson), ce qui permet de ne pas décrocher trop vite. Bref, une bonne découverte, surtout pour ceux qui ne se retrouvaient plus dans l'émo, le trouvant trop doux, et qui attendaient un groupe dans lequel l'emo et l'énergie hardcore se mélangeraient à nouveau. [mg]

Brazen "…as floods decrease" (snuff/molaires - cd 5 titres) :
Derrière une imagerie superbe, ce groupe suisse, formé en 95, s'impose comme l'un des meilleurs groupes emo de son état. Le travail fait sur les compositions est impressionnant : changements de rythmes, breaks bien posés, guitares aiguisées (une tuerie ces guitares), mélodies complexes… il n'y a encore une fois que le chant, hurlé, qui peut parfois rendre l'accès à ces 5 titres difficiles. Sinon, côté musique, on fait difficilement mieux pour mélanger subtilité et intensité. Car, si Brazen livre ses émotions sans timidité, à travers une musique et un chant déchirés, l'intensité reste un aspect inévitable de leurs compos. Le seul mot d'ordre semble être l'absence de limite ; que cela soit dans les tensions, les calmes, les angoisses ou les moments de rage, le quatuor vie l'extrème, sans demi-mesure. Ce "…as flood decrease" risque d'en emporter plus d'un sur son passage, à condition que vous ne soyez pas allergiques aux énergies rageuses. Vivement un album. [mg]

A-Set "Songs from the Red Room" (Tree – cd 12 titres) :
Après un passé actif dans le milieu punk américain, Albert Menduno se consacre, via A-Set, son projet personnel, à la pop et au songwriting. À travers ce deuxième album, cet enfant de la banlieue de San Francisco (dorénavant basé à Chicago) retrouve les racines de ces ainés, et les mélodies de la fin des années 60… une batterie discrète, une guitare fine et raffinée, et un chant melancolique à souhait. L'ensemble rappelle aussi bien certains essais osés des Beatles, que les ballades calmes de Neil Young (plus souvent), tout en utilisant, quand il le faut, une certaine approche bien adaptée au milieu lo-fi actuel ; ce qui n'est pas sans rappeler Pavement. Bref, l'ensemble ne manque ni d'émotion, ni d'idées et risque bien de se retrouver plus fréquemment que vous ne le pensez dans votre platine. Bien sympathique cette chambre rouge, et conseillée pour récupérer d'une dure journée, bien assis dans votre rocking chair. (désolé, l'album est sorti depuis déjà un certain temps, mais nous ne l'avons reçu que dernièrement). [mg]

Dead Pop Club " superpower " (Wom/Buzz off - cd 12 titres) :
Alors que les excellents Jawbox se séparent, que le Clash nous pond un re-sucé de live sans saveurs, et qu’un grand nombre de valeurs sûres américaines sortent inlassablement des copies de leur premiers albums, c’est du côté-ci de l’Atlantique que la nouveauté semble avoir fait son nid. En effet, après un premier mini-cd (Almost 4) déjà remarqué par les milieux autorisés, le quatuor parisien explose tous les pronostiques avec un album grandiose et destructeur. Enregistré par le dorénavant célèbre Fred Norget, ce " Superpower " montre un groupe parfaitement mature qui lie qualité technique et inspiration punkrock pour livrer 12 tubes que ne renieraient pas les meilleurs combos US. Mais si l’énergie se veut présente durant toute la durée de cet album, le punk du Dead Pop Club reste chargé d’émotions et de mélodies, ce qui rend la chose largement plus intéressante que les délirs punk de la cote ouest. Conclusion, si vous aimez les choses bien faites, les voix charismatiques (c’est si rare pour un groupe français), les mélodies et le punkrock indie des meilleurs têtes pensantes US, alors courez chez votre disquaires découvrir l’un des plus grands espoirs français dans le style. [mg]

