ELECTRO:LUX "l'île aux lézards"
(10 titres – microsphere)

L'île aux lézards doit se situer quelque part entre la Belgique (origine du groupe) et Ibiza (où a été enregistré l'album)… Personne ne sait vraiment où. Pourtant, l'endroit semble magique. Magique car on s'y repose, on rêve, on s'honore, on lévite, mais on danse aussi. Je ne parle pas d'un sanctuaire ennuyeux, perdu où seuls les sages peuvent se rendre. Non, sur l'île aux lézards, les visiteurs et les habitants s'amusent, jouent ensemble, discutent, crient. Tout est réuni pour nous rendre le séjour agréable. L'électronique occupe la place qu'on lui réserve sans qu'on s'en rende compte pendant que l'orchestre vous séduis les oreilles à travers des compositions trop gaies pour être du postrock et trop humaines pour être de l'electro…. Je suis juste sous le charme. Electro:lux est un guide parfait dans cet univers aussi bien ludique que profond. Même les erreurs ont leur place et rien ne viendra vous gâcher ces quelques minutes d'apesanteur. Car ici, l'émotionnel est fort et le mental s'échappe. L'un des plus beaux séjours que j'ai eu l'occasion de faire ces derniers temps.
[mg]

>> Voir aussi : Pink Floyd/Syd Barrett, Rroselicoeur, Flying Saucer Attack, Tortoise

 

LIFT TO EXPÉRIENCE "The Texas - Jérusalem crossroads"
(Double cd 11 titres - Bella union / Labels)
A la première écoute, ce disque m'a énormément surpris, je m'attendais à tout sauf à ça ! C'est vrai que la pochette (pas terrible d'ailleurs...) nous renvoie plus à un groupe stoner voir country-blues, qu'a ce petit groupe proposant une musique forte originale et intense. Car, intense, c'est bien le qualificatif qui convient à la musique de ces trois Texans foux furieux aux allures de John Wayne à la conquête de l'ouest. Simon Raymonde et Robin Guthrie de Cocteau Twins (et surtout boss du label Bella union) ont craqué pour eux lors d'un concert, et je comprend pourquoi. Imaginez un chanteur/guitariste au timbre de voix proche d'un certain Jeff Buckley, et au jeu de guitare psychédélique (wah-wah, disto, reverb...) que ne renierai pas certains groupes anglais du début des années 90, tel My Bloody Valentine. Ajoutez-y une section rythmique soutenue et puissante sachant se diriger vers des envolées plus planantes (emploi de cymbales). Et bien, croyez moi, ça calme... Ainsi, à l'instar de groupes post-rock tels que Mogwai, Slint, voire Godspeed You Black Emperor, le calme est savoureux, les montées sont puissantes, la musique est enivrante et magique. Une énergie primale plane sur ce disque. Josh Pearson (le chanteur) a grandit avec la religion (son père était prêtre) et chantait dans la chorale. Les interminables sermons qu'il écoutait l'on changer à tout jamais, heureusement, la musique du diable est venue jusqu'a lui... Avec ses 80 minutes de plaisir, "The Texas - Jerusalem crossroads" est un concept album sur la fin du monde, où le Texas est la terre promise... Magnifique.
[Greg].

>> Voir aussi : Jeff Buckley ( "grace"), My bloody Valentine, Ride (du début), Slint.

 

S. PROCESS "More Me"
(10 titres – Track Star)
C'est avec des groupes comme Les Savy Fav, Robocop Kraus, ou plus récemment S. Process que le rock retrouve ses lettres de noblesses. Je ne veux pas parler de retour nostalgique vers les vibrations sixties (aussi bonnes soient-elles), à l'époque ou le rock prenait toute son ampleur, je veux parler de ces groupes que nous voyons éclore pour ce nouveau siècle, ces groupes à l'imagination débordante qui renoue subtilement avec l'essence des groupes sixties tout en créant un son nouveau et moderne. Emmené par des membres de Trans Megetti et de Dalek, S. Process fait partie de ceux-là. Typiquement encré dans cette décennie, le quatuor garde pourtant à l'esprit l'importance des rythmes, l'esprit indispensable de la soul. Cet album (qui date tout de même de l'année dernière… Mais le label n'assure sa promo française que depuis peu !) manque un peu d'huile par moments, et s'enferme de temps à autre dans des structures trop étriquées, mais dans l'ensemble le groupe s'en sort assez bien… Certes, ce "more me" ne deviendra pas une référence, mais assurera les arrières comme il se doit.
[mg]

>> Voir aussi : Les Savy Fav, Robocop Kraus

 

GUBBE "ingenting"
(cd-r 4 titres – by records)
Derrière ce pseudonyme froid comme du Suédois se cache en réalité le nouveau projet solo du chanteur-guitariste de Pregnant (un album et un 45t. sur Prohibited rds). Et si l'orientation a clairement changé d'angle, on retrouve tout de même dans cette première démo le touché particulier de Benjamin. Mais à travers Gubbe, l'homme-orchestre a décidé d'explorer d'autres horizons que celui, trop restrictif, du rock. Ici, la base rock de la guitare ou de la basse (qui sont accompagnées de divers instruments) vient se confronter à l'électronique de Cubase. Cet "ingenting" retrace donc les premiers pas de gubbe dans cet univers technologique où les gens deviennent des octets. Si on sent encore une aisance mitigée, et un choix difficile entre la sensibilité du rock et la perfection des machines, ces quatre titres laissent déjà apercevoir un talent certain pour les mélodies, et une imagination riche. Cependant, pour connaître le personnage, je pense que l'évolution de gubbe n'en est qu'à ses débuts. On retrouve bien toute la magie de ses guitares, et l'ingéniosité des compositions, mais on a encore l'impression que l'écriture s'adapterait plus à des arrangements rock/postrock, et que le passage à l'ordinateur n'est pas pour le moment pleinement utilisé. Quatre premières pierres qui se cherchent encore un peu, mais qui brillent par leur préciosité et qui semblent n'attendre que des interprètes pour leur donner vie. Nous verrons bien quel homme gubbe choisira d'être.
[mg]

>> Voir aussi : Pregnant, Aerial M

 

LOFT "s/t"
(3 titres - autoproduction)
Contrairement à certaines idées reçues, il est difficile de réaliser des pop songs parfaites. Pas évident de mettre de la personnalité, de l'intensité et de la passion dans une musique aussi sucrée où tout angle est poli pour ne plus accrocher. Et Loft risque d'avoir du mal à se faire sa place. Pourtant, le groupe ne manque pas d'imagination, ni de talent, mais la magie a beaucoup de difficulté à s'effectuer. La musique, très en arrière, reste toujours calme et posée, prenant autant des ambiances postrock qu'à la pop lo-fi… C'est agréable, mais l'auditeur risque de s'ennuyer rapidement. Par-dessus, deux chants viennent installer la véritable identité de Loft. Le monsieur joue la carte désabusée, sans trop en faire, tandis que la demoiselle, dans la grande tradition féminine, pousse les cordes vocales pour sortir de grandes mélodies sirupeuses. Certains tomberont sous le charme pendant que d'autres, sans doute nombreux, risquent la crise de foie. Bref, avec une recette d'un classicisme déconcertant, ces trois titres risquent de plaire aux amis, mais manquent, malgré tout, cruellement d'épices pour acquérir un public digne de ce nom.
[mg]

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Mathieu Gélézeau & Natasha Herzock
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