|
|
BLACK
HEART PROCESSION "Amore del tropico"
(Touch'n'Go 15 titres)
Avec ses trois premiers albums, le groupe de San Diego, seconde moitié
de Three Miles Pilot, avait installé un univers romantique et mélancolique
aussi dépouillé qu'émouvant. En trois album, Black
Heart Procession avait convaincu avec son style mystérieux et minimal,
ne dépassant guère la bichromie aussi bien musicale que
graphique
Une émotion brute, sans fioriture. Alors, quand
arrive ce quatrième album, au nom presque chaleureux ("Amore
del Tropico" quand les précédents ne possédaient
que de simples numéros), et sa pochette presque colorée,
nous pouvions nous douter d'un changement. C'est en effet une nouvelle
ère qui semble voir le jour. Amore Del Tropico débute même
dans l'allégresse d'une guitare bossa ! Ceux qui connaissent la
noirceur de la Procession comprendront notre étonnement. Et pourtant,
après l'écoute des 15 titres de ce nouvel album, une conclusion
vient à l'esprit : ces gars ont du génie ! Comment résister
aux tubesques "Did you wonder", "Tropics of love",
"Broken World", aux tristes "A sign on the Road" et
"Fingerprint" (qui rappelle le Iggy Pop d'Arizona Dream), et
même aux plus surprenants "The End of Love" et "Only
one way". Après trois albums plus parfaits les uns que les
autres, il était nécessaire d'évoluer. Le trio/quatuor
a plus qu'idéalement réussi le pari. Si la musique s'est
étoffée, n'hésitant pas à faire appel à
des churs féminins, ainsi qu'à divers arrangements
plus travaillés, et si le groupe arrive à introduire quelques
rayons de soleil dans sa musique, la noirceur émouvante typique
de leur univers est plus que jamais sauvegardée. On nage en plein
drame amoureux, mort à l'appui. Seulement le scénario devient
plus complexe, plus travaillé. À l'instar d'un Nick Cave,
dont l'image pouvait déjà être évoquée
autrefois, le groupe arrive à ouvrir son jeu sans en perdre toute
sa force émotive. Alors si la première écoute de
ce chant amoureux risque de décevoir les aficionados du début,
il est évident qu'un second passage rendra toutes ses lettres de
noblesse à ce groupe majestueux. Album indispensable.
[mg]
>>
Voir aussi : Leonard Cohen, Nick Cave and the Bad Seeds, Flaming Lips,
Iggy Pop
|
|
|
MEÏ
TEÏ SHOW "live"
(Yotanka/Small Axe 10 titres)
L'écoute d'un live du groupe lyonnais Meï Teï Show ne
peut laisser insensible. Je n'ai jamais vu le groupe sur scène,
mais ces 10 titres suffisent à recréer l'ambiance intense
des prestations live tout en gardant la précision d'un album studio.
L'aspect technique étant largement assuré, nous pouvons
nous laisser aller à l'expérience : rentrer dans le monde
cosmopolite du groupe. Meï Teï Show jouent l'une des fusions
les plus excitantes du moment, loin d'un populisme oriental facile. Comment
classer cette troupe sans perdre toute leur personnalité ? Meï
Tei Show réuni à la perfection les origines africaines,
les rythmes jazz mathématiques, le jazz tout court, le dub envoûtant,
et des petites pincés de ragga ou d'electro. Le résultat
dépasse tout ce que peut laisser imaginer l'équation sur
papier. On danse, mais cela ne s'arrête pas là. Les rythmiques
nous émerveillent, les cuivres et la basse nous enlacent, la guitare
nous tourne autour et la voix nous rattrape
On nous parle d'African
Nervous Dub
je ne sais pas trop ce que cela veut dire, peu importe.
L'important c'est ce mélange. L'énergie du feu et la souplesse
du dub, la dance et la réflexion. Une chose est sûre, ce
groupe mérite son début de succès.
[mg]
>>
Voir aussi : Steve Coleman, The Roots, Lee Scratch Perry, Zenzile
|
|
|
FLYING
DONUTS "Last straight line"
(cd 9 titres - José Records / Vampire Records)
Incroyable comment ce trio originaire d'Épinal (88) a progressé
depuis sa première production en 98 (un cd 5 titres autoproduit).
