ENON "High Society"
(Touch'n'Go - 15 titres)
Derrière cette pochette au kitch plus vrai que nature se cache tout de même le nouveau groupe de John Schmersal (Brainiac) et Toko Yasuda (The Lapse et un passage chez Blonde Redhead). Mais, ne vous y méprenez pas, si l'ex-Brainiac est à l'origine de cette nouvelle formation, on ne retrouve pourtant pas la trace de sa noise'n'roll angulaire ici (ou à de très rares occasion d'ailleurs fortes agréables). Enon joue dans un style plus calme et plus accessible. La ligne directrice semble claire : prendre pour base les grandes règles de la pop-rock américaine, et jouer avec pour donner un résultat créatif et souvent décalé. En fait, selon si c'est Toko ou John qui chante, les approches changent vraiment. Soit le groupe touche à un rock indie plus ou moins classique (John), soit Toko nous entraîne dans les méandres d'une pop électronique kitch à ranger entre ses anciens collègues de Blonde Redhead et un chewing-gum à la fraise. Chacune de ses chansons est un tube en puissance, mais la plupart des titres restent chantés par John, qui ne s'en sort pas trop mal. On est juste plus proche de Pavement, et comme pour l'album solo du chanteur de Pavement, les mélodies indie-pop peuvent vraiment vous enivrer avec des tubes irrésistibles, mais le groupe peut aussi oublier certaines limites et vous risquez alors franchement l'indigestion. Cependant, l'album possède suffisamment d'excellents titres pour oublier les petits dérapages. Ne faites pas les goujats, depuis quand un surplus de ketchup vous empêche-t-il de savourer un bon met ?
[mg]

>> Voir aussi : Pavement, Blonde Redhead

 

HOT SNAKES "Suicide Invoice"
(cd 12 titres - Swami records)
Ce super groupe de San Diego, qui comprend John Reis (Rocket From The Crypt, Sultans, Pitchfork, Drive Like Jehu, ...), Rick Froberg (Drive Like Jehu, Pitchfork), John Sinclair (Mule, Delta 72) et Gar Wood (Beehive and the Barracudas, Tanner, Fishwife), nous redonne sa définition du rock'n'roll avec ce deuxième album aussi jouissif que le précédent. Pour ceux qui aiment Drive Like Jehu, sachant qu'ici vous retrouvez le chant et les guitares originels, je n'ai aucun argument à vous donner pour que vous vous intéressiez à ce disque. Pour les autres, je peux juste préciser que cet énorme groupe a marqué la scène émo/noise/hardcore durant la décennie passée avec deux albums absolument incroyables et indispensables, que je ne me lasserai jamais d'écouter. "Automatic midnight" sorti en 2000, m'avait donc agréablement surpris par sa fraîcheur et sa spontanéité, où les riffs rock'n'roll de John s'associaient toujours aussi bien avec la magnifique voix de Rick. Ce quatuor associe les émotions bruitistes toutes en tension de DLJ avec l'urgence punk-rock de Rocket. Joué comme si c'était l'ultime fois, chaque morceau est empreint d'une puissance émotive qui vous file un coup de pied au cul. Peut-être un peu moins direct, mais certainement mieux travaillé que le premier, cet album est une perle rare que l'on aimerait découvrir plus souvent...Indiscutablement, MON ALBUM DE L'ETE !!!
[Greg]

>> Voir aussi : Sultans, Pitchfork, Drive Like Jehu, Rocket From The Crypt, The Wipers

 

NATURAL SNOW BUILDINGS "Ghost folks demo"
(11 titres - autoproduction)
La précédente démo de Natural Snow Buildings avait su capter mon attention grâce à des compositions bancales, mais à la mélancolie aussi touchante qu'un Black Heart Procession. Le groupe parisien revient aujourd'hui avec des compositions tout aussi sombres, mais plus instrumentales. On navigue dans un univers discret et dépouillé, pendant lequel l'auditeur ose à peine chuchoter. Difficile de déranger la quiétude de cette musique hivernale. On se laisse envahir par cette émotion lointaine, ces ambiances angoissantes que la production volontairement floue met parfaitement en relief. On pense évidemment à Godspeed You Black Emperor à qui nous aurions retiré les envolées soniques, mais Natural Snow Buildings développe un aspect quasi-ecclésiastique, sans batterie, la musique d'un film triste et sans action ; on avance à leur rythme, le long d'une route déserte, comme celles que vous trouvez dans les Highlands d'Ecosse, avec ces petites églises et ces quelques moutons. Certains risquent de s'ennuyer rapidement, pendant que d'autres profiteront de ce moment rare…
[mg]

