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SILENT FRONT
dead lake
(rejuvenation / bigout / art for blind / we heart / triple jump)
Avec des concerts d'une intensité remarquable, et après une pelleté de split 7" ou 10" ne rendant pas toujours hommage aux prestations scéniques de ce groupe londonien, ce premier véritable album était attendu des quelques fans suivant le groupe. Alors, passage studio réussi ou nouvel échec ?
Avant toute chose, ce qui marque chez ces anglais, c'est cette rage contenue, cette agressivité cadenassée, dans laquelle la voix très limite de Phil doit avoir un rôle certain. Silent Front renoue avec une ancienne tradition, jouant sur une agressivité dénudée, sans artifice de puissance (peu de disto), autant que sur des retombées émotionnelles à la tension toujours perceptible. On retrouve chez ce trio une vision angulaire de la musique, sans rondeur, sans diluant. Des émotions brutes, sans mise en condition, et sans effet. Et c'est ce qui touche (même si la voix peut agacer). Cette mise à poil sans mièvrerie, cette attaque à main nue.
Dans leur approche, ces anglais font évidemment penser à un autre trio jouant sur l'agressivité contenue, autant que l'émotionnel sinueux, un autre trio atypique, si respecté à l'époque. Cette humeur punk, ces recherches noise-rock, cette sensibilité emocore… C'est bien ça, Silent Front reprenne le flambeau là ou les excellent Unwound l'avaient laissé. On pense particulièrement aux premiers disques du trio d'Olympia. Les anglais n'ont évidemment pas encore la classe des américains, mais c'est bien à cet état d'esprit unique qu'ils peuvent être comparés. Et dans ma bouche, c'est un compliment.
Et si c'est bien cette intensité dénudée qui marque encore sur disque, on ne peut nier que c'est aussi ce qui empêche cet album d'être à la hauteur des concerts. Pas facile de retranscrire une énergie si minimale (malgré un basse batterie implacable). Et si on retrouve bien la sensibilité du groupe, on ne peut nier un petit affaiblissement du côté de la tenue. Le son, sans doute trop propre, peut-être trop étriqué, ne doit pas aider. Certains titres s'en sortent haut la main, quand d'autres moins inspirés tombent alors à plat. Silent Front semble faire partie de ces groupes voués à n'être au top que sur scène… ainsi soit-il.
Mais en attendant leur prochaine tournée (heureusement, le trio n'est pas avare de ce côté là), ce Dead Lake fait tout de même parfaitement l'affaire. Les compositions sont là, les guitares tournoient, et l'objet (pochette gatefold, avec CD et vinyle) mérite le détour.
En plus, ça permet d'écouter autre chose que le "Repetition" d'Unwound !
[mg]
+ voir aussi : Unwound
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