Ink "s/t" (Monitor Rds – cd 11 titres) :
Sorti sur le même label que l'album solo de Jeff Mueller (June of 44, Shipping News), ce premier album éponyme de Ink développe une ambiance forte digne des plus grands noms du genre. Épurée, légèrement répétitive, intime, quasi désinvolte, la musique du trio montre une grande personnalité et, malgré une absence quasi totale d'explosion, impose une tension tout au long de l'album qui risque d'intéresser les amateurs du style. La production, très intime, et ce son "pièce" s'adapte parfaitement aux ambiances crées par le groupe. Ni expérimental, ni post rock, pas vraiment noise ni très punk, les gars de Ink semblent pourtant mélanger les qualités de tous ces styles qu'ils écoutaient plus jeunes pour donner un résultat homogène et intègre. Du coup, ces 11 titres rappelleront au public averti autant les passages calmes de Slint/June of 44, que les recherches de This Heat voire de The Ex. Rajoutons une petite classe à la Television (certains parlent des Wire), et je pense que vous arriverez à vous faire une idée de la musique de Ink. On aurait aimé une voix parfois plus chantée, et quelques titres plus lachés pour remonter la sauce, mais en gros, cet album se place comme une excellente découverte. Un outsider qui apparaît au bon moment — quand June of 44 s'éparpille et se perd – et impose un album remarquable, même si nous doutons réellement de l'efficacité scènnique de leur musique. À écouter chez soi, sans aucun doute. [mg]

Voodoo Muzak " mambient " (amanita – cd 4 titres) :
Attention talent comme dit le dinosaure de la grande distribution musicale ! Voodoo Muzak n’a cessé d’évoluer et d’innover au fil de ses albums. Partie d’une noise quasi indus, le groupe basque mené par le boss du label Amanita, sort aujourd’hui un nouvel album complexe et à des lieux de l’endroit où pouvait l’attendre les spécialistes. Dernièrement, on nous parlait d’un goût prononcé pour le dub et l’electronic, mais c’est un pur bijou de math rock calme et envoûtant que nous livre Voddoo Muzak. Un peu d’électronic, toujours discret, une couche de basse, fournie, et une guitare omniprésente qui mène le bal à la baguette, et nous voilà parti pour 4 titres à couper le souffle. Les notes se croisent, se mélangent, s’enroulent et peu à peu créent cet univers obscur et apaisant. C’est indéniable, ici, le rock s’inspire plus qu’aisément du jazz et des B.O.F les plus inventives, mais c’est bien un album d’ambient-rock que nous livre ici ces génies du rythme. Il ne reste plus qu’au réalisateur FJ Ossang (Le trésor des îles chiennes, etc.) de tourner son prochain film, la bande son est déjà composée. Rien à redire. Superbe. [mg]

The Stars at my Desk "another bunch of covers" (autoproduction K7 10+10 titres) :
Derrière un packaging original (dans un paquet de tabac à rouler), cette cassette dévoile encore une fois l'intimité de son inventeur, un certain Laurent Tessier. On connaissait, via ses précédentes productions, son goût prononcé pour reprendre en version lo-fi de nombreux groupes (souvent noise), c'est donc sans surprise qu'on découvre cette cassette-concept sur laquelle The Stars at My Desk ré-interprète 10 chansons d'autres groupes. Au final, les reprises possèdent leur propre vie, et il est souvent difficile de reconnaître l'original. C'est pourquoi l'idée de mettre toutes les versions originales sur la face B est très ingénieuse. Cela permet en quelque sorte de comprendre la démarche du parfait petit lo-fi parisien, ainsi que de découvrir les groupes qu'il aime. Ainsi, vous pourrez entendre des reprises (et originaux) de groupes aussi variés que Sloy, Herman Düne, Bill Plympton ou Pennywise. Mais si les originaux ne possèdent aucune cohésion entre eux, les reprises semblent toutes être des créations personnelles de Stars at My Desk. Lo-fi à mort, enregistré dans la chambre avec pour seul instrument une guitare sèche… et le résultat est comme toujours très intime et très touchant, malgré (ou grâce à) ses quelques imperfections. Mais pourquoi ce petit gars (en fait, il est bien plus grand que moi !) ne monte-t-il pas un groupe ? Je suis sûr que a tuerait du tonnerre ! Euh, juste un petit reproche technique, le format CD aurait été sans doute plus ingénieux pour s'y retrouver parce qu'avec la cassette, et vu la ressemblance des reprises, c'est putain de difficile ! [mg]
Laurent Tessier 18 av. de la Motte-Picquet 75007 Paris

 

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