Dire que j'avais un a priori sur ce groupe, bon c'est vrai qu'à
l'époque j'avais déjà bien lâché le
hardcore mélo, du coup j'arrivais même plus à en écouter
! Mais je ne savais pas que la nouvelle direction prise par le groupe
était bien plus intéressante, fini le hardcore mélodique
rabâché des millions de fois, maintenant c'est plutôt
un croisement énergique entre du punk mélo, de l'émo
et du post-hardcore que nous délivre leur musique. A l'instar de
groupes comme Second Rate, Hot Water Music ou Samiam, les mélodies
sont omniprésentes autant dans les parties de guitares que dans
les deux voix (dont une me rappelle la voix des Bushmen, ce qui n'est
pas pour me déplaire !). Les breaks et autres stop 'n' go sont
maîtrisés avec talent, les compositions sont parfaites (une
grosse préférence quand même pour "Nothing to
lose"), le son est super bon (Fred Gramage, studio Pôle Nord),
qu'est ce que vous voulez que je vous dise de plus ! Si, ce groupe mérite
vraiment beaucoup d'intérêt, il serait bien dommage que vous
passiez à côté...
[Greg]
>>
Voir aussi : Second Rate, Shaggy Hound, Bushmen, Samiam, Hot Water Music
|
|
|
BELMONDO
"s/t"
(autoproduction 8 titres)
Projet solo de Christian Nolf (ex-Sexytiger), Belmondo démontre
tout le potentiel créatif du monsieur. Ce premier disque parfaitement
ficelé entraîne l'auditeur dans un univers pop subtil, tendance
lo-fi, où douceur et mélancolie sont omniprésentes.
Belmondo emprunte aux groupes post-rock cette pesanteur (return flight)
mais n'hésite pas à s'en éloigner pour introduire
un grand bol d'air frais avec ces guitares presque bossa (you shine on),
et ces quelques rythmiques plus entraînantes. C'est la force de
cet album : réunir dans une homogénéité exemplaire
mélancolie et bonne humeur, démarche pointue et résultat
presque accessible. Alors c'est vrai que le bonhomme, à l'exemple
de son nom, pourrait être un peu plus cascadeur, mais la démarche
est ailleurs, et tous ceux qui ne sont pas allergiques à cette
ouverture comprendront vite que Belmondo risque de faire parler de lui
très vite, et notamment dès qu'il aura réuni d'autres
musiciens (il annonce Gush et Boris Gronemberg VO, Françoiz
Breut, Grandpiano, etc. ainsi que Lobke d'Hespeel de Mote ) pour
transformer son projet en réel groupe
[mg]
>>
Voir aussi : Sebadoh, Guided By Voices, Pavement
|
|
|
SOPHIA
& MOI "s/t"
(Odette Prod. 5 titres)
Jeune formation bordelaise, Sophia & Moi rejoint le label Odette Production
pour sa première sortie. De la première boucle de basse
insistante, tendance Chicago, à la mélancolie entraînante,
tendance Washington DC, du dernier titre, le groupe prouve une aptitude
à rejoindre les protégés d'un label comme Dischord,
époque actuelle. Les guitares de "Bipolar affective disorder"
trahissent, un goût certain pour Blonde Redhead, tandis que "David
used to drive on" et "Teatro n°6" rappellent les slow
de Fugazi. Mais si le quatuor, entièrement masculin, qui se cache
derrière Sophia & Moi ne sort pas ici un 5 titres d'une originalité
frappante, il dévoile un talent indéniable à utiliser
des règles qui ont déjà fait leurs preuves, tout
en ajoutant leur valeur ajoutée. Du coup, ces 5 titres, tout en
mid-tempo émouvant, s'écoutent avec bonheur, et laissent
présager d'un avenir prometteur. Attention tout de même,
13 minutes, c'est un peu court pour rentrer dans ce genre d'univers
[mg]
>>
Voir Aussi : Fugazi, Blonde Redhead, Victory At Sea
|
|
|
KITCHEN
TOOL SET "this is a demonstration"
(79 corp 6 titres)
Cela ne commence pas trop mal pour ces anciens Rosebud 79
Ce premier
CD démo dévoile une grande dextérité qui ne
devrait pas décevoir tous les amateurs de noise. Des riffs de guitare
angulaires à la nervosité des rythmiques, le quatuor se
rapproche dorénavant un peu plus d'une scène menée
par les célèbres Shellac. J'aurais peut-être aimé
une approche plus ludique pour sortir un peu des clichés véhiculés
par les groupes noise français des années 90 (surtout au
niveau vocal, et toujours ces quelques plans de basse trop proches de
Prohibition), mais peu importe. Disons tout de même qu'un titre
comme Snooze, plus posé, n'est pas superflu pour respirer, surtout
avant l'arrivée d'un "low voice" qui n'apporte pas grand-chose
de neuf. Enfin, ne soyons pas mesquins, Kitchen Tool Set se place dès
ce premier jet dans cette famille de groupes français plus que
respectables qui ont marqué les années 90 (Prohibition,
Portobello Bones, etc.), et semble s'orienter vers une voie plus créative
par rapport à Rosebud 79, sans doute grâce à l'arrivée
de ce nouveau guitariste albinesque.