>> Voir aussi : Godspeed You Black Emperor, Black Heart Procession, Dirty Three

 

SONIC YOUTH "Murray Street"
(7 titres - Geffen/Universal)
Nouvelle cuvée sonique de ces new-yorkais aussi inusables et prolifiques qu'inventifs. Nouvelle immersion dans l'acidité et la douceur de cette grosse pomme qu'est New York. Dans le bruit et le calme de Murray Street (à deux rues du World Trade Center). Dans le flot de ces longues chansons noisy pop rock auquel le quatuor (devenu ici quintet avec l'arrivée officielle de Jim O'Rourke) nous a habitués. D'emblée on peut dire que cet album se révèle assez peu surprenant. Plus accessible et mélodique que 'NYC ghosts and flowers', il se veut aussi moins expérimental et par conséquent moins troublant malgré un ensemble toujours aussi maîtrisé, léché et prêt à partir dans des spirales dissonantes jouissives (comme celle de 'Radical Adults et son excellente vrille cuivrée très free jazz). Même plus prévisibles, ces longues chansons conservent une grâce et cette poésie qui se veut toujours en mouvement. L'espace sonore qu'elle libère est le fruit d'une vision artistique unique car bien trop personnelle, qui vise constamment à dépasser ce que le format d'une chanson rock impose. Rassurez-vous rien n'a entamé et rien n'entamera la liberté et la créativité de ces imbattables sculpteurs de sons bruts qui nous procurent encore ici beaucoup de plaisir. Et pour les amateurs d'extrême qui pourraient être blasés à l'écoute de cet énième album, il leur reste toujours la possibilité d'aller fouiller dans l'autre face 'cachée' de ces créateurs fous (dernier projet en date...The Diskaholics Anonymous Trio réunissant Thurston, Jim et Mats Gustafsson au sax pour un projet très bruitiste, très free...très sonic.)
[ChrisA]

>> Voir aussi : Thurston Moore, Blonde Redhead (du début)

 

OSWEGO "Oswego"
(cd 7 titres - Bcore Disc)
Composé de deux ex-Kérosène 454 (Erik Denno, guitare, chant et Darren Zentek, batterie, guitare), d'un Most Secret Method (Ryan Nelson, batterie) de Mike M (bass) et Chris Turco (guitare, chant, batterie), ce groupe de Washington DC avait sorti l'année dernière un cd 4 titres sur Bcore qui faisait office de belle présentation. À l'époque, certains avaient été surpris par la propreté et le calme de cette musique plus proche de la pop que du hardcore. Passé cette surprise, j'avais trouvé le contenu plutôt intéressant, certes ça changeait, mais à l'instar de Juno ou de Smart Went Crazy, la technicité et la recherche mélodique ne pouvaient pas laisser de glace. Ce nouvel album est exactement dans la continuité du EP, enregistré à Inner Ear Studios par Jay Robbins, ces morceaux frais et délicats sont délicieux pour passer un bon été. Comme si Burning Airlines croisait Karaté, le côté jazzy en moins. Finalement pas très loin de Beauty Pill (certains membres en font également partis), ce style semble être la nouvelle manière de s'exprimer des musiciens de DC qui lâchent le côté hardcore pour évoluer vers des choses plus fines. Alors si vous êtes ouvert, que vous ne crachez pas sur les mélodies et que vous aimez la musique intelligente, ce disque vous plaira certainement...
[Greg]

>> Voir aussi ; Juno, Burning Airlines, Dismenberment Plan, Beauty Pill, Karate, Smart Went Crazy, Most Secret Method

 

