CALEXICO "feast of wire"
(city slang – 16 titres)
Disponible dans moins d'un mois (sortie annoncée le 11 février), ce nouvel album à la pochette monstreuse risque d'imposer un peu plus ce groupe d'Arizona, dont le succès croit de jour en jour. En effet, dès les premières notes de "Sunken Waltz", le décor s'installe. Comme le générique d'un road movie, ce premier titre nous plonge dans l'univers désertique des routes du sud américain. Devenu maître en la matière, Joey Burns et John Convertino développent ces ambiances si typiques, entre chaleur moite, envie de liberté et mélancolie dissimulée. Mais si la folk de Calexico est foncièrement ancrée dans cette tradition américaine qui réunit la musique des Westerns et la folk des sixties, elle n'en perd pas pour autant sa personnalité. Malgré l'aspect accessible de sa musique, Calexico vient de la scène indépendante, et cela se ressent. Tour à tour, sa folk s'assombrit puis s'éclaircit, se rapproche du Mexique puis rebrousse vers New-York, n'hésitant pas à voler ici ou là des éléments à la pop, au post-rock, à la musique mexicaine ou au jazz. La production montre elle aussi un désir de vérité, avec une batterie quasi-live que ne renierait pas Albini, et des guitares sans fioritures. Au fil du temps, la pellicule se déroule, les chansons s'enchaînent et le road movie captive l'auditeur. Et si certains craignent la monotonie des paysages, c'est qu'ils oublient la beauté du piano de "The Book and the canal" ou l'electro-jazz de "Attack El Robot! Attack!" voir le foncièrement jazz "crumble". Bref, Calexico n'en est plus au coup d'essai et réussi encore une fois un disque, certes classique, mais digne d'un western quasi-urbain… La magie d'un Macadam Cowboy n'est plus si loin.
[mg]

>> Voir aussi : Amor Belhom duo, la musique de Western, Bob Dylan, Giant Sand

 

cd disponible chez no reason

contact : www.positiverage.com/kimmo

KIMMO "conversation for conservation "
(my_kimono records - 6 titres)
Qu'y a-t-il derrière le regard d'un chat ? Tout le charme d'un mystère insondable qui inspire autant la fascination que la méfiance ? Composé d'ex-Trivia, Hole Process et Pregnant, Kïmmo pratique un rock félin qui sait aussi bien sortir ses griffes que jouer de douceur. La voix de Natasha Herzock y est pour beaucoup. Veloutée ou rêche, elle fixe et stigmatise des ambiances en clair-obscur. Alors que, de son côté, Mathieu Gélézeau assure un chant plus froid et plus tranchant. Mais à chaque fois on reste dans les contrastes. Les arpèges font écho aux riffs noisy tandis que la rythmique caresse autant qu'elle frappe. Le quatuor parisien joue une musique tout en sensibilité, astucieusement articulée par des idées et une liberté convaincantes. Avec ce 6 titres, on est très loin du groupe qui se cherche ou qui tâtonne. Surprenant de maîtrise, leur musique se veut pensée. Mais elle ne perd en rien ce côté instinctif qui laisse beaucoup de place à l'imprévu. L'esprit très free de l'instrumental 'Beluga' contribue à renforcer ce sentiment. Chaque titre dégage une tension sous-jacente qui n'a pas toujours besoin d'exploser pour exister et être belle. Loin des clichés et des formules toutes faites, ce premier essai est un témoignage sincère et touchant qui ressemble à leurs géniteurs. À acquérir très vite et bien sûr on attend la suite avec une envie non dissimulée.
[chRis A]

>> Voir aussi : Heliogabale, Hoover

 

contact : 3stuff@wanadoo.fr

3 STUFF "Beautiful is the day"
(autoproduit -13 titres)
Après deux essais "version courte", 3 Stuff nous offre un premier album fort bien réussi. Leur musique se joue sans fioritures à la manière d'un Velvet Underground (Last song) voire d'un Pixies reconverti en Breeders. 3 Stuff nous balance une pop à l'énergie bien rock et directe. Un basse/batterie simple mais pas simpliste, des guitares épurées, bien trouvées. Il y a du relief ! De la pure power pop ! Là-dessus viennent se poser les deux voix des sœurs Ferrante. Elles s'entremêlent à la perfection ; efficacité, fraîcheur et travail vocal sont de mise. La voix a la part belle dans 3 Stuff. Cette alchimie n'est pas sans rappeler leur consœur de Juniper voire les B52's, surtout quand Yannick vient y mettre du sien (Fly). Mais ne vous y trompez pas, leurs émotions restent bien à elles malgré tout. Seul deux morceaux me laissent perplexe "mon ange" et "des cris", et si certains y voient une ouverture, je dirai que ces deux chansons se perdent un peu.
"Beautiful is the day" ne révolutionne pas vraiment notre petit monde musical, mais qu'importe tant les mélodies sont belles. Elles se retiennent si bien qu'on pourrait se surprendre en train de les fredonner en pleine rue. Qui a dit que la pop bien rock était morte ?
[sha]