[mg]
>>
Voir aussi : Prohibition, Portobello Bones, Shellac
|
|
|
TANG "Tang"
(cdr 3 titres - Autoproduit)
Franchement, j'avoue avoir été sur le cul la première
fois que j'ai écouté les morceaux de ce groupe. Quatuor
originaire de Lille, Tang fait partie des jeunes groupes (bien que formé
en 97) qu'il va falloir surveiller de très près. Tout d'abord,
sachez qu'à l'écoute de ces trois titres, vous n'allez pas
être emporté par un tourbillon de gaieté et de joie
de vivre, c'est plutôt un sentiment de tristesse et une forte mélancolie
qui vont vous envahir. Une voix désespérée tantôt
hurlée, tantôt mélodique, des guitares recherchées,
légères et délicates pour mieux exploser dans les
passages tendus, une rythmique solide et puissante, des bonnes idées,
des breaks déroutants, voici la recette de ce groupe que je recommande
déjà. Le groupe auquel j'ai pensé tout de suite est
indéniablement Native Nod, le côté juvénile
y étant pour beaucoup. Ensuite, j'ai pensé à H2Oil,
Reiziger, Van Pelt, Amanda Woodward, Pregnant, Yage (le côté
métal en moins) et même à Godspeed You Black Emperor
! (la fin de "sundown camp" est tout aussi magnifique avec son
passage mélancolique et sa montée puissante finale). Un
album étant prévu pour le début 2003, je pense que
le quatuor va en souffler plus d'un... Tang rappelle ce que signifiait
le terme émocore il y a quelques années, à l'époque
où Hoover nous mettait une claque émotive dont nous nous
sommes jamais remis...
[Greg]
>>
Voir aussi : Native Nod, Reiziger, Hoover, Amanda Woodward
|
|
|
NOISE
SURGERY "Tap and Unwrap"
(Vampire 7 titres)
Nous revoilà au milieu des années 90, quand les groupes
noise mélodiques français avaient réussi à
imposer un style et une famille presque unie. Tout y est : le son, les
guitares bruyantes qui n'hésitent pas à casser leurs rythmiques,
et ce rythme, justement qui ne laisse jamais redescendre la pression,
prenant l'auditeur à la gorge du début à la fin.
Et le pire, c'est que tout cela est très bien exécuté
! Bref, Noise Surgery a trouvé la place que le groupe recherchait
sans doute à acquérir, quelque part entre Portobello Bones,
Basement, Drive Blind et peut-être Prohibition. À une autre
époque, j'aurais sans doute plus qu'apprécié ce groupe
[mg]
>>
Voir aussi : Portobello Bones, Basement, Drive Blind, Tantrum, Hint
|
|
|
BOOTER
"4 songs"
(cdr 4 titres - Autoproduit)
Booter est un trio guitare-basse-batterie-chant originaire d'Angers et
formé en 99. Cette démo date de plus d'un an, mais ce n'est
pas grave, la promo ce n'est pas ce qu'il y a de plus agréable
à faire
Derrière une pochette assez
spéciale,
j'ai été étonné d'y trouver autre chose que
du Death Metal ! En fait, c'est une sorte de croisement hardcore / noise
pas incroyable mais efficace que nous propose Booter. Au niveau des influences,
j'avoue avoir pas mal galéré (d'autant plus que le groupe
n'a pas l'air d'apprécier les bios !), je peux juste dire que certains
passages me rappellent des groupes comme Sleeppers, Unsane, Neurosis,
voire les débuts (plus punk) d'Helmet, pour les ambiances sombres
et lourdes. C'est bien foutu, finalement assez personnel et j'ai plutôt
hâte d'entendre la suite, à surveiller donc...
[Greg]
>>
Voir aussi : Sleeppers, Neurosis, Unsane, Helmet
|
|
|
>>
Pour être chroniqué dans cette rubrique, envoyez vos productions
à :
>> If you want to be reviewed here, send your promotionnal stuff
to :
>> Mathieu
Gélézeau & Natasha Herzock
>>
51, rue Paul Vaillant Couturier - 92240 Malakoff - France
>>
positiverage@hotmail.com
|