SEVEN HATE "Matching the profile"
(cd 11 titres - At(h)ome/Enragés/Dialektik)
C'est toujours une joie pour moi de découvrir un nouvel album du quatuor Poitevins. Ce cinquième opus marque un tournant important dans la carrière du groupe, suite logique du précédent "Is this glen", "Matching the profile" voit une nouvelle direction musicale se dessiner lentement. On sent que les influences premières du groupe (les Thugs, Hard-Ons, Mega City Four, Senseless Things...) sont toujours présentes, mais que d'autres sont venues s'y greffer. Ainsi c'est plutôt vers Texas is the Reason, Samiam, Sensefield ou Get Up Kids qu'il faut dorénavant voir certaines ressemblances. Fini le hardcore mélodique qui fut leur terrain de composition d'antan, les Seven Hate font maintenant ce que l'on appelle de l'émo-pop-core. C'est impressionnant le nombre de groupes qui peuvent suivre cette évolution en France, je pense notamment aux Bushmen et Shaggy Hound qui évoluaient tous deux dans des registres plus punk pour finir vers des choses plus pop. D'ailleurs, si on prend les derniers albums de ces deux groupes, le rapprochement avec le Seven Hate d'aujourd'hui est plus que facile… Mais tout ceci n'est pas pour me déplaire, autant "Is this glen" me lassait (certaines facilités et clichés propre à ce style), autant cet album est une vrai petite bombe débordant de fraîcheur, de sincérité, d'émotions ("Serial Tape Burner" est magnifique), de puissance et de punkitude (quand même !). Le niveau est bien plus technique que par le passé, une vraie recherche au niveau de la composition est de mise, en revanche, la voix reste proche de ce que l'on connaît, alors que je l'aurais bien vu un peu plus poussive. En plus, la production est assurée superbement par André Gielen, choix pourtant étrange quand on connaît ses précédents travaux plus métal (Lofofora, Hoax, Mass Hysteria, Tagada Jones, Skunk...). Et même si c'est album n'a plus grand chose à voir avec les tubes sucrés de "Homegrown" qui a marqué ma jeunesse à jamais, j'aime vraiment la nouvelle direction prise par le groupe, et je pense qu'enfin une reconnaissance internationale doit être envisagée. Pour ceux qui n'aimaient pas par le passé, je vous conseille vivement de vous pencher sur cet album...
[Greg]

>> Voir aussi : Shaggy Hound (de la fin), Texas is the Reason, Bushmen (de la fin), Samiam, Sensefield...

 

KARATE "Cancel/Sing"
(2 titres - Southern/Chronowax)
Entre deux albums ('unsolved' (2001) et 'some boots' à paraître à l'automne prochain) et au sortir d'une tournée européenne réussie, Geoff, Jeff et Gavin ont décidé de se faire un petit plaisir en sortant ce 2 titres que je considère comme totalement indispensable pour peu que vous appréciez l'univers musical du Geoff Farina Trio. 'Cancel' (11 minutes) et 'Sing' (15 minutes) sont de vraies perles jazzy rock progressives taillées dans l'élégance et le raffinement. Elles laissent la place autant aux textes parlés de Geoff qu'à la dextérité et au feeling de chaque musicien. Tout y est limpide. La cohésion et la qualité des enchaînements des différentes parties confirment toute la richesse et la maîtrise instrumentales qui émanent de ces trois grands musiciens. Leur jeu est tellement emprunt de sensibilité qu'il vous sera naturellement impossible de ne pas vous enthousiasmer et d'en redemander. Relaxants et beaux, 'Cancel' et 'Sing', qui sont construits comme des jams non-improvisés frôlent vraiment la perfection. Un seul regret qui ressort à la fin de chaque écoute… même longs, ces deux titres sont toujours trop courts.
[chris.A]

>> Voir aussi : Geoff Farina

 

TWELVE HOUR TURN "Perfect progress perfect destruction"
(cd 9 titres - No Idea)
Désolé, mais une fois de plus il va falloir casser votre tirelire...Twelve Hour Turn est un groupe de Gainesville en Floride ( comme Hot Water Music) et fait du post-hardcore-émotionnel de très haute qualité, imaginez les riffs de guitares de Drive Like Jehu associés au groove de Fugazi et à la nervosité de Four Hundred Years ! "Ouais, encore un énième clone dans le genre quoi..." Et bien non cher ami, je t'arrête tout de suite, tu te fous le bras dans l'oeil, ce groupe a vraiment un énorme potentiel. Les idées fusent, les trois voix sont judicieusement utilisées, les breaks et autres cassures impressionnent de maîtrise, les mélodies sont à pleurer (écoutez "Sleep comes early for you" et on en reparle, ce morceau à dépasser la trentième écoute sur ma platine !), et le son est terrible. J'ai eu l'énorme privilège de les voir le 20 juin dernier à Reims (merci au passage à Phil Burn Out, putain leur unique date en France...). Leur premier album (The victory of flight, 99) et le maxi (Bend break spill, 01) avaient déjà attiré mon attention, mais franchement à côté de cet album c'est de la gnognotte...En plus la pochette est magnifique. A découvrir d'urgence.
[Greg]

>> Voir aussi : Four Hundred Years, Army of ponch, Fugazi, Drive Like Jehu, Some Soviet Station

 

