Q AND NOT U "Different Damage"
(Dischord – 12 titres)
Après un premier album sur Dischord qui les avait hissés au rang de dignes héritiers de Fugazi, le départ du bassiste l'année dernière laissa un bon nombre de fans dans l'expectative. Ce deuxième album (premier sous forme de trio), enregistré encore une fois par Ian MacKaye et Don Zientara en juin 2002, vient à point nommé pour clore tout questionnement hasardeux. Q And Not U reste l'une des grandes révélations Dischord de ces dernières années ! Cependant, le trio n'a pas fait l'erreur que beaucoup attendaient d'eux, soit re-créer un "No Kill No Beep Beep", leur premier album, avec une basse en moins. Les petits génies de DC ont profité de l'occasion pour ouvrir leur jeu à un rock beaucoup plus subtil. Ils ont montré leur maîtrise du rock à guitares avec leur précédent album, et, force est de constater qu'ils restent tout aussi brillants dans cette nouvelle touche, plus sensuelle et posée. La guitare prend du recul tandis que la basse, la batterie et la voix élargissent leur chant d'action. On danse toujours autant, mais l'approche me semble plus féminine, moins rock'n'roll. On retrouve une habileté digne de Blonde Redhead. Le groupe ne se limite plus. Il ose sortir des conventions, sans pour autant oublier ses connaissances. La démarche rappelle les plus grands. Alors, je sais que les plus récalcitrants se consoleront avec les quelques morceaux plus directs rappelant leurs débuts (et c'est toujours aussi bon), mais ils passeront à côté de l'un des virages les plus séduisants de ces derniers temps. Q and not U a prouvé à ses grands frères de la scène de DC qu'ils savaient jouer sur le même terrain qu'eux, aujourd'hui, c'est le trio qui montre le chemin. Tout simplement grandiose !
[mg]

>> Voir aussi : Fugazi, Blonde Redhead, PIL, Shudder To Think, Gang of Four

 

DEAD POP CLUB "Autopilot Off"
(Diabolik/Crash – 12 titres)
Que vous faut-il ? Puisque tout le monde vous le dit, croyez les ! Ce nouvel album de Dead Pop Club pulvérise tout ce que vous pouviez croire connaître de ce goupe… Ce "Autopilot off" met fin à l'adolescence d'un groupe punk-pop en devenir. Les quatre parisiens ont bluffé tout le monde ! Des compositions sans faille au son, tout ici montre que les Dead Pop Club font dorénavant partie des gros calibres français. Et encore, je ne vois pas ce qui, à l'écoute de ce disque, peut encore rappeler que ce groupe est originaire de la métropole. Nous avons ici affaire à 12 tubes énormes de power-pop qui possèdent suffisamment de mélodies pour séduire les fans de Weezer ou Foo Fighters, suffisamment de hargne pour rendre heureux les jeunes punks et surtout tout ce qu'il faut d'urbanisation pour rappeler Girls Against Boys. Et comment résister à ce chant charismatique qui fait si souvent défaut aux groupes français ? Rien à dire de plus, ça impose le respect.
[mg]

>> Voir Aussi : Weezer, Foo Fighters, Girls Against Boys, Samiam, Jawbreaker

 

THE PUPILS "s/t"
(11 titres - Dischord)
Un tableau. Des corps droits et rigides.Des regards noirs figés dans l'expression de leur réflexion musicale. Ambiance austère et solennelle. Vous connaissez ces deux visages. Daniel Higgs et sa voix incantatoire à gauche. Asa Osborne et ses riffs migraineux et obsessionnels à droite. The Pupils est le nouveau side-project des deux têtes pensantes de Lungfish - un groupe qui fascine certains, une formation qui indiffère d'autres. Depuis longtemps je fais partie de ceux qui pensent que Lungfish est un quatuor unique évoluant dans sa propre sphère linguistique et sonore. Avec ses mélodies répétitives qui enveloppent une poésie obscure mais poignante,The Pupils ne déroge pas à la lignée musicale empruntée par Lungfish. Ce nouveau projet fait juste l'économie d'une basse et d'une batterie (remplacée ici de temps à autre par une boîte à rythmes). Du light donc mais sans aspartame pour mieux aller à l'os et à l'âme. Car Daniel et Asa me touchent là où personne d'autre ne peut le faire. Ecouter cette voix et ces accords malingres sur 'It's good to have met you', 'I will remain human for another day' ou 'Go to gone' relèvent pour moi de la décharge émotionnelle. Et pourtant tout part d'un minimalisme déconcertant aux limites du lo-fi. Les quelques arrangements et effets ne cachent pas (et tant mieux) une production des plus rustiques et élémentaires mais cet album renferme beaucoup de chaleur et d'intimité. Il nous rapproche encore plus de ce que Lungfish s'évertue à peaufiner d'album en album. Eternellement saisissant et émouvant...en espérant avoir convaincu les réticents.
[chRis A]

