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FUGAZI "the Argument"
(Dischord – 11 titres)
Difficile de parler d'un nouvel album de Fugazi, d'autant plus quand il s'agit de l'un des albums les plus surprenant du groupe depuis ses premières réalisations punk, à la fin des années 80. Je ne vais pas faire le coup de la grosse surprise, ceux qui suivent le groupe depuis le début savent bien que Fugazi cherche de nouvelles pistes, de plus en plus extravagantes, depuis maintenant deux albums (trois en comptant la B.O. du film "Instrument"). De plus en plus éloigné du hardcore émotionnel dont il est le précurseur, le mythe de Washington DC tire toujours un peu plus loin son public, sans prendre garde à ceux qui ne suivent pas. Et pour ce nouvel album, ces derniers risquent d'être de plus en plus nombreux. Pas qu'Argument soit mauvais, mais un cap est encore franchi. Ceux qui attendaient impatiemment un retour vers les origines ne peuvent qu'aller se consoler avec le 7' Furniture sorti en même temps qu'Argument. Car avec ce septième album (si on ne compte ni les deux premiers maxis, ni Instrument), Fugazi s'enfonce encore un peu plus dans la pop music. Le chant de Ian McKaye sur le premier titre ("Cashout") ne me fera pas mentir. Certains m'ont cité Red Hot Chilli Peppers ! Et le groupe utilise dorénavant une grande quantité d'effets, ce qui transforme encore l'approche brute qui faisait la réputation du groupe. Résultat, les fans de la première heure crient au scandale… Et nous ne pouvons nier que le génie de Repeater n'est bel et bien plus là. J'ai aussi, à la première écoute, eu beaucoup de mal à retrouver la magie qui me séduit depuis plus de 10 ans… Mais Fugazi reste un groupe à part, et après plusieurs écoutes, l'auditeur prêt à les suivre comprendra la démarche du groupe. La pop psychédélique de "Life and lime" devient rapidement un grand moment du disque, même si on parle d'un Fugazi qui n'a plus beaucoup de rapport avec celui de Blueprint, Repeater ou Great Cop. On retrouve même un Guy Picciotto excité sur "Full Disclosure", plaintif sur "Oh", ou un Ian Mackaye traditionnel sur "Epic Problem" et "Ex-Spectator". Tous ces titres vont devenir des hits comme le furent, avant eux, ceux des pourtant surprenants albums "End Hits" et "Red Medecine". Maintenant, nous ne pouvons nier que "Argument" a du mal à tenir le rythme jusqu'au bout. L'inspiration vient notamment à manquer sur "Kill" ou "Strangelight". Le reste navigue à la limite du raisonnable… Entre génie fugazien et essais parfois trop classiques. Je ne parle pas de l'arrivée de Jerry Busher à la seconde batterie, qui ne change en réalité pas grand-chose, mais de certaines lignes de voix, ou de certains effets inutiles. Ces derniers montrent que si Fugazi possède encore tout son talent, ils semblent parfois avoir du mal à trouver un nouveau chemin pour se surprendre encore, sans se perdre. Et pourtant, ce disque tourne encore une fois régulièrement sur ma platine, et malgré quelques erreurs de goût impardonnables, je suis à nouveau sous le charme… Que cela soit punk, rageur, plaintif, mièvre, pop ou psychédélique, je ne peux définitivement pas résister au jeu de ces quatre personnages. Malheureusement, je sais que beaucoup arrêteront, eux, leur voyage ici.
[mg]

>> Voir aussi : Smart Went Crazy, the Beatles, One Last Wish

 

MELATONINE "s/t"
(pnplp – 9 titres)
Depuis le succès mondial de groupes comme Tortoise, ou plus récemment Godspeed You Black Emperor, la France a vu naître un nombre impressionnant d'enfants illégitimes du mouvement post-rock. Les clones se succédaient sans comprendre l'essence de cette musique, et les disques de mauvaise qualité, ennuyeux et fades venaient encombrer nos boîtes aux lettres. Heureusement, Melatonine, s'ils s'attaquent bien au même créneau, ne font pas partie de ceux-là. Le trio développe une musique instrumentale, aux ambiances profondes et souvent mélancoliques, comme le veut la tradition, mais ne s'arrête pas là, et garde un pied fermement encré dans le rock, celui de Sonic Youth par exemple (voire "le modèle"). Contrairement à d'autres formations du style, c'est la guitare, ici, qui mène la danse. Du coup, si ce premier album n'est pas original, il dévoile tout de même une belle personnalité qui ne peut qu'être saluée. Et si l'ensemble comporte encore quelques longueurs et une batterie parfois trop terre-à-terre, je retiendrais surtout une belle histoire, éponyme, racontée sans paroles, et comportant, pour une fois, ce qu'il faut d'action pour ne pas tomber dans la philosophie. Peu avaient réussi à donner de la saveur à leur gâteau tout en gardant les ingrédients classiques ; Melatonine, sous couvert de médicament chimique, doit en être félicité.
[mg]

>> Voir Aussi : Godspeed you Black Emperor, Mogwaï, Sonic Youth, A Minor Forest

 

THE OLIVER TWIST "Automatic Construct Kill"
(nova recordings – 12 titres)
Malgré un nom pouvant faire craindre le pire à tous ceux qui ne les connaissent pas, sachez que ce second album de The Oliver Twist n'a rien d'un disque festif au colorant douteux. "Automatic Construct Kill" s'est installé sans a priori dans ma platine, et ne semble pas vouloir en sortir depuis ! C'est simple, The Oliver Twist possèdent toute la classe des formations emo allemandes qui inondent le milieu indé ces derniers temps (voire principalement le label Swing Deluxe). Si un grand nombre de formations américaines tournent en rond dans un emo qui devient plus en plus conventionnel et sérieux, nos confrères allemands semblent avoir compris que le style devait regarder autour de lui pour avancer. Du coup, à l'instar de leurs amis de Robocop Kraus, The Oliver Twist joue avec les étiquettes et les influences, notamment eighties, pour donner des titres plus dansants les uns que les autres… Et si le synthé devient de plus en plus indispensable dans ce genre de groupe, permettez-moi, pour seule critique, de douter de l'utilité de trois guitares ? Mais passons. Les années 80 ne sont pas loin, et ils ne sont certes pas les premiers à en reprendre les meilleurs mélodies ludico-pop, mais que voulez-vous, il y a ceux qui savent faire prendre la sauce, et les autres. Oubliez leur nom et leur pochette, ce second album prouve que The Oliver Twist font partie des premiers.
[mg]

>> Voir Aussi : Robocop Kraus, Maggat, Milemarker, Soave

SID MAYA / ZONGA TWIGHLIGHT "en cas"
(nova express/tapir – 10 titres)
On connaissait Zonga Twighlight pour sa noise-rock zappa-esque aussi unique que délurée ; nous voilà dorénavant en face de deux spécimens du genre ! Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, il est quasiment impossible de différencier Sid Maya de Zonga Twighlight. Les deux semblent principalement influencés par le psychédélisme progressif de King Crimson et de Zappa, sans pour autant s'enterrer dans les 70's. Le son et la rigueur du jeu viennent nous rappeler que ces formations connaissent tout aussi bien leur époque. Au final, on se perd dans un patchwork subtil et parfaitement exécuté de psychédélisme, de jazz, de noise ou de rock progressif. Rien à redire, le talent et l'originalité sont présents ; reste à savoir s'il existe un public pour une musique aussi complexe que du King Crimson mais définitivement plus moderne ?
[mg]

>> Voir aussi : Frank Zappa, King Crimson, Victims Family

 

>> La chronique du lecteur >>
Cette place vous est réservée… Nous n'avons pas parlé d'un disque important à vos yeux, et vous vous sentez la force de donner votre avis aux autres lecteurs de positiverage.com, alors envoyez-nous votre chronique, elle sera sans doute publiée ici. Cette semaine C. Chene vous parle du dernier Superchunk. [envoyer votre chronique]

 

Superchunk "Here's To Shutting Up"
(Merge Records - 10 titres)
Superchunk est un bon élève qui rend régulièrement ses copies depuis déjà presque 10 ans. Tellement bon élève qu'on peut lui reprocher de rendre ces derniers temps des copies un peu trop conformes et scolaires qui donnent souvent la même impression. Finie la flamme punk des débuts avec notamment le flamboyant album " On the mouth ", place maintenant à la pop vitaminée et sucrée par les belles mélodies et le chant toujours aussi juste et envoûtant. Certains peuvent le regretter amèrement, mais comme le dit l'adage : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme...". Ainsi "Here's To Shutting Up" présente quelques beaux bijoux comme l'entraînant "Art Class", ou le frénétique "Out on the wings". "Phone Sex" et "Rainy street" marchent main dans la main dans le même registre où la pop efficace mélodique et le chant envoûté sont les bonnes vieilles recettes pour le plaisir de nos oreilles. Le synthé est aussi présent à l'appel et éclaire de sa petite lanterne le mélancolique "What do you look forward". Ainsi, "Here's To Shutting Up", à défaut d'offrir de l'émerveillement, propose néanmoins suffisamment de plaisir pour savourer un bon moment. Un second choix… de choix!
[c.chene]

>> Voir Aussi : get up kids, jebediah, jawbox

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