KURT "La guard"
(cd 8 titres - Nova recordings)
Quel bien ça fait de se prendre une bonne claque comme ça de temps en temps. Kurt nous revient après un silence discographique de quatre ans, mais alors quel retour ! Depuis 1994 le trio allemand nous propose son habile mélange de noise et d'émocore, certains appelleront ça screamo, peu importe, je me comprends. "Kurt" (97) sur x-mist avait déjà bien posé les bases de ce style et "schesaplana" (98) sur x-mist encore (c'est toujours ce label qui s'occupe de la version vinyle), n'avait fait que les renforcer. Leur musique évoque aussi bien la recherche d'un Drive Like Jehu, la noirceur d'Unwound que la puissance d'un Guzzard ou d'un Shotmaker. Ce troisième opus détient huit tubes à hurler sous la douche, le son est excellent (certainement le meilleur qu'ils ait pu avoir), la rythmique est effrayante, telle un rouleau compresseur, la guitare grince, et les mélodies sont bien présentes (quand même !). D'ailleurs, je trouve le chant plus intéressant qu'auparavant parce que moins poussé. Bref le bon qualificatif c'est : Tuerie. On regrette juste la durée un peu courte...
[Greg]

>> Voir aussi : Drive Like Jehu, Guzzard, Unwound (du début), Shotmaker, Jr Ewing

 

NE555 "Level one"
(cd 10 titres - POGO Records)
J'ai reçu ce disque il y a fort longtemps, je m'excuse donc auprès du groupe pour ce retard intolérable...Derrière NE555 se cache Nico roadie/Light men/troisième homme de [P.U.T], également investi dans le label POGO. Nico fait de l'électronique difficilement classable, une musique froide aux frontières de l'indus où des éléments venant d'univers aussi variés que le big beat, la techno, l'ambiant, et l'expérimental se rencontrent, jamais le terme "futuriste" n'a pu s'appliquer aussi bien. Ainsi, on retrouve : Aphex Twin, Scorn, Front 242, et Prodigy dans le même mixeur. Je trouve les compos un peu longues, peut-être que le but était de laisser les ambiances se poser, ce que beaucoup néglige, mais pour ma part, sur certains titres l'ennui s'installe. En fait je pense que la musique de NE555 ne va pas assez au but, n'est pas assez directe. Un effort que Nico ne manquera pas d'entreprendre par le futur, je n'en doute pas… Laissons le temps faire son travail pour pleinement apprécier les bidouillages de ce projet hors norme. Notons la présence de quatre remix en fin d'album, par Rune, Groom, Zenopede, et [P.U.T] (mon préféré, avec sa longue intro quasi post-rock à la Labradford).
[Greg]

>> Voir aussi : Aphex Twin, Scorn, Prodigy, Techno Animal, Front 242

 

EGGO "Panoplie"
(cd 9 titres - La Baleine / Equal Musik)
Quand je vois la bio de ce groupe, j'ai tout sauf envie d'écouter ...En tout cas c'est clair, ils veulent vraiment acquérir une certaine notoriété, et s'en donnent les moyens...Bon, le contenu n'est pas trop mal, c'est pas vraiment le genre de truc que l'on écoute ici, mais j'avoue que ça ne laisse pas indifférent...Eggo est un duo français qui évolue dans la musique électronique. Une bonne utilisation des programmations, misent en valeur par des plans de basse bien groovy. Des atmosphères planantes, rappelant aussi bien le trip-hop des débuts de Morcheeba et de Massive Attack que l'éléctro-pop actuel de Lamb. En revanche, je n'aime vraiment pas ce style de production très branchée où tout semble gonflé à bloc, vachement trop propre. Je n'aime pas non plus l'utilisation des voix qui renforce encore plus ce côté "radio". Je vois bien cette musique passer entre Buddha Bar et St Germain dans les bars branchés de la capitale. Quoi qu'il en soit, je pense que ces français n'ont aucun complexe à avoir, ils méritent largement une reconnaissance mondiale.
[Greg]

>> Voir aussi : Lamb, Morcheeba, Jazzanova…

WEEPING MINDS OF SILENCE "Sa(ch)aren"
(cd 5 titres - Autoproduction)
Ce groupe de Blois formé en 1996 délivre une noise aux accents émo. Après deux démos et deux splits (avec Free for all pour l'un et Sküal System pour l'autre), ces cinq titres, enregistrés par Fred Gramage (décidément on le voit partout en ce moment, le nouveau Fred Norguet ?) au studio Pôle Nord, débarquent à un moment où la scène noise française reprend des couleurs. Fortement marquée par Portobello Bones (un chant crié, l'autre plus lyrique, des rythmiques binaires tout en puissance, une guitare dissonante,...), leur musique ne manque pas d'originalité, même si je trouve que cette influence n'est pas encore tout à fait digérée. Un groupe à surveiller de près tout de même, je pense que sur scène ça doit être bien sympa...
[Greg]

>> Voir aussi : Portobello Bones, Bananas at the Audience, Noise Surgery, Doppler

 

 

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Mathieu Gélézeau & Natasha Herzock
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