>> Voir aussi : Lungfish

 

Pour plus d'informations :
http://www.minorityrecords.cz et http://www.volny.cz/freed

WAAWE "timestorm was the signal"
(Silver Rocket/Minority Rds – 8 titres)
Originaire de République Tchèque, Waawe bénéficiait déjà d'un succès d'estime chez les spécialistes, amateurs de noise slintienne, grâce à une première cassette "Killing Highway". Mais en dehors de cela, peu de francophones connaissaient ce groupe pourtant particulièrement intéressant. 6 ans après sa formation en 1994, à Tabor, le groupe sort son premier album "Timestorm was the signal" que nous ne recevons qu'aujourd'hui. Difficile donc de croire que cet album sorti il y a deux ans va bouleverser les choses en France. Pourtant, ces 8 titres dévoilent une noise riche et décomplexée d'une qualité bien supérieure à une grande majorité de disques sortis ces dernières années. Waawe a su digérer différents héritages, allant de la noise de Chicago au psychédélisme, de la scène de Washington DC au jazz. Tout se retrouve ici, avec un savoir faire indiscutable : des ambiances calmes et quasi post-rock jusqu'à l'électricité contenue dans un orage, du saxophone à la guitare électrique. Du tube post-noise à l'ambiance plus intime. Et tout cela avec un sens de la cohésion remarquable. Les chanceux et les plus curieux d'entre vous ne passeront pas à côté, et profiterons de cette fabuleuse tempête, plutôt calme et agréable. Les autres se rattraperont peut-être avec leur prochain album, enregistré et produit par Geoff Turner (Gray Matter, 3, New Wet Kojak) il y a quelques mois.
[mg]

>> Voir aussi : Fugazi, June of 44

 

NOSTROMO "Ecce Lex"
(12 titres - Overcome Records)
Aborder un album dit de musique extrêêême peu souvent rebuter ou faire sourire pour un néophyte comme moi. Mais la volonté que Nostromo a mis dans ce disque pour s'écarter des stéréotypes usuels (malheureusement le chant n'y échappe pas) m'a tout de suite plu. Du percutant 'Rude Awakening' à la reprise de Blockheads 'Unwillingly and slow', Ecce Lex dégage une incroyable maturité qui donne beaucoup d'amplitude et de puissance à l'ensemble. Tourner avec des groupes aussi respectés que talentueux comme Nasum, Botch, The Dillinger Escape Plan a certainement amené le combo suisse à élever son niveau de jeu ainsi qu'à modifier sa façon de composer. Leur metalcore chirurgical et ma foi très 'Convergien' peut se vanter d'offrir plus de richesses dans leurs plans (ce, grâce aux influences thrash et grind) et plus d'espaces pour respirer (passages à la guitare acoustique). Enregistré par Miesko de Nasum, le son est impeccable et semble mieux restituer les déflagrations scéniques du quatuor. Aucune ombre au tableau donc ? Si celle de votre voisin, planté derrière vous, qui vous invite, hache à la main, à baisser le volume de votre stéréo. Ce dernier, vous avez remarqué, est d'un naturel violent et manque totalement de finesse et de réflexion. Une combinaison que vous pourrez bien trouver et apprécier chez ces robustes helvètes. Brutalement votre...
[chRis A]

>> voir aussi: Napalm Death, Botch et Brutal Truth

 