>> Voir aussi : Juniper, Breeders, Pixies, Chokebore, B52's, Velvet Underground

 

contact : www.exsonvaldes.net

EXSONVALDES "someday if i want to"
(autoproduction – 7 titres)
Et bien, derrière une apparente autoproduction, voici un disque qui semble avoir été soigné comme il faut. Dès les premières notes de "someday if i want to", morceau qui donne son nom à ce mini, on comprend qu'Exsonvaldes a acquéri, depuis ses débuts fin 99, un savoir faire non négligeable. Les cordes sonnent merveilleusement et représentent un atout indéniable tout au long de ces 7 titres. Passé les premières notes, on comprend rapidement où veut nous emmener le groupe parisien : maîtres au royaume de l'indie-pop, Exsonvaldes gère impeccablement les mélodies et les passages suaves. Mais si la musique sait se faire plus cristalline, voir plus sauvageonne en de rares occasions, le chant, bien que parfaitement maîtrisé assis le groupe dans un monde foncièrement poppy. Pas d'excès, ni de quelconques dérives émotionnelles, Exsonvaldes aurait presque la politesse d'un groupe de major. Et pourtant ce disque reste séduisant. Cependant, "The wedding song" montre qu'en version instrumentale, le groupe atteint un autre niveau ; sa pop aux arpèges terriblement réussis prend de faux airs de post-rock, sans en être. Bref, ces Parisiens possèdent le savoir faire, le son, une guitare superbement délicate (mon coup de cœur de ce disque), des chansons bien composées mais un chant, certes bien effectué, mais peut-être trop suave à notre goût (quoi qu'il m'arrive de me laisser prendre au jeu). Cela devrait leur ouvrir les portes de certaines institutions mais refermer celles des demandeurs d'excès. Quoi qu'il en sera, ce disque montre qu'on ne pourra plus faire sans eux. Exsonvaldes a atteint le niveau des têtes d'affiches avec lesquelles il joue.
[mg]

>> Voir aussi : Chokebore, Radiohead

 

 

ISIS "Oceanic"
(Ipecac - 9 titres)

63 minutes d'apnée. Cet album est une expérience. Belle, généreuse et ultra sensorielle. Etes-vous prêt à enfiler un scaphandre pour vous glisser dans les profondeurs abyssales de cet album ? Oceanic est composé de 9 pièces bouillonnantes au caractère symphonique, sauf qu'ici l'électrique remplace l'acoustique pour que la décharge soit plus terrible. En combinant metal, hardcore, emo et rock progressif, Isis nous immerge dans des eaux instrumentales claires et troubles qui fascinent de par leur beauté et leur puissance. Elles génèrent des espaces multidimensionnels propices à la rêverie. Un voyage où vous vibrerez aux chants des baleines. Où vous croiserez de magnifiques sirènes avant de tomber dans des failles plus sombres et plus froides. Rares sont les albums aussi parfaits sur le fond comme sur la forme : chant parcimonieux, guitares gracieuses et lourdes, basse subtilement mélodique, batterie implacable, prouesses électroniques, production d'une grande amplitude… Bref, pas une seule faute pour une œuvre qui m'émerveille et me subjugue écoute après écoute. Plus abordable et plus lumineux que 'Celestial', leur album précédent, Isis a pris le parti de jouer d'avantage sur les contrastes, ce qui fait que les parties légères (plus 'pop') rendent les parties heavy encore plus lourdes. Poétique, spirituel, métaphysique et cathartique, l'Oceanic du quintet de Boston montre, comme ont déjà pu le faire des groupes comme Neurosis et Tool, la voie d'un metal intelligent et émouvant, débarrassé de ses oripeaux. Se plonger dans l'univers musical d'Isis, c'est s'investir pour mieux découvrir, c'est couler pour mieux flotter. Ne pensez pas au retour à la surface.
[chRis A]

>> Voir aussi: Neurosis, Lvmen

 

 

 

 

 

 

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Mathieu Gélézeau & Natasha Herzock
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