DO MAKE SAY THINK "& yet & yet"
(Constellation – 7 titres)
Le précédent et deuxième album de Do Make Say Think, malgré un contenu post-rock jazzy du plus bel effet, était étrangement passé bien inaperçu en France. Pourtant soutenu par l'excellent label canadien Constellation, le groupe n'avait eu le droit qu'aux miettes laissées par leurs amis de Godspeed You Black Emperor, devant qui la presse se ruait. L'arrivé de "& yet & yet" devrait sans doute transformer leur succès d'estime en une réelle reconnaissance du public. En effet, si Do Make Say Think continue d'explorer un univers pour série noire, à coup de batterie jazzy et d'electronic planant, le groupe semble assagir ses pulsions. Les cuivres et les guitares semblent définitivement plus discrets. Plus de sursauts soniques ni d'explosions dansantes (à moins que les concerts n'y remédient). Heureusement, le résultat ne manque pas pour autant de relief, et la nouvelle alchimie place cet album dans un registre sans doute plus accessible aux amateurs du son Constellation. Alors c'est vrai que les fans de la première heure ne manqueront pas de se plaindre d'une personnalité diluée, mais, très franchement, cet album réussit un pari ambitieux, celui d'une musique mature, visuellement forte et dorénavant plus si loin d'un Godspeed You Black Emperor aux influences jazz et electro. Rien à redire.
[mg]

>> Voir aussi : Godspeed You Black Emperor

 

BOARDS OF CANADA "Geogaddi"
(Warp - 23 titres)
A l'image de la pochette et de la conception graphique de ce deuxième album de la doublette écossaise (Michael Sandisson et Marcus Eoin) il n'est pas difficile de qualifier cette nouvelle production de kaléidoscopique tellement les 23 morceaux tournent lentement et brillent de mille feux. Sous leurs rayons fascinants et relaxants, ils vous submergent tranquillement mais sûrement. Cet electronica très abordable (commercial certains diront) car mélodique et finalement dénué d'une quelconque touche expérimentale, développe à première vue une certaine simplicité qui plaît tout de suite. Mais derrière un minimalisme indéniable se lovent des idées et des éléments qui donnent une incontestable richesse et une vraie crédibilité aux morceaux. Travail minutieux, délicat, précis et donc talentueux pour ces ambiances altières, vaporeuses et lumineuses. Les samples de voix, certains rythmes hip hop et quelques touches éthniques agrémentent ces hymnes propres à la rêverie. Morceau après morceau, cet album s'offre à vous comme un voyage voire comme une expérience quasi-spirituelle. Si le parfum musical de Geogaddi provient de certains arbres du Canada, ce doit être certainement de ceux qui, cimes dressées, crèvent la couverture nuageuse du couvercle au-dessus de nos têtes. 66 minutes émouvantes pour goûter à la chaleur délicate du soleil.
(chris)

>> Voir aussi : les premiers Autechre

SHELLEYDEVOTO "Buzzkunst"
(Cooking vinyl / Naïve - 14 titres)
Pour une surprise... Pete Shelley (guitariste/chanteur des Buzzcocks) et Howard Devoto (premier chanteur des Buzzcocks en 76 et chanteur de Magazine) à nouveau réunis pour un projet des plus inattendu. Vous auriez du voir ma tête lorsque je suis tombé sur ce disque tout fraîchement arrivé dans les bacs ! Etant un grand fan des Buzzcocks première période, et un énorme fan de Magazine, j'avais fait le deuil, et ne pensais vraiment pas revoir Devoto sur une nouveauté quelconque, surtout sur une galette de ce style là !!! Oui, parce que si vous vous attendiez à du punk, et bien vous vous fourrez le doigt dans l'œil... Composé et joué entièrement par les deux hommes (à l'exception de quelques parties de sax), les 14 morceaux ici présents font plutôt dans l'éléctro-new wave avec un soupçon de Krautrock. En fait, rien de super original, mais quelques plans sympas où la voix toujours aussi déjantée de Devoto se place sur des collages/bidouillages tout droit sortis des années 80. L'ensemble est quand même suffisamment fouillé pour rendre l'écoute agréable, la boîte à rythmes nous entraîne dans des boucles répétitives et hypnotiques, le synthé rappelle certains trucs indus allemands du début 90, la guitare crie quelques riffs bien sentis, et se permet même de nous balancer un tube post-punk ('till the stars in his eyes are dead). J'ai failli être déçu, mais plus j'écoute, plus j'apprécie. S'adresse quand même aux connaisseurs et amateurs du genre... En prime, deux vidéos où vous pourrez contempler Devoto chauve et Shelley toujours aussi oxygéné, comme la plupart des duos à machines, ça à l'air bien chiant sur scène...
[Greg]

>> Voir aussi : Magazine, Fad Gadget, Wire (période 87-90), Can, Nitzer ebb

 

TOM SWEETLOVE "Live"
(autoproduit – 5 titres)
Je sais bien que le terme "post-rock" est galvaudé tant les chroniques en ont usé et abusé, mais il donnera quand même une bonne idée des 5 morceaux majoritairement instrumentaux proposés ici. Un post-rock très souvent calme et nonchalant que l'on peut rapprocher d'un Labradford sans électronique sur les premiers morceaux. L'instrumentation y est dépouillée et parvient, à force d'arpèges de guitare délicatement égrenés et répétés, soutenus par un accordéon et des percus, à imposer ses atmosphères. Les deux derniers morceaux sont moins minimalistes et bien meilleurs, à mon sens, pour cette raison. Ils ajoutent un peu de la folie et en fait de la vie qui manquait aux premiers. Il faut avouer que c'est bien fait : la simplicité de cette musique est touchante et il fût d'ailleurs un temps où ma chronique aurait été réellement dithyrambique mais il faut bien dire que ces 5 titres manquent tout de même un peu d'originalité. Ils s'écoutent néanmoins avec plaisir.
[sullivan]

>> Voir aussi : Labradford

 

THE INSIDERS "the mission that follows the first one"
(autoproduction – 12 titres)
Ce groupe de St Étienne n'est pas du style à brouiller les pistes. Dès le premier titre, tout est dit. On ouvre avec un sample de série de science-fiction, puis le son déboule pour un garage tendance surf génétiquement modifié… Le morceau serait d'une grande classe si seulement les Man or Astroman n'avaient pas créé cette même recette il y a quelques années déjà ! Dommage. La suite s'éloigne un peu des pères spirituels pour un rock'n'roll franchement noise, certes moins convaincant mais plus personnel, puis y revient régulièrement (Looking for X, Battle Space, etc.). Le résultat n'est du coup pas particulièrement homogène, mais montre des relents de génie que j'aimerais retrouver dans des compositions plus originales mais tout aussi dansantes ! En gros, cette première production regroupe, malheureusement sans grande finesse, une traduction française des excellents Man or Astroman, une bonne dose des tendances noise du Jon Spencer Blues Explosion et quelques soupçons de créations personnelles. Si le résultat musical possède bien évidemment de grands atouts, le mélange, lui, n'est pas encore très équilibré. Espérons que la suite verra disparaître les influences en gardant le même impacte.
[mg]

>> Voir aussi : Man Or Astroman ?, Jon Spencer Blues Explosion

 

 

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Mathieu Gélézeau & Natasha Herzock
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