ENVY/ISCARIOTE "our dreams walking their way-chapter 1"
(Waiting For An Angel – 5 titres)
Alors là, Waiting For An Angel frappe très fort ! Tout d'abord, et c'est la première chose qui saute au visage, cette nouvelle série de split CD impressionne par son packaging au design magnifique. Ensuite, on retrouve tout de même les superstars d'Envy pour ce premier chapitre ! Et pour les accompagner, les francophones d'Iscariote, que j'avais laissé à leur premier 45t., chez qui la maîtrise a sacrément évolué. Enfin, pour finir avec les points exceptionnels de ce superbe CD, les deux groupes ont parfaitement joué le jeu puisque chacun a écrit un texte dans sa langue pour l'autre… Mais revenons sur l'aspect musical. Les trois titres d'Iscariote dévoilent une hargne intensive qui, bénéficiant d'un son à la hauteur de leur style, montrent tout le potentiel de ces psychopathes. Mais si les choix du groupe s'orientent toujours vers l'extrême et l'ultra-violence émotive, je ne peux nier que ces trois titres fonctionnent comme il se doit. Je n'aurais pas été contre quelques baisses de régimes, mais c'est le style Iscariote : dans le rouge, du début à la fin ! Après les hurlements de Fafa (chanteur d'Iscariote, et big boss de Waiting for an Angel), le premier titre d'Envy passerait presque pour un morceau indie-pop ! Le chant est mélodique et posé, la musique laisse redescendre la pression. Une éclaircie qui arrive à point. Du coup, quand les Japonais se remettent à faire ce qu'ils savent faire mieux que quiconque, c'est-à-dire mettre une pression insoutenable pour les nerfs en deux accords dépressifs, on ne peut que se faire retourner la tête. Résultat, si l'objet reste à éviter pour ceux qui rechercheraient une certaine sérénité, il est indispensable pour les amateurs de sensations fortes.
[mg]

 

THERE IS A LIGHT THAT NEVER GOES OUT / VANILLA " our dreams walking their way-chapter 2"
(Waiting For An Angel – 5 titres)
Pour ce nouveau rendez-vous, ce sont les japonais de There Is a Light… et les français de Vanilla qui s'y collent. Je ne connaissais guère les premiers, pourtant anciens membres de diverses formations nipponnes (Swipe, My Winter Jane et Fall to Flake), mais leur entrée en matière me laisse présager un bon emo-rock fin et délicat. Je n'avais juste pas encore pris en compte la voix qui risque d'en faire décrocher plus d'un ! Une espèce de version nippone du chanteur d'At The Drive In, avec un timbre de voix moins convaincant, un besoin d'hurler plus présent et une justesse discutable ! Il faut vraiment s'y faire ! En dehors de ce chant souvent limite, la musique de ce groupe a tout pour séduire. J'adore notamment leurs passages calmes. Ce n'est pas un hasard si Dim Mak a sorti la version LP de leur premier album. Après deux titres des Japonais, c'est au tour de Vanilla de venir confirmer tout le bien que nous pensions d'eux après la sortie de leur dernier album. Une chose est sûre : les parisiens continuent dans cette ligne directrice très proche de celle des groupes de DC (Hoover et Fugazi sont passés par là). Et malgré quelques petits accrocs sans importance, ces trois nouveaux titres, légèrement plus instrumentaux, réussissent le pari d'un rock émotionnel toujours inspiré. "Body Fever" et son rock plus direct me touche moins, mais "Heartbreak" a tout du titre sublime et complet. Les ambiances sont touchantes, les plans de guitares enivrent et même le chant, moins présent, dépasse les limites dévoilées sur le dernier album. On finit avec un "Machine Man" évolutif et tout aussi craquant. Des titres qui auraient peut-être mérité d'un peu plus de temps pour être à leur top, mais qui place toujours Vanilla dans le meilleur du DC sound français !
[mg]

 

SWEEP THE LEG JOHNNY "Going down swingin' "
(7titres - Southern Records)

C'est toujours un peu facile et réducteur que de faire référence au son de Chicago mais ce groupe ne peut nier l'influence musicale de leur ville natale. Que ce soit à travers leur approche, ces rythmiques désarticulées et ce son de guitare, tout (ou presque) nous ramène au lait généreusement offert par cette grosse et belle mamelle illinoise. Orienté vers un jazz rock noisy et débridé, Sweep poursuit dans la voie tracée par 'Sto Cazzo', leur excellent précédent album et assoit ainsi une identité qui leur est désormais propre. En proposant des morceaux de plus de 10 minutes, véritables 'symphonies' à multiples mouvements, Sweep n'est pas prêt de plaire aux masses. Ce groupe aurait même le don de les agacer avec son insaisissable musique aux idées parfois trop abondantes. De plus, l'omniprésence du sax alto de Steve Sostak peut se révéler (je dois le reconnaître) aussi urticant que jouissif. On sent dans leur folie assez bien contenue que les musiciens sont aux aguets, toujours enclins à faire parler leur instinct de créateur d'émotions. Imprévisible sensation de chaud et de froid. Mais leur forme de langage crée étrangement une dépendance menant parfois à l'ivresse. Bref vous aurez compris que Sweep n'est pas là pour réconforter l'auditeur forcé de bien s'accrocher pour ne pas tomber de cette toile sonore talentueusement tissée. A vos risques et périls.
[chRis A]

 

 